Ryan Remiorz Ryan Remiorz / La Presse Canadienne

MONTRÉAL — Trouver un tracteur aurait été plutôt simple, mais Mylaine Massicotte voulait des chevaux.

À la mort de son cheval de trait, l’automne dernier, l’agricultrice de 34 ans a passé des semaines à fouiller les petites annonces jusqu’à ce qu’elle trouve Jack et Alfie, deux petits et robustes chevaux Haflinger à la robe alezan et à la crinière blonde.

Du printemps jusqu’à l’automne, la silhouette élancée de Mylaine Massicotte peut être aperçue à la marche ou sur sa charrue derrière ses bêtes pour labourer la terre de la ferme maraîchère Les Jardins d’en Haut. La petite entreprise de production de légumes biologiques se trouve à Havelock, en Montérégie.

La productrice agricole est l’une des rares maraîchères qui renoncent aux tracteurs et préfèrent encore la traction animale pour sa culture à petite échelle. Mylaine Massicotte évoque des raisons à la fois idéalistes et pratiques.

Si elle reconnaît que le travail pourrait être plus facile et plus rapide avec un tracteur, la dame souligne qu’une relation particulière s’installe en travaillant avec un animal.

«On se sent en symbiose avec eux. Il suffit d’un léger mouvement de la main et ils vont où l’on veut, explique-t-elle, assise sur un banc à l’extérieur de sa petite écurie de bois. On sent qu’ils sont contents de travailler et qu’ils veulent travailler.»

Mylaine Massicotte n’a pas grandi sur une ferme. Elle est tombée en amour avec les chevaux il y a une dizaine d’années lors d’un stage chez un producteur agricole en France qui utilisait des chevaux.

Bien que la pratique semble sortir d’une autre époque, la maraîchère assure que les animaux ont leurs avantages.

D’abord, les bêtes coûtent moins cher qu’un tracteur, puis elles ne compactent pas le sol comme les véhicules lourds. De plus, le fumier sert d’engrais pour les cultures et les chevaux sont nourris par le foin qu’elle fait pousser sur place.

Très peu de données sont disponibles pour déterminer combien d’agriculteurs utilisent la traction animale au Canada ou en Amérique du Nord.

Alors que certains croient que la pratique disparaît tranquillement, d’autres affirment qu’elle regagne en popularité. Une nouvelle génération de producteurs plus sensibles à l’environnement et aux cultures biologiques privilégierait la traction animale.

Ken Laing, un cultivateur de St. Thomas en Ontario qui travaille avec des chevaux depuis 1979, fait partie de ceux qui voient une tendance à la hausse.

Ken Laing, son épouse et leur fille gèrent 93 acres de cultures biologiques en plus d’élever et de vendre des chevaux de trait de race Suffolk.

Il décrit ses chevaux comme des «tracteurs à énergie solaire», qui, contrairement à la version mécanique, peuvent être nourris par ce qui pousse sur place et peuvent en plus se reproduire.

«Je ne suis jamais entré dans le hangar pour trouver un bébé tracteur!», blague l’agriculteur.

Depuis les années 1990, il accueille deux à trois stagiaires chaque année à la ferme Orchard Hill. Les candidats sont souvent des universitaires urbains qui passent une saison complète à apprendre à travailler avec les chevaux.

La première chose que Ken Laing leur enseigne, c’est qu’il faut de la patience et de l’engagement pour travailler avec les animaux.

«Il faut être passionné et y aller à fond parce qu’il faut comprendre comment pense le cheval et il faut être capable de penser avant lui pour ne pas qu’il réagisse à quelque chose et qu’on soit pris au dépourvu», explique-t-il.

Selon lui, il est plus facile aujourd’hui pour les jeunes agriculteurs de démarrer leur entreprise en utilisant des chevaux grâce aux programmes de stages et à de nombreuses ressources en ligne.

Mylaine Massicotte continue tout de même de trouver le travail difficile.

Étant l’une des rares maraîchères au Québec à utiliser les chevaux, elle se sent parfois isolée. Elle ne peut compter sur personne à proximité à qui demander conseil.

Parfois, elle trouve difficile d’entraîner Jack et Alfie dans leurs nouvelles tâches, eux qui n’ont fait que tirer des traîneaux et des charrettes auparavant. Le duo peut aussi parfois faire preuve de caractère selon leur nouvelle propriétaire.

Comme les outils modernes conçus pour être tirés par des chevaux se font rares, Mme Massicotte tente de créer ses propres outils avec l’aide d’un atelier d’usinage.

Parfois, elle admet que l’appel du tracteur est tentant, mais pour le moment il n’est pas question d’abandonner.

«Peut-être que si je peux améliorer la technique et développer les bons outils, d’autres producteurs vont se joindre à moi», espère-t-elle.

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