François Lemieux/TC Média Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

MONTRÉAL — Plusieurs leaders autochtones appellent à la démission ou à la rétrogradation du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, en réaction à des commentaires jugés offensants.

M. Barrette a présenté ses excuses, jeudi, tout en soutenant que ce qui avait été rapporté dans les médias ne reflétait pas la véritable portée de ses propos.

Des Autochtones du Nunavik accusent le ministre québécois de la Santé de nourrir des préjugés à leur endroit en laissant croire que des parents du Grand Nord peuvent être expulsés de l’avion-ambulance transportant leurs enfants malades en raison de problèmes de dépendance à la drogue ou à l’alcool.

Un enregistrement audio obtenu par «Le Devoir» et CBC permet d’entendre le ministre Barrette dire, en anglais, que d’ici six mois, il y aura au moins un cas d’une personne qui ne sera pas admise dans l’avion parce que quiconque est agité, drogué ou sous l’influence de quoi que ce soit ne sera pas autorisé à monter à bord.

Le ministre ajoute même que de tels cas arrivent tout le temps. Cet enregistrement a été fait il y a deux semaines alors que le ministre Barrette prenait un bain de foule à Brossard, en banlieue sud de Montréal.

Répondant à des appels insistants de médecins et de plusieurs organisations, le gouvernement du Québec a décidé en février dernier de modifier une règle controversée qui interdisait aux parents d’accompagner leur enfant lors d’évacuations médicales aériennes d’urgence.

M. Barrette précisait toutefois que le pilote aurait le dernier mot quant à la présence du parent à bord, pour des raisons de sécurité.

Selon M. Barrette, le gouvernement a agi dans le dossier de la politique d’accompagnement, et la «situation est réglée».

«J’ai annoncé que d’ici la fin du mois de juin, les parents allaient pouvoir accompagner leurs enfants dans les deux Challenger moyennant certaines règles de sécurité de base, qui sont celles qui sont appliquées partout en Amérique du Nord», a-t-il soutenu, jeudi.

Le maire de Kuujjuaq, Tunu Napartuk, s’est dit profondément choqué et déçu des propos entendus dans l’enregistrement qui démontrent, à son avis, que Gaétan Barrette ne connaît pas les gens du Grand Nord.

Le maire Napartuk reconnaît que le Nunavik fait face à des défis, mais signale que les commentaires du ministre n’aident en rien la situation et renforcent les stéréotypes.

Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, a affirmé que ces commentaires démontraient «les racines très profondes de la discrimination et des préjugés envers les peuples autochtones».

«Les propos totalement inacceptables du ministre nous indiquent clairement que ces racines sont très présentes au cœur même du gouvernement de Philippe Couillard, qui devrait exiger immédiatement la démission du ministre Barrette, ou le démettre de ses fonctions», a déclaré M. Picard par communiqué.

Une «règle de sécurité»

M. Barrette a dit n’avoir jamais eu l’intention de viser les communautés autochtones dans ses «explications» sur la politique d’accompagnement d’un enfant à bord d’un avion-hôpital, affirmant avoir «le plus grand respect envers les communautés autochtones».

«Je m’excuse que mes propos aient offensé les communautés autochtones», a dit M. Barrette dans une déclaration écrite, jeudi.

«J’avais plutôt comme objectif d’expliquer les enjeux généraux qui entourent l’évacuation médicale par avion. Ainsi, j’ai effectivement mentionné qu’un parent ou un proche agité ou sous l’influence d’une substance toxique pourrait se voir refuser l’accompagnement d’un enfant à bord de l’avion-hôpital. Il s’agissait de l’énumération d’une règle de sécurité de la politique d’accompagnement qui s’adresse à tout parent ou tout proche de l’enfant, peu importe son origine», a fait valoir le ministre.

M. Barrette a soutenu qu’il n’avait en aucun temps fait référence à une communauté autochtone dans l’extrait rapporté.

«J’ai parlé au maire de Kuujjuaq aujourd’hui (jeudi) et je lui ai présenté mes excuses les plus formelles et les plus sincères. Je suis très malheureux que mes propos aient été interprétés avec cette portée-là, et ce n’était pas l’exercice visé», a martelé M. Barrette en mêlée de presse au côté du premier ministre Philippe Couillard, disant ne pas avoir parlé à M. Picard, mais être disposé à le faire.

Il s’est défendu de nouveau d’avoir visé les Autochtones par ses propos, disant avoir fait référence à des cas de personnes dans un état incompatible avec leur admission dans un avion-ambulance qui ne concernaient pas particulièrement les communautés autochtones.

«J’ai dit que, régulièrement, on voyait dans les médias — non pas chez certaines populations dont les Premières Nations — ce genre de situations-là, et ce sont des règles de sécurité qui s’appliquent», a fait valoir le ministre aux journalistes.

À ses côtés, le premier ministre Couillard a dit que M. Barrette avait «sa confiance», et qu’il avait «accompli des choses très importantes pour le système de santé, et pour les Autochtones dans le cadre de ce système de santé».

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