JONATHAN HAYWARD / La Presse Canadienne Le chef du Parti conservateur, Andrew Sheer.

OTTAWA — Les conservateurs serrent les rangs derrière Andrew Scheer, qui a éjecté Maxime Bernier du cabinet fantôme, mardi. Le chef qui l’a expulsé n’a pas voulu s’étendre sur les motifs derrière cette décision — et le député puni, lui, a défendu sa loyauté remise en doute, mercredi.

«Je ne fais pas de commentaires sur les enjeux de notre caucus, la gestion interne», a-t-il dit après avoir semé la plupart des journalistes qui l’avaient suivi dans les couloirs du parlement, mercredi. Le chef sortait de la réunion du caucus, et il a refusé de s’arrêter pour répondre aux questions.

«Mais je peux vous dire que je pense que c’est essentiel que quand un ministre de notre cabinet fantôme prend des engagements, qu’il les respecte», a poursuivi le leader conservateur au sous-sol de l’édifice du Centre en parlant de son ancien rival dans la course à la chefferie.

Le député Bernier a été dépouillé de ses fonctions au sein du cabinet fantôme pour avoir publié sur son site internet un chapitre d’un livre à paraître dans lequel il réitère sa position sur la nécessité d’abolir la gestion de l’offre pour les produits laitiers, les oeufs et la volaille.

Son collègue Erin O’Toole a fait valoir que le Beauceron avait ainsi rompu une promesse qu’il avait faite à ses collègues du caucus. Ce faisant, il ne s’est pas comporté en joueur d’équipe, ce qui n’est pas souhaitable alors que l’on prépare le terrain en prévision de la prochaine élection.

L’élu de Beauce avait fait cette promesse après avoir dévoilé un chapitre qui avait fait grincer des dents, dans lequel il affirmait qu’il s’était fait ravir le leadership de son parti parce que Andrew Scheer avait recruté de «faux conservateurs».

Le lieutenant politique du Parti conservateur au Québec, Alain Rayes, s’est rangé derrière la décision de son chef. Il a réfuté l’argument que les voix dissidentes ne sont pas tolérées au sein du cabinet fantôme.

De son côté, le député Tony Clement a savonné les journalistes qui, selon lui, avaient un trop grand intérêt pour cette affaire.

«J’en ai parlé à Maxime Bernier, il comprend la décision. Je sais que vous êtes tous excités par ça. (…) Si vous êtes ici pour me demander si je condamne Maxime Bernier, je ne le fais pas! Je pense qu’il faut faire preuve de grâce et de compassion», a-t-il lancé.

Quant à Andrew Scheer, il a pris une «difficile, mais nécessaire, décision», car Maxime Bernier «a désobéi au caucus», a lâché un Tony Clement visiblement mécontent lors d’une mêlée de presse après la réunion hebdomadaire du caucus conservateur, mercredi midi.

Le principal intéressé a été aperçu dans un couloir du parlement, téléphone à l’oreille, à sa sortie de la rencontre. Il a ignoré les questions des représentants des médias. À son bureau, on a décliné la demande d’entrevue de La Presse canadienne.

En après-midi, sur Twitter, Maxime Bernier a cherché à défendre sa loyauté envers ses collègues du caucus.

«Je veux simplement clarifier une chose à ce moment-ci. Le chapitre (…) mis en ligne sur mon site web est LE MÊME qui a été disponible pendant des semaines sur le site web de mon éditeur, mais qui a été retiré lorsque j’ai décidé de reporter indéfiniment la publication du livre», a-t-il écrit en anglais.

«Il n’y a rien de nouveau, je ne l’ai pas « publié »», a écrit l’élu. Sur son site internet, il est écrit que le texte a été mis en ligne le 5 juin 2018, donc mardi dernier. Le controversé chapitre était toujours disponible au moment de publier ces lignes, mercredi après-midi.

Un contexte «Trump»

Une source conservatrice a concédé mardi que les tensions commerciales actuelles entre le Canada et les États-Unis ne sont pas étrangères à la décision de sanctionner Maxime Bernier — en parlant contre la gestion de l’offre, il se range ainsi dans le camp de Donald Trump.

«Le « timing » a une importance. (…) L’importance d’être un front uni est là. On ne veut pas mettre d’huile sur le feu», a indiqué cette source.

D’autant plus que les libéraux avaient commencé à brandir Maxime Bernier comme une preuve patente que les conservateurs ne défendraient pas la gestion de l’offre. Deux ministres, Diane Lebouthillier et Chrystia Freeland, l’ont fait pendant la période des questions, mardi.

Leur collègue au Patrimoine, Mélanie Joly, a avancé mercredi, dans une sortie préparée, qu’«il ne faut pas se leurrer», que le Beauceron «n’est pas le seul contre la gestion de l’offre dans tout le caucus conservateur», car il a été appuyé par des députés de son avis.

Un peu plus tôt, le député conservateur Erin O’Toole n’avait pas été en mesure de dire combien, au sein de la députation, sont dans le camp anti-gestion de l’offre. «Pas beaucoup, je dirais», a-t-il offert.

Il a assuré que le parti était «uni» et que le chef Scheer n’avait pas puni Maxime Bernier parce que celui-ci fragilisait son leadership. Il a prédit qu’il y aurait d’autres «ajustements» du genre d’ici le scrutin d’octobre 2019.

Le député québécois avait fait campagne à la chefferie en promettant de mettre fin au système de gestion de l’offre. Il a été battu en mai dernier au 13e et ultime tour de scrutin, alors qu’il avait mené dans les 12 précédents.

Andrew Scheer l’a emporté in extremis, avec un score de 50,95 pour cent.

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