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OTTAWA – Le droit pour les députés de s’exprimer sur à peu près tous les sujets représente un des privilèges de la Chambre des communes, mais quelques exemples survenus au cours de la semaine dernière concernant des débats controversés ont testé les limites du droit de parole au Parlement.

Dans un cas, deux porte-parole d’un forum sur l’immigration canadienne (Canadian Immigration Forum), se sont vu refuser la parole devant un comité parlementaire sur l’immigration parce que le contenu de leur site est jugé offensif. Le site contient, entre autres, une entrevue avec le suprémaciste blanc Paul Fromm.

Dans l’autre cas, le Nouveau Parti démocratique a critiqué le premier ministre Stephen Harper pour avoir permis au député conservateur Stephen Woodworth de rouvrir le délicat sujet de la définition de l’être humain en vertu du Code criminel canadien avec la motion 312, qui a finalement été défaite lors d’un vote, 203 à 91.

La question de restreindre le débat sur l’avortement avait été soulevée auparavant sur les campus universitaires canadiens. L’Association canadienne des libertés civiles s’était opposée à l’intention d’interdire les annonces et les activités d’un groupe pro-vie, alléguant que cela violait la liberté d’expression.

Le député de Scarborough—Guildwood, en Ontario, le libéral John McKay, visiblement agité vendredi, lorsqu’il a quitté une autre période de questions litigieuse, a déclaré pour sa part que l’atmosphère était lugubre après le vote sur la motion 312 la semaine dernière. McKay est l’un des quatre députés libéraux qui ont voté en faveur de la motion.

«On peut dire que ça vous refroidit, a déclaré John McKay, vous ne voulez pas vraiment entrer dans le débat et vous vous y retrouvez jusqu’au cou, confronté à vos collègues, des gens avec qui vous travaillez normalement.»

De son côté, Madi Lussier, un des deux témoins que le gouvernement conservateur a retiré d’une séance du comité sur l’Immigration, mercredi, en raison de certains éléments retrouvés sur son site Web sur l’immigration, a témoigné de sa frustration en essuyant ses larmes.

Les témoins du Forum sur l’immigration canadienne — Madi et Julien Lussier —, devaient comparaître, bien qu’ils n’aient pas été annoncés par le comité, à l’occasion de sa première séance de la session parlementaire.

Dès leur arrivée à la séance, les députés néo-démocrates et libéraux ont immédiatement dénoncé la présence de Madi et Julien Lussier. Ils ont aussi critiqué certains éléments du site Web du groupe, considérés offensants. Plusieurs députés siégeant au comité sont des immigrants.

Le site des Lussier comprend des sections appelées «Chinafication» et «Arabization». Un sondage à remplir sur le site, demande aux répondants combien de temps l’immigration dans l’ouest du pays devrait être interrompu. «Si vous voulez protéger et préserver le Canada, arrêter l’immigration pendant au moins 50 ans», écrit Madi Lussier.

La députée de Newton—Delta-Nord, en Colombie-Britannique, la néo-démocrate Jinny Simms, s’est dite consternée par ce qu’elle a vu sur le site qu’elle associe à une manifestation claire de racisme blanc.

Après que Mme Simms eut demandé au comité d’envisager une motion visant à reporter les témoignages jusqu’à ce qu’ils puissent être revus, les conservateurs ont demandé à ce que la discussion se fasse derrière des portes closes.

Quinze minutes plus tard, Madi et Julien Lussier ont été avertis qu’ils ne comparaîtraient pas en après-midi.

Les Lussier ont concédé que leurs points de vue ne reflétaient peut-être pas la pensée dominante, mais ils ont dit que les membres du comité se comportaient comme des lâches en leur interdisant de s’exprimer sur la question.

Ils ont aussi fait valoir que leur site Web regroupait toute une gamme de points de vue sur l’immigration.

Le député de St. Catharines, en Ontario, le conservateur Rick Dykstra, également secrétaire parlementaire au ministère de l’Immigration a souligné pour sa part que si l’opposition discrédite son parti sur la base des opinions de ses témoins, il sera impossible d’avoir une discussion rationnelle au sujet de leur témoignage. «Il faut d’abord faire lever la poussière jusqu’au point où on ne voit plus rien, ensuite vous devez la laisser retomber et je crois que c’était la meilleure décision à prendre.»

Arthur Schafer, directeur du Centre for Professional and Applied Ethics de l’Université du Manitoba, s’est dit déçu de la décision du comité parlementaire d’empêcher les représentants du forum sur l’immigration canadienne de témoigner. Selon lui, tous les points de vue, qu’ils soient laids ou désagréables doivent être exposés. «Il est important, par exemple, que (les parlementaires) sachent que le racisme existe dans certaines parties du Canada et comprennent les raisons que ces-gens-là utilisent pour se justifier.»

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