Justin Tang Justin Tang / La Presse Canadienne

MONTRÉAL — Les commentaires injurieux du président américain Donald Trump et de son équipe à l’égard du premier ministre canadien Justin Trudeau n’affecteront en rien l’amitié qui perdure entre le Canada et les États-Unis, selon des Américains qui partagent une frontière avec le Québec et qui ont l’habitude de côtoyer les Québécois et les Canadiens.

«À long terme, les points communs que nous avons comme Nord-Américains vont nous assurer de traverser cette période», analyse John Tousignant, directeur principal du Centre franco-américain au New Hampshire.

Le président Trump a causé toute une commotion la fin de semaine dernière, en insultant Justin Trudeau sur Twitter, le qualifiant de «malhonnête» et de «faible». Son équipe en a remis une couche lors des émissions politiques du dimanche matin, affirmant notamment qu’il y avait «une place spéciale en enfer» pour les gens comme M. Trudeau.

Ces mots ont eu un goût amer pour Phyllis Klein, qui est propriétaire depuis 38 ans d’une marina sur le lac Champlain, dans l’État de New York, et dont 50 pour cent de la clientèle vient du Québec. Dans un message qu’elle a écrit sur Facebook, elle dit s’être sentie «d’une certaine façon trahie» par les propos «désobligeants et erronés» du président.

«J’ai beaucoup de clients et d’amis canadiens, et je trouve difficile d’avoir à m’excuser pour des mots qui viennent de gens de notre gouvernement. Alors, je n’essaie même pas», a confié Mme Klein, qui soufflera bientôt ses 80 bougies.

Mme Klein croit tout de même que les Canadiens sauront faire la distinction entre ce que dit l’administration Trump et ce que pensent les Américains.

«Ils comprennent que les mots qui viennent de sa bouche ne représentent pas comment je me sens. Ils le savent», a-t-elle soutenu.

John Tousignant croit qu’à long terme, ces paroles «peu diplomates» n’ébranleront pas l’amitié entre les Américains et les Canadiens, qui sont en quelque sorte des «cousins» pour les habitants du New Hampshire, puisque 25 pour cent de la population de cet État a des racines canadiennes-françaises.

«Nous sommes très proches entre nous, dans notre façon de vivre, dans notre culture. Je pense qu’on pourra passer à travers cette période», a-t-il assuré.

Aki Soga, responsable des relations avec le lectorat du quotidien «Burlington Free Press», dans l’État du Vermont, ne pense pas que les Canadiens s’empêcheront de voyager dans cet État qui borde la frontière québécoise, où le président Trump est particulièrement impopulaire.

«Il y a un grand mouvement des deux côtés de la frontière — les Vermontois visitent le Canada, les Canadiens visitent le Vermont — et je crois que cette interaction sera un facteur beaucoup plus important que tout ce que dit le président», a-t-il expliqué en entrevue téléphonique.

Selon lui, on pourrait commencer à ressentir des effets s’il devient éventuellement plus difficile de se déplacer d’un pays à l’autre ou si le Vermont commence à subir des contrecoups du côté de l’emploi.

«Si cela continue longtemps, et il faudrait que ça dure longtemps, peut-être que ça pourrait changer la perception, mais je ne crois pas que ce seul incident puisse avoir un effet», a-t-il expliqué.

Déclarations d’amour sur Twitter
Plusieurs internautes ont eu le même réflexe que ces intervenants, en répétant aux Canadiens que les deux pays étaient les meilleurs amis du monde, malgré toutes les déclarations de l’administration Trump.

Le mot-clic #ThanksCanada (#MerciCanada) était très populaire sur Twitter, lundi, les uns célébrant toutes les contributions du Canada, les autres dénonçant vigoureusement les propos du président Trump.

«#MerciCanada, c’est pas mal cela. J’aime être votre voisin et je suis désolé que nous soyons si impolis dernièrement. J’espère qu’on fera mieux», a écrit l’utilisateur @bemerson, qui est originaire de l’Arizona.

«Je suis si reconnaissant face à nos frères et soeurs du nord. Votre sensibilité, votre créativité et votre réelle bonté sont très appréciées. Notre lien persistera jusqu’à la fin des temps!!!», a renchéri @ShaunMcKinne, du Texas.

Phyllis Klein, qui se décrit comme une «incurable optimiste», voit cette période comme un «accroc dans l’histoire». Les États-Unis et le Canada ont déjà eu des tensions, et ils s’en sont toujours remis, a-t-elle soutenu.

Par exemple, les relations n’étaient pas au beau fixe entre les deux pays lorsque le Canada a refusé de participer à la guerre en Irak, en 2003, à la demande des États-Unis.

«Dans n’importe quelle relation, dans n’importe quelle région du monde, il y aura des tensions. Prenez par exemple un mari et sa femme, qui essaient de vivre ensemble, d’élever une famille, il y aura des tensions. Mais généralement, nous les surmontons. Je crois que ce n’est pas différent cette fois-ci», a-t-elle indiqué.

Même son de cloche du côté de M. Tousignant. «Le père de M. Trudeau, Pierre Elliott, a eu certains échanges avec le président Richard Nixon et ça a été un problème à court terme», a-t-il rappelé.

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