Patrick Doyle / La Presse canadienne Justin Trudeau

OTTAWA — Le premier ministre Justin Trudeau a beau qualifier d’inacceptable la séparation de familles migrantes aux États-Unis, son gouvernement ne suspendra pas pour autant l’Entente sur les tiers pays sûrs qui sert à gérer le flux des demandeurs d’asile entre le Canada et les États-Unis.

«On prend des actions basées sur des faits et des (gestes), pas basées sur des peurs ou des inquiétudes, a-t-il soutenu lors d’une conférence de presse, mercredi après-midi, pour dresser le bilan des derniers mois avant la relâche estivale.

«Nous allons (…) regarder de près le comportement des États-Unis par rapport à cette situation avec les enfants (…), mais déjà on voit que le président a pris certaines actions aujourd’hui (…), a-t-il ajouté. On continue d’espérer que les États-Unis vont continuer de protéger les gens, les citoyens.»

M. Trudeau avait pourtant condamné la séparation des enfants migrants de leurs parents en début de journée, quelques heures avant que le président américain Donald Trump signe un décret pour mettre fin à cette pratique.

«Ce qui se passe aux États-Unis est inacceptable, avait-il affirmé à l’entrée de son caucus. Je ne peux pas imaginer ce que ces familles sont en train de vivre. Évidemment, ce n’est pas comme ça qu’on fait les choses au Canada.»

Il reprenait les propos exprimés la veille par son ministre Marc Garneau lors de la période des questions. Les néo-démocrates talonnent le gouvernement depuis trois jours, lui demandant de suspendre l’Entente sur les tiers pays sûrs avec les États-Unis puisqu’ils ne considèrent plus ce pays comme étant sécuritaire pour les demandeurs d’asile.

Environ 2000 enfants ont été séparés de force de leurs parents entrés illégalement aux États-Unis, en avril et en mai. Le président Trump a signé un décret mercredi pour mettre fin à cette pratique instaurée par son administration.

La prise de position de Justin Trudeau est trop peu, trop tard, selon le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh. Ses députés ont continué de faire pression sur le gouvernement lors de la période des questions mercredi pour qu’il joigne le geste à la parole.

«Le directeur des services d’immigration et de douanes des États-Unis a confirmé les pires craintes des parents», a insisté la députée Jenny Kwan.

«Il s’attend à ce que des centaines d’enfants ne revoient jamais leurs parents, a-t-elle poursuivi. Ils seront perdus dans le système à jamais. Est-ce que le premier ministre reconnaît qu’aussi longtemps que le président Trump sera au pouvoir, les États-Unis ne seront jamais un pays sûr pour les demandeurs d’asile?»

«L’Entente sur les pays tiers sûrs (sic) date d’il y a plus de 10 ans et nous continuons de chercher des moyens de la moderniser, a répondu M. Trudeau. Nous sommes en conversation continuelle avec les États-Unis. Nous continuons de surveiller de près les développements aux États-Unis.»

Il n’a pas voulu préciser en conférence de presse comment le gouvernement voudrait mettre cette entente à jour.

Le ministre Jean-Yves Duclos a expliqué que le gouvernement devait en quelque sorte ménager la chèvre et le chou dans un contexte de guerre commerciale avec les États-Unis.

«Le premier objectif, c’est clairement de garder des relations correctes dans la mesure du possible avec le gouvernement américain et parce que ces relations sont importantes pour beaucoup d’autres enjeux comme on le sait très bien», a-t-il maintenu en ajoutant que le deuxième objectif était de rappeler les valeurs du Canada.

«Alors ici, il y a un arbitrage, a-t-il poursuivi. Il y a un équilibre important à atteindre tout en ménageant la susceptibilité de l’administration américaine, établir clairement que ça c’est inacceptable et qu’on souhaite que ça change rapidement.»

«Manque de compassion»

Les conservateurs s’étaient gardés jusqu’à maintenant de dénoncer la politique de tolérance zéro» implantée par l’administration Trump à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

«Cette politique de séparer les enfants de leurs parents manque de compassion et ce n’était pas une façon de traiter les gens avec la dignité qu’ils méritent peu importe la façon dont ils entrent dans un pays», a déploré le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, à son entrée à la période des questions mercredi.

Son parti continue toutefois de demander que l’Entente sur les tiers pays sûrs soit appliquée à l’ensemble de la frontière canado-américaine, avait indiqué la députée Michelle Rempel plus tôt dans la journée.

En vertu de cette entente, la plupart des demandeurs d’asile qui arrivent au Canada en provenance des États-Unis en passant par les aéroports et les postes frontaliers sont repoussés. Ils doivent plutôt faire leur demande de statut de réfugié aux États-Unis, le premier pays où ils ont mis le pied. C’est ce qui inciterait de nombreux demandeurs d’asile à traverser la frontière de façon irrégulière au chemin Roxham, à Saint-Bernard-de-Lacolle.

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