JONATHAN HAYWARD JONATHAN HAYWARD / La Presse Canadienne

OTTAWA — L’expansion de l’oléoduc Trans Mountain pourrait coûter au gouvernement fédéral 1,9 milliard $ de plus que ne le prévoyaient les estimations originales de Kinder Morgan et sa construction pourrait se terminer un an plus tard que prévu, révèlent des documents de Kinder Morgan Canada.

Ces informations se trouvaient dans les documents présentés mardi par l’entreprise au gendarme américain des marchés financiers, la Security and Exchange Commission, en lien avec le plan visant à vendre le pipeline au gouvernement canadien pour 4,5 milliards $.

Le prix de vente n’inclut pas le montant que les Canadiens paieront pour achever les travaux d’expansion de l’oléoduc entre l’Alberta et la Colombie-Britannique. Le ministre des Finances, Bill Morneau, n’a pas voulu préciser combien Ottawa prévoit dépenser pour les travaux, car il craint que cela nuise aux négociations en cours avec les entrepreneurs en construction.

Kinder Morgan a longtemps affirmé qu’il en coûterait 7,4 milliards $ pour construire un deuxième oléoduc, parallèle au premier, afin de tripler sa capacité, mais les documents financiers affirment maintenant que la société s’attend à ce que cette opération coûte 9,3 milliards $.

Selon les documents, les actionnaires de Kinder Morgan Canada participeront à une assemblée le 30 août, à Calgary, pour voter sur la proposition de vente.

Dans ces pages, la société examine différents scénarios de coûts de construction dans le cadre de son évaluation de l’offre de vente au gouvernement canadien. Dans le scénario le plus coûteux, les coûts de construction seraient fixés à 9,3 milliards $, et les travaux se poursuivraient jusqu’en décembre 2021, soit une année de plus que l’échéance actuelle de décembre 2020.

Le gouvernement n’a pas tardé à réagir à ces informations, soulignant qu’il ne s’agissait pas d’une prévision de coûts officielle. Un responsable au ministère de Bill Morneau, qui s’est exprimé sous le couvert de l’anonymat car il ne pouvait discuter publiquement de ce dossier, a indiqué que les chiffres ne reflétaient pas les attentes du gouvernement quant au coût final du projet.

Robyn Allan, économiste indépendante et ancienne dirigeante de l’Insurance Corporation of British Columbia, a toutefois souligné que Kinder Morgan n’avancerait pas des chiffres qui n’ont aucun fondement.

Mme Allan, qui dit avoir une expertise en matière de projets d’infrastructure de plusieurs milliards de dollars, estime qu’au bout du compte, le coût de 9,3 milliards $ semble être une aubaine par rapport au prix final.

«C’est le minimum que cela coûtera», a-t-elle prédit.

Elle trouve frustrant que le gouvernement fédéral ne partage pas plus d’informations sur la vente.

Des informations limitées

Le premier ministre Justin Trudeau répète depuis son élection en 2015 qu’il souhaite protéger l’environnement, sans nuire à l’économie canadienne axée sur les ressources, mais plusieurs détracteurs brandissent le symbole de Trans Mountain pour mettre en doute cet engagement.

Le gouvernement est intervenu pour acheter l’oléoduc en mai, après que les investisseurs de la société eurent manifesté de la nervosité relativement au projet, qui était largement dénoncé en Colombie-Britannique surtout depuis l’élection du nouveau gouvernement néo-démocrate.

Bien que le Canada ait approuvé la construction du projet en 2016, le premier ministre britanno-colombien John Horgan essaie d’obtenir une autorisation judiciaire pour limiter ce qui peut circuler dans l’oléoduc, et cette incertitude a poussé Kinder Morgan à vouloir renoncer à la construction.

Les seules informations détaillées que les Canadiens ont obtenues jusqu’à maintenant sur les détails de la vente découlent des lois sur les investisseurs aux États-Unis et au Canada, qui forcent Kinder Morgan à déposer des documents décrivant les détails de la transaction, indique Mme Allen.

Selon elle, puisque les contribuables sont maintenant les actionnaires du projet, ils méritent d’obtenir les mêmes informations que le gouvernement fédéral.

Nathan Cullen, député néo-démocrate de la Colombie-Britannique, partage la frustration de Mme Allen et estime que le gouvernement est malhonnête.

«C’est vraiment, vraiment frustrant qu’il y ait eu une transaction obscure et malhonnête avec autant d’argent impliqué», a-t-il déploré. «Je m’inquiète quant à ce avec quoi on va être pris.»

Le responsable au bureau du ministre Morneau a assuré que le gouvernement publierait une mise à jour officielle des coûts dès que les contrats de construction seront conclus. Cela devrait arriver au plus tard l’hiver prochain, selon cette source.

La vente devait initialement être finalisée en août, mais l’échéance a été reportée à septembre ou octobre, en attendant le résultat du vote des actionnaires du 30 août.

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