John Moore/Getty

«À moins que des mesures ne soient prises à l’échelle mondiale pour lutter contre le changement climatique, les agriculteurs de toute l’Afrique – et de bien d’autres régions du monde, y compris en Amérique – se verront obligés de quitter leurs terres», lançait, l’année dernière, l’ex-secrétaire général des Nations unies et prix Nobel de la paix, Kofi Annan, dans un discours à l’Université Stanford.

Son avertissement pourrait se concrétiser, ici, au Québec. La sécheresse qu’ont connue cet été les États-Unis, qui produisent l’essentiel du maïs consommé dans le monde, a ravagé des cultures entières de grains, propulsant leur prix à des sommets historiques. Selon le département de l’Agriculture des États-Unis, seul le quart du maïs américain actuellement cultivé est en bonne ou excellente condition.

«La solution, c’est la sortie, pour certains producteurs à bout de souffle», affirme David Boissonneault, président de la Fédération des producteurs de porcs du Québec, qui représente 3 600 producteurs.

Déjà affaiblis après six années marquées, entre autres, par un dollar fort et le virus H1N1, aussi appelé «grippe porcine», certains producteurs québécois seront achevés par la flambée des prix. Près de 500 producteurs ont d’ailleurs cessé toute production dans les trois dernières années.

Pris à la gorge
Pierre Demers, propriétaire d’une porcherie dans la région de Saint-Georges de Beauce qui produit 15 000 porcs par année, débourse 7 000 $ de plus par semaine pour nourrir son cheptel.

«On va travailler avec les institutions financières pour s’en sortir. Fermer n’est pas une option, nos investissements sont trop importants pour qu’on se permette ça», explique le propriétaire de la ferme familiale à laquelle se sont récemment joints ses deux fils.

De nombreuses fermes mettent la clé sous la porte et liquident leur troupeau, ce qui entraîne une baisse du prix du porc.

Face à une hausse du coût de production et une baisse du prix de vente, la Financière agricole du Québec, l’institu­tion gouvernementale qui sou­tient le secteur agroalimentaire québécois, n’a eu d’autre choix que de devan­cer ses compensations de l’assu­rance stabilisation des revenus agricoles. C’est 1 100 pro­ducteurs qui toucheront plus de 50 M$ dans les prochaines semaines.

«Ça nous permet d’avoir assez de liquidités pour continuer», explique David Boissonneault. Pourtant, à moyen terme, ces fermetures laissent espérer des jours meilleurs pour les producteurs. Une offre moindre et une demande stable devraient assurer un prix plus élevé, permettant ainsi aux producteurs de souffler.

Panier d’épicerie
Si la flambée du prix du grain fait mal aux producteurs, elle pourrait aussi influencer le prix du panier d’épicerie, bien que le consommateur risque de ne pas sentir un effet aussi direct qu’avec le pétrole.

À court terme, les prix devraient être assez stables, estime la vice-présidente du Conseil canadien du commer­ce de détail, Nathalie St-Pierre.

Cependant, comme «les céréales sont à la base de l’alimentation», la hausse influencera le prix des animaux, nourris aux grains, et des produits de boulangerie, précise Maurice Doyon, professeur au Centre de recherche en économie agroalimentaire de l’Université Laval. Le prix des farines, des pâtes, des viandes et du lait devrait augmenter dans les prochains mois ou les prochaines années.

La hausse ne devrait toute­fois pas affecter la majorité des familles québécoises puis­qu’en moyenne l’alimentation occupe seulement de 10 % à 12 % du budget. En comparaison, le transport accapare 24 % du portefeuille du Québécois moyen, illustre M. Doyon.

Notre consommation s’est aussi transformée en passant à des produits transformés, ce qui amortit la hausse des matières premières puisque le prix final est influencé par les coûts de transport, de transformation et de mise en marché (emballage).

Ce sont surtout les pays en développement, où l’alimentation occupe 75 % du budget, qui souffriront de cette flambée des prix. Près de 870 millions de personnes «souffrent de la faim», dont 16 millions dans les pays développés, selon un rapport de la FAO.

D’autres «événements météorologiques et climati­ques extrêmes sans précédent» sont à prévoir, estime le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.

Il faudra donc s’attendre à «une migration en masse, à des pénuries croissantes d’aliments, à la disparition de la cohésion sociale et même à l’instabilité politique», expliquait Kofi Annan dans son discours.

Une hausse différente
«Pour faire un gâteau, ma grand-mère utilisait de la farine, des œufs et du sucre. Ma mère, elle, utilisait une préparation qu’elle devait mélanger. Moi, je vais acheter un gâteau tout fait. Si le prix de la farine dou­ble, mon gâteau va peut-être me coûter quelques sous de plus, mais pour ma grand-mère, les coûts vont doubler. Plus le produit est transformé, moins la matière première a d’incidence sur le coût», explique Maurice Doyon, professeur au Centre de recherche en économie agroalimentaire de l’Université Laval.

Aussi dans National :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!