Alors que de nombreux photographes animaliers rêvent du cliché parfait d’un orignal majestueux ou d’un harfang des neiges en plongée, certains observateurs s’inquiètent de l’éthique discutable de certaines pratiques pour obtenir de bonnes photos.

David Legros, naturaliste pour Parcs Ontario, dit avoir observé une hausse du nombre de personnes qui piétinent des habitats naturels fragiles, déposent de la nourriture pour attirer les animaux ou les pourchassent en quête d’une photographie. Selon lui, les médias sociaux comme Instagram ne sont pas étrangers au phénomène.

«Je crois qu’une bonne partie du problème s’explique par l’accessibilité de la photographie numérique et les médias sociaux parce que tout le monde diffuse ses photos et tout le monde veut avoir de bonnes photos», mentionne-t-il en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.

Dans un billet publié en avril dernier, Parcs Ontario a fourni certains exemples de comportements répréhensibles récents. Des visiteurs auraient notamment pourchassé un orignal, coupé des branches d’arbre pour obtenir une meilleure vue ou encore étendu du beurre d’arachide sur un arbre pour attirer une martre.

Le problème le plus répandu, selon David Legros, demeure celui d’appâter les animaux sauvages avec de la nourriture. Une pratique qui facilite la prise de photos, mais qui peut entraîner des comportements agressifs des animaux envers les humains ou les amener à se rapprocher plus souvent des routes et à se faire frapper.

Le garde-parc tient à préciser que les visiteurs perturbateurs demeurent une minorité et que la plupart des gens sont respectueux de la nature.

Cet enjeu fait aussi l’objet d’un débat parmi les photographes animaliers professionnels, pour qui la pression d’obtenir des images spectaculaires peut s’avérer intense.

En avril dernier, le Musée d’histoire naturelle de Londres a disqualifié l’une des images gagnantes de son concours annuel de photographie de la faune sauvage après en être venu à la conclusion que le sujet était «fort probablement» un fourmilier empaillé.

Dans un communiqué, le musée soutient que cinq scientifiques indépendants en sont tous venus à la même conclusion. Une accusation que nie avec véhémence le photographe Marcio Cabral.

Le magazine Canadian Geographic assure être «très bien au fait» du problème. Son rédacteur en chef, Aaron Kylie, dit éviter de faire affaire avec des photographes qui appâtent leurs sujets ou qui tentent de faire passer des animaux en captivité pour de la faune sauvage.

Un débat animé a éclaté au Canada au sujet de la pratique d’attirer des chouettes en utilisant des souris vivantes.

Laura Kaye, photographe et ornithologue amatrice, raconte s’être déjà rendue, il y a deux ans, à l’extérieur de Montréal dans le but d’observer une rare chouette lapone.

À son arrivée, elle a été renversée de voir l’oiseau de proie se poser directement devant une foule de photographes.

«Je me suis rendu compte qu’ils avaient une glacière pleine de souris et ils en ont lancé une dans la neige et j’ai réalisé qu’ils nourrissaient la chouette», se rappelle-t-elle.

Laura Kaye avoue s’être inquiétée de l’impact sur les habitudes du rapace. «Au lieu d’aller chasser, elle va rester au même endroit et attendre les humains. À plus long terme, cela pourrait mettre la chouette en danger», observe la photographe qui a créé un compte Instagram et un mot-clic «#ethicalowlphotos» pour mettre en valeur le travail de photographes qui n’ont pas recours à de telles pratiques.

Mais même Laura Kaye reconnaît que cette question est complexe, alors que photographes comme scientifiques s’interrogent sur le caractère réellement nuisible de ces pratiques.

Le photographe animalier Robert Berdan, installé à Calgary, n’utilise pas d’appât pour éviter les critiques, mais il ne condamne pas ses collègues qui ont cette habitude.

«Je n’ai pas trouvé de preuve scientifique qui dit que nourrir les animaux peut leur nuire et j’ai consulté des spécialistes de la faune et des chouettes», a-t-il répondu par courriel.

Pour Kerri Martin, qui étudie à la maîtrise en photographie animalière éthique, l’enjeu va bien au-delà du fait de nourrir ou non un animal sauvage. Selon elle, plusieurs autres façons de faire peuvent causer du stress aux animaux. Elle cite en exemple les photographes qui s’approchent trop de leur sujet.

Elle maintient que le bien-être de l’animal doit toujours primer: «Aucune image ne vaut le fait de blesser ou de causer un stress à un animal, mais cet équilibre est difficile à trouver.»

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