Sean Kilpatrick Sean Kilpatrick / La Presse Canadienne

OTTAWA — Un Canadien réclame la tenue d’une enquête indépendante sur les interventions du gouvernement fédéral alors qu’il était emprisonné, selon lui injustement, pendant plus d’une décennie en Éthiopie.

En conférence de presse à Ottawa, mardi, Bashir Makhtal a relevé des occasions manquées et même des erreurs commises par Ottawa pendant qu’il croupissait derrière des barreaux.

M. Makhtal est né en Éthiopie, mais il a déménagé au Kenya alors qu’il était encore enfant. Après avoir été admis au Canada en tant que réfugié en 1991, il est retourné s’établir au Kenya, où il a ouvert une entreprise de vêtements d’occasion pour soutenir sa famille.

Il travaillait en Somalie lors de l’invasion du pays par l’armée éthiopienne, en 2006. M. Makhtal est alors rentré au Kenya, mais il a été détenu à la frontière avec la Somalie.

Transporté jusque dans la capitale éthiopienne, il a ensuite été condamné pour des crimes terroristes par un tribunal que son avocat, Lorne Waldman, décrit comme fantoche.

Bashir Makhtal appartient au peuple des Somalis de l’Ogaden, une minorité en Éthiopie. Son grand-père, qui militait pour leurs droits, avait lui aussi été jeté en prison.

M. Makhtal était donc naturellement inquiet lorsque des agents éthiopiens et kényans lui ont rendu visite en début 2007. Il a alerté les autorités canadiennes au Kenya, qui ont selon lui fait parvenir deux lettres à cet effet au ministère kényan des Affaires étrangères.

Il déplore qu’une alarme n’ait pas été sonnée à de plus hauts niveaux du gouvernement, avant qu’on ne l’emmène à l’aéroport de Nairobi et qu’on le batte devant son refus d’embarquer dans un avion.

«J’ai ensuite été attaché, on m’a bandé les yeux et on m’a forcé de monter dans l’avion», indique-t-il.

Il raconte qu’une cellule humide de deux mètres sur deux mètres l’attendait à Addis-Abeba, où on l’a interrogé à répétition: «Leur but était de m’inciter à devenir un collaborateur du gouvernement éthiopien et d’espionner les gens d’Ogaden.»

«Ils ont menacé de s’en prendre à ma famille aussi… ce qu’ils ont fait», se désole-t-il.

Son frère, sa soeur et deux de ses neveux ont été arrêtés plus tard en 2007.

Lorsque son frère a été libéré, deux ans plus tard, sa santé était si hypothéquée qu’il est mort quelques jours plus tard. Une côte fracturée avait perforé son poumon et il combattait une infection.

Un des neveux de Bashir Makhtal, arrêté il y a onze ans, alors qu’il n’était qu’adolescent, demeure derrière des barreaux.

M. Makhtal ans a pour sa part été subitement relâché le mois dernier, à l’âge de 49 ans — un rebondissement que son avocat attribue au premier ministre canadien, Justin Trudeau.

«Ce qui est remarquable dans le cas de Bashir est que le premier ministre Trudeau a adopté une différente attitude et est intervenu directement, et c’est après cette intervention que Bashir a été relâché», a-t-il fait valoir mardi.

L’ex-ministre conservateur des affaires étrangères, John Baird, avait aussi entrepris des démarches dans ce dossier, sans toutefois parvenir à impliquer le premier ministre de l’époque, Stephen Harper.

«Les autorités kényanes n’avaient pas l’impression que le Canada était préoccupé, et c’est pourquoi elles ont pu s’en tirer avec ce qu’elles ont fait», a souligné Me Waldman.

Une enquête permettrait de relever «les nombreuses leçons importantes à tirer ici», a pour sa part soutenu le secrétaire général d’Amnistie internationale Canada, Alex Neve.

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a répondu par le biais de son porte-parole Adam Austen que le gouvernement canadien est «toujours à la recherche de manière d’améliorer les services consulaires Canadiens».

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