HO HO / La Presse Canadienne

MONTRÉAL — Une entreprise canadienne de transport par tube sous vide menace de déménager son siège social en Europe si elle n’obtient pas davantage de soutien politique au pays pour la mise en oeuvre de sa technologie, qui permettrait de transporter dans un tube des marchandises et des passagers aussi vite qu’un avion.

Sébastien Gendron, chef de la direction et cofondateur de TransPod, estime que les politiciens doivent intensifier leurs efforts s’ils veulent vraiment soutenir l’innovation au Canada.

«Malheureusement, nous n’avons pas obtenu le soutien nécessaire (au Canada), alors nous amorçons les essais en France», a déclaré M. Gendron dans une entrevue accordée depuis l’Europe, justement. L’entrepreneur trouverait regrettable que la compagnie déménage à l’étranger afin de poursuivre le développement d’une technologie conçue au Canada.

«Si nous attendons que le risque soit nul, d’accord, mais l’entreprise pourrait bien ne plus être établie au Canada», a prévenu M. Gendron, qui a travaillé auparavant chez Airbus et Bombardier. «(Les gouvernements) nous disent tous les jours que les Canadiens doivent faire preuve d’audace, d’ambition, prendre des risques et développer l’innovation; il est maintenant temps de joindre le geste à la parole.»

Le transport de capsules dans un tube à basse pression, à 1000 kilomètres/heure, permettrait selon lui de relier Montréal et Toronto en 45 minutes, et réduirait la congestion sur les routes et dans les aéroports. La ligne coûterait 15 milliards $, à l’exclusion de l’emprise foncière, et accueillerait 12 millions de passagers par année, selon le promoteur. Une deuxième ligne, de 6 milliards $, pourrait relier en 30 minutes environ Calgary et Edmonton, un parcours de 300 kilomètres.

Au début des années 2030

Transports Canada affirme que le gouvernement surveille de près la commercialisation internationale de cette nouvelle technologie. Une porte-parole du ministère ajoute que le plan stratégique «Transports 2030» vise justement à moderniser le secteur des transports au Canada, en mettant à jour la réglementation, en investissant dans l’infrastructure et en faisant la promotion de nouvelles technologies de transport.

M. Gendron soutient que le système pourrait transporter des passagers au début des années 2030, après avoir été utilisé pour le transport de marchandises légères, comme le commerce électronique et les aliments périssables. Il explique que les corridors de transport appartiendraient au secteur privé — probablement des caisses de retraite canadiennes, des entreprises de construction et d’autres investisseurs —, alors que TransPod fournirait la technologie et les capsules.

L’entreprise indique que certains de ces partenaires ont déjà manifesté de l’intérêt pour le projet, mais TransPod n’a obtenu aucun engagement ferme à ce jour. TransPod affirme avoir obtenu en Italie 15 millions $ US en financement de démarrage, et prévoit recueillir 50 millions $ US supplémentaires d’ici septembre.

Le service pourrait être exploité par des transporteurs aériens, des entreprises de chemins de fer ou des transporteurs de marchandises, a précisé M. Gendron.

Via Rail, qui exploite les services de transport ferroviaire de passagers au pays, a déclaré jeudi que dans le cadre de son programme de modernisation, la société d’État se concentre uniquement sur les technologies de transport public existantes. «Cette approche assurera un déploiement rapide et rentable de services modernes, sécuritaires, respectueux de l’environnement, efficaces, fiables, accessibles et rentables pour les Canadiens», a écrit une porte-parole dans un courriel.

TransPod envisage également de relier Paris et Francfort, et d’implanter des lignes en Arabie saoudite.

«Plus avantageux que le TGV»

TransPod, dont le siège social se trouve à Toronto, est en concurrence avec les milliardaires Elon Musk (Tesla) et Richard Branson (Virgin), qui cherchent eux aussi à construire leurs propres réseaux de transport par tubes sous vide. M. Gendron soutient toutefois que son entreprise offre une meilleure technologie et un coût par kilomètre plus avantageux que ses concurrents — et même que le train à grande vitesse (TGV).

TransPod et ses investisseurs construisent actuellement un tronçon pilote de trois kilomètres à Limoges, en France, qui devrait être terminé en juin prochain. Les capsules seront propulsées à plus de 600 kilomètres/heure, battant ainsi le record de vitesse des TGV sur rails.

Un autre tube d’essai, de 10 kilomètres, le long de l’autoroute 7 en Alberta, pourrait être prêt d’ici 2022, si le projet obtenait l’appui du gouvernement provincial. La construction de ce tronçon pilote commencerait en 2020, et pourrait ensuite former une section de l’éventuel couloir de transport par tube en Alberta.

Un porte-parole du ministre albertain du Développement économique et du Commerce, Deron Bilous, a indiqué que la province était prête à travailler avec TransPod sur son tronçon d’essai grandeur nature. «Nous souhaitons obtenir plus d’informations de TransPod concernant leur projet, mais nous sommes prêts à les aider à trouver un emplacement sûr et approprié», a déclaré Jean-Marc Prévost.

Les sociétés «hyperloop» canadiennes et européennes mettent aussi en place un partenariat international afin d’établir des normes en matière de méthodologie et de réglementation pour ce nouveau mode de transport. Ces entreprises veulent travailler avec les organismes nationaux de réglementation afin de pouvoir respecter sans tarder les exigences gouvernementales en matière de certification.

«Comme pour le train à vapeur, le train diesel et le train à grande vitesse, nous devons maintenant fixer toutes les normes pour les systèmes de train à basse pression», résume M. Gendron.

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