Mathieu Belanger / La Presse Canadienne Alexandre Bissonnette

QUÉBEC — L’auteur de la fusillade de la grande mosquée de Québec, Alexandre Bissonnette, est un narcissique fragile qui, jusqu’à maintenant, a été incapable de surmonter les difficultés connues dans sa jeunesse, et pour qui la quête de pouvoir visait à contrer un sentiment de faiblesse et de désespoir, a plaidé son procureur, lundi.

L’avocat de la défense, Charles-Olivier Gosselin, a demandé au juge François Huot, de la Cour supérieure, de prendre en compte toutes les caractéristiques personnelles de Bissonnette, et de bien regarder le «portrait global» avant de lui imposer une peine exemplaire.

Reconnu coupable d’avoir tué six membres de la communauté musulmane de Québec en janvier 2017, Bissonnette est passible d’une peine de prison de 150 ans, soit la peine la plus sévère jamais imposée au Canada.

Me Gosselin a passé la journée de lundi à tenter de convaincre le magistrat d’utiliser son pouvoir discrétionnaire et de ne pas imposer une peine cumulative au jeune homme de 28 ans. Une telle peine serait ni plus ni moins qu’une «peine de mort par incarcération», selon lui.

Il veut faire déclarer inconstitutionnel — et donc, invalide — l’article du Code criminel qui permet depuis 2011 aux juges d’imposer des peines consécutives.

Dans le cas de Bissonnette, cela voudrait dire que le juge peut cumuler les peines de 25 ans — une par meurtre — pour en arriver à un total de 150 ans d’incarcération.

La défense plaide qu’il devrait plutôt être admissible à une libération conditionnelle après avoir passé 25 ans derrière les barreaux.

Les remords et la honte

Lundi, Me Gosselin n’a pas appelé de témoins à la barre, mais a plutôt présenté au juge plusieurs documents, dont des études sur les décès et les suicides en détention.

Sans «minimiser» les gestes commis par Bissonnette, les qualifiant même «d’impardonnables» — ce qui a provoqué une montée de larmes chez le meurtrier, qui s’est mouché bruyamment — il a déclaré qu’on ne devait pas faire un exemple d’une personne malade.

Il a dressé le portrait d’un homme souffrant et dépressif, dont la personnalité a été forgée par les années d’intimidation à l’école.

Un homme qui, de surcroît, n’a pas d’antécédents judiciaires, qui a toujours collaboré avec les autorités, qui a honte de ses gestes, qui a exprimé des remords sincères, mais qui, malade, a succombé à des «distorsions cognitives» pour justifier le scénario d’homicide-suicide qu’il envisageait depuis longtemps, inspiré par les tueries de masse dans les écoles.

Rejetant la description du tireur «froid et méthodique» de la Couronne, Me Gosselin a argué qu’un «professionnel» aurait pris soin d’enlever le cran de sécurité sur sa carabine semi-automatique.

Bissonnette n’est pas non plus un raciste motivé par la haine, mais un jeune homme «perturbé»; il aura fallu de l’alcool pour le désinhiber le soir de la tuerie, a-t-il souligné.

Les services correctionnels ont pour but la réadaptation et la réinsertion sociale, et non la «vengeance», a-t-il poursuivi, en ajoutant que Bissonnette est «réhabilitable» et qu’il souhaite «travailler sur lui». «L’espoir peut être un moteur pour le changement», a déclaré l’avocat.

Bissonnette ne connaîtra pas sa peine tout de suite — pas avant septembre, en fait.

Thomas Jacques, le procureur de la Couronne, a promis de réclamer une peine qui reflétera l’ampleur des «crimes odieux» commis. Il présentera ses arguments devant le juge Huot mardi.

Le magistrat décidera par la suite si les parties doivent faire le débat sur la constitutionnalité de l’article du Code criminel permettant le cumul des peines.

Pour sa part, la procureure générale du Québec a invité le tribunal la semaine dernière à rejeter la contestation constitutionnelle amorcée par les avocats d’Alexandre Bissonnette.

Dans un document d’une cinquantaine de pages, elle soutient que le cumul des peines en cas de meurtres multiples est «constitutionnellement valide».

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