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Il n’y a pas eu d’améliorations notables dans les garderies publiques ou privées au Québec depuis 2003, selon une étude de l’Observatoire des tout-petits rendue publique mardi. Le système public des centre de la petite enfance (CPE) reste cependant le meilleur modèle par rapport aux garderies privées.

Pour 61% des enfants de 0 à 18 mois, la qualité de leur CPE est passée d’«acceptable» à «bonne» de 2003 à 2014. En revanche, pour 51% des 1 à 5 ans, la qualité des CPE est restée «acceptable» pendant 11 ans.

En ce qui concerne les garderies privées, 51% des enfants de 0 à 5 ans ont fréquenté des centres jugés «acceptables», et près de 36%, des centres de «faible qualité». En outre, 41,2% des 0 à 18 mois fréquentent des garderies privées non subventionnées de faible à très faible qualité. Dans les CPE, ils sont seulement 2%. «Il y a une proportion importante de tout type d’enfants qui fréquentent un milieu de faible et de très faible qualité. Ça nous préoccupe beaucoup», signale à Métro la directrice de l’Observatoire des tout-petits, Fannie Dagenais.

L’étude de l’observatoire se base sur des données recueillies par l’Institut de la statistique du Québec. L’étude utilise différents critères pour juger la qualité des services de garde, comme la qualité des interactions entre éducatrices et enfants, la qualité matérielle des lieux ou encore la qualité des activités. Il a noté chacun de ces aspects sur une échelle allant d’«excellent» à «extrêmement faible». La majorité des services de garde, publics ou privés, alternent entre «acceptables» et de «bonne qualité».

«Un milieu de qualité n’est pas nécessairement un milieu qui va offrir des activités très dispendieuses. On est plus dans des éléments qui vont être accessibles à tous les types de milieux», soulève la directive de l’Observatoire des tout-petits.

Par ce rapport, l’observatoire veut rappeler l’importance de la qualité des services fournis aux plus jeunes, qui aura des impacts tout au long de leur vie, et plus largement sur la société québécoise de demain.

«Quand on dit que ça prend un village pour élever un enfant, ça veut dire qu’il a besoin d’être entouré d’une majorité d’adultes et d’enfants. Ce qu’il se passe, par exemple, vers l’âge de deux ans, c’est que les enfants frappent, mordent, donnent des coups de pied. Ça fait partie du développement normal, ils ne savent pas répondre à leurs besoins d’une façon socialement acceptable», développe la professeure de médecine sociale et préventive à l’Université de Montréal (UdeM) et spécialiste des services de garde Sylvana Côté, aussi porte-parole de l’Observatoire des tout-petits.

Justement, ajoute-t-elle, les services d’éducation préscolaire jouent un rôle prédominant dans l’apprentissage des codes sociaux et favorisent l’épanouissement des enfants, autant d’un point de vue social qu’intellectuel.

Or, une faible qualité des services offerts aux plus petits dans les centres préscolaires pourrait nuire à leur développement et avoir de graves conséquences pour l’avenir.

Les plus vulnérables sont les enfants défavorisés, note l’étude, qui montre que les garderies de bonne qualité ont un impact très positif sur leur développement. «Ça peut se faire ressentir plus loin dans la vie. C’est associé à une meilleure santé, à un plus faible taux de chômage et à des revenus plus élevés chez l’adulte», pointe Fannie Dagenais, la directrice de l’observatoire.

«James Heckman, prix Nobel d’économie en 2000, montre que les investissements à la petite enfance sont les plus rentables que les sociétés puissent faire. La raison pour ça, c’est que les habiletés engendrent des habiletés.» – Sylvana Côté, professeure de médecine sociale à l’UdeM et spécialiste des centres de la petite enfance.

Selon une étude de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) publiée en 2016, le nombre de places en garderies privées aurait bondi de 1042% de 2007 à 2015. Selon l’étude de l’Observatoire des tout-petits, les CPE récoltent pourtant les meilleurs scores en matière de qualité de service par rapport aux garderies privées.

Pour Sylvana Côté, l’enjeu est bel et bien de défendre le modèle public des CPE qui ont, selon elle, prouvé leur efficacité. Mis en place par Pauline Marois en 1997, ce modèle de garderie public subventionné par le gouvernement provincial est considéré comme un modèle de réussite partout dans le monde, malgré de nombreuses imperfections, soutient la professeure Côté.

Il faudrait notamment investir davantage et améliorer les conditions de travail du personnel, soutient-elle.

La professeure salue tout de même la loi visant à améliorer la qualité éducative et à favoriser le développement harmonieux des services de garde éducatifs à l’enfance, adoptée par l’Assemblée nationale en décembre dernier. Cette loi va permettre entre autres de proposer des évaluations et des améliorations pour les CPE. Le ministre de la Famille, Luc Fortin, a d’ailleurs annoncé mardi dernier des investissements de 40M$ pour des aménagements extérieurs de jeux et des mesures visant à évaluer et à améliorer la qualité des services des CPE.

«C’est dans les CPE que la qualité est la meilleure. C’est facilement compréhensible: dans ces structures-là, les éducatrices sont formées et les infrastructures sont meilleures. C’est ça les conditions qu’il faut, et ça demande des investissements publics», plaide la professeure.

Les éducatrices de 57 CPE se sont d’ailleurs dotées d’un mandat de grève illimité la semaine dernière à Montréal et à Laval. Une situation directement liée aux problèmes soulevés par l’étude, note la professeure Côté, puisque les conditions de travail des éducatrices conditionnent en partie la qualité des services offerts aux enfants. Les éducatrices négocient actuellement leur convention collective échue il y a trois ans.

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