The Associated Press

MONTRÉAL — Les représentants de deux groupes communautaires canado-vénézuéliens accordent un soutien prudent à la décision d’Ottawa d’empêcher leurs compatriotes établis au Canada de voter dans l’élection présidentielle prévue ce week-end.

Rebecca Sarfatti, du Forum canado-vénézuélien sur la démocratie, n’en a pas cru ses oreilles lorsqu’elle a appris que le Canada ne permettrait pas la tenue du vote dans les consulats et à l’ambassade.

Malgré son choc initial, elle dit partager l’avis de sa communauté, qui est «extrêmement heureuse parce que le Canada défend la démocratie et le besoin de bien faire les choses».

Deux semaines plus tôt, le consulat général du Venezuela à Toronto avait, comme à l’habitude, sollicité son aide pour organiser le scrutin en Ontario — ce qu’elle a refusé.

«Je leur ai répondu que je ne pourrais pas le faire cette fois, parce que je n’étais pas satisfaite de la manière avec laquelle cette élection a été déclenchée, par qui elle a été déclenchée, comment, légalement, elle a été déclenchée», expose-t-elle.

Le ministre vénézuélien des Affaires étrangères, Jorge Arreaza, reproche à Ottawa d’empêcher des citoyens de se prononcer dans l’élection en empêchant la mise en place de bureaux de vote dans ces bâtiments diplomatiques.

Le ministre Arreaza a publié sur son compte Twitter une lettre dans laquelle Affaires mondiales Canada répond par une fin de non-recevoir à la demande d’installer des bureaux de vote en sol canadien et d’obtenir le soutien de la Gendarmerie royale du Canada.

«Par la présente, le ministère des Affaires étrangères avise l’Ambassade qu’il n’a pas traité sa demande de manière favorable», peut-on lire dans la lettre signée le 16 mai.

Affaires mondiales Canada n’a pas donné suite à la demande d’entrevue de La Presse canadienne, mais des représentants gouvernementaux ont confirmé sa décision à l’Associated Press.

Bien que ce refus ne soit pas expliqué dans la lettre publiée par le ministre Arreaza, le Canada s’est déjà montré critique du régime du président Nicolas Maduro, qui brigue un second mandat à la tête du pays.

Le Canada a d’ailleurs exhorté le Venezuela à suspendre le scrutin de ce week-end en l’absence de garanties démocratiques.

«Le Canada rejette la tenue d’une élection présidentielle illégitime qui écarte l’opposition et entrave la liberté de presse, et ne sert qu’à consolider davantage un régime dictatorial», a déclaré plus tôt cette semaine la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.

Ottawa a pris la «bonne décision et la décision légalement correcte», croit pour sa part Orlando Viera-Blanco, de la Fondation canado-vénézuélienne pour l’engagement.

L’avocat dit notamment saluer le leadership du Canada en matière d’aide humanitaire dans sa terre natale, où sévit selon lui une crise «catastrophique» des droits de la personne, avec de graves pénuries d’aliments et de médicaments, un haut taux de criminalité et une inflation débridée.

«Nous n’avons pas d’institutions, pas de justice, pas d’élections impartiales et transparentes, pas de garantie de vivre, de liberté de parole», se désole-t-il.

Même si le gouvernement vénézuélien dénonce le caractère antidémocratique de la décision du Canada, Rebecca Sarfatti ne croit pas que ses compatriotes seront contrariés de ne pas pouvoir se rendre aux urnes dans ce processus largement perçu comme illégitime.

«À quoi ça sert?, lance-t-elle. On connaît déjà le résultat.»

Mme Sarfatti dit qu’elle ne serait pas étonnée que les autorités vénézuéliennes défient Ottawa en ouvrant tout de même des bureaux de vote en sol canadien.

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