MONTRÉAL — La controverse a fait sombrer le spectacle «Kanata» de Robert Lepage et d’Ariane Mnouchkine: Ex Machina, la compagnie de production du metteur en scène et créateur québécois, a annoncé jeudi son annulation, par communiqué.

La création était décrite comme une relecture de l’histoire du Canada à travers le prisme des rapports entre Blancs et Autochtones.

La pièce a été plongée dans la controverse — tout comme «SLAV», le précédent spectacle de Robert Lepage, car certains ont dénoncé l’appropriation culturelle qui était faite de l’histoire des Premières Nations et l’absence de comédiens issus des communautés autochtones.

Jeudi, Ex Machina a déclaré que les remous entourant la pièce a inquiété des coproducteurs nord-américains, qui se sont retirés du projet.

Sans leur apport financier, il n’est pas possible de compléter la création de «Kanata» avec le Théâtre du Soleil de Paris, a expliqué Ex Machina.

La compagnie de production et le metteur en scène québécois Robert Lepage n’émettront pas d’autres commentaires quant à l’annulation du spectacle, est-il précisé dans le communiqué.

«Kanata» devait être présenté à Paris à compter du 15 décembre et par la suite de ce côté de l’Atlantique.

La semaine dernière, M. Lepage et la femme de théâtre Ariane Mnouchkine, qui produisait le spectacle, avaient rencontré les signataires d’une lettre ouverte publiée dans les pages du Devoir pour en dénoncer certains aspects. La lettre avait été signée par de nombreuses personnes, dont la réalisatrice abénakise Kim O’Bomsawin.

«Les participants à cette rencontre ont fait preuve de beaucoup d’ouverture et plusieurs de nos échanges nous ont semblé très féconds. Mais la controverse infiniment complexe et souvent agressive dans laquelle baigne malgré tout le spectacle touche maintenant des coproducteurs nord-américains qui s’y intéressaient, et dont certains nous annoncent aujourd’hui leur retrait», est-il relaté dans le communiqué publié sur la page Facebook d’Ex Machina.

«Au-delà de cette troublante situation, il nous faudra bien, tôt ou tard, tenter de comprendre, calmement et ensemble, ce que sont fondamentalement l’appropriation culturelle et le droit à une expression artistique libre».

Car cette annulation survient après celle de «SLAV», pour des raisons similaires. Cette production n’a eu que quelques représentations au Théâtre du Nouveau monde, à Montréal, sous les cris des manifestants, avant d’être annulée. Les créateurs avaient été accusés d’exploiter l’histoire des Afro-Américains, dont le triste héritage de l’esclavage, sans leur faire de place dans la production.

Robert Lepage avait alors déploré l’«affligeant discours d’intolérance» qui a entouré la pièce et dénoncé ce qu’il a qualifié de «coup porté à la liberté d’expression artistique».

Réactions

On n’a pas demandé l’annulation, a précisé la réalisatrice Kim O’Bomsawin, qui semblait un peu étonnée du résultat.

Nous voulions offrir des conseils, dit-elle, car «on se disait que si on ne faisait pas partie de l’aventure, ça allait être très mal reçu».

C’est justement ce que ceux qui ont assisté à la rencontre la semaine dernière souhaitaient éviter: «on voulait trouver des façons d’apaiser les tensions autour de la pièce», et qu’elle ne subisse pas le même sort que «SLAV».

Mme O’Bomsawin souligne qu’il était impensable que les Autochtones soient absents de ce genre de pièce.

«Mais en aucun cas on a souhaité la fin de « Kanata »». Elle tient à souligner que Robert Lepage a tendu la main aux représentants des communautés autochtones.

D’autres se réjouissent toutefois de l’annulation. C’est le cas de Nakuset, la directrice générale du refuge pour femmes autochtones de Montréal.

Jeudi, elle se disait «très, très, très heureuse» de l’arrêt du spectacle.

Car selon elle, Robert Lepage et son équipe allaient poursuivre la création, sans y apporter de changements comme ils l’auraient souhaité.

«Nous voulions seulement collaborer, et il n’était pas intéressé.»

Les diverses nations autochtones regorgent de talent, et auraient pu améliorer la production de nombreuses façons, afin de la rendre plus authentique, soutient-elle.

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