Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

LÉVIS, Qc — Bouée de sauvetage pour le Chantier Davie à Lévis, qui obtient environ 250 millions $ sur un contrat de 610 millions $ du fédéral pour l’acquisition de trois brise-glaces et la réfection d’un d’entre eux.

C’est moins que ce que l’entreprise espérait pour sauvegarder des emplois. Davie devra éliminer à partir d’octobre 200 des 400 emplois actuels restants, puisque ce contrat de réfection d’un brise-glace ne permet même pas de les garantir tous.

Pas moins de 800 travailleurs ont déjà été mis à pied depuis la livraison du ravitailleur Astérix à la marine canadienne en décembre, dans un chantier qui a déjà employé à son sommet 1500 personnes.

La direction réclamait quatre navires et en a donc obtenu un de moins, après sept mois de négociations, mais Davie fonde espoir sur la refonte cet automne de la Stratégie nationale de construction navale, dont elle avait été exclue en 2011 au profit de ses rivales en Colombie-Britannique et en Nouvelle-Écosse, qui ont obtenu des milliards de dollars en contrats.

«On représente 50 pour cent de la capacité de construction navale au Canada, il est important qu’une partie de cette stratégie se fasse ici», a insisté le patron de la Davie, Spencer Fraser, en conférence de presse vendredi midi.

Il est resté vague quant à la portion du contrat de 610 millions $ qui ira à l’entreprise. Toutefois, dans un communiqué diffusé vendredi, la société Viking Supply Ships (VSS), qui a vendu les bâtiments, indiquait que le prix était de 278 MUSD (millions de dollars US), soit environ 360 millions $ CAD, ce qui laisse 250 millions $ pour les travaux de la Davie.

Le ministre fédéral responsable de la région, Jean-Yves Duclos, n’a pas voulu indiquer clairement s’il appuyait l’admissibilité de Davie à la Stratégie nationale — qui permettrait donc à Davie d’obtenir sa part des contrats de cette stratégie — mais il a laissé entendre qu’il y aura d’autres occasions pour l’entreprise au cours des prochains mois.

Entre autres, il y aura la réfection des deux autres bâtiments acquis à VSS. La Garde côtière devra aussi remplacer une quinzaine de ses navires dans les 12 prochaines années, a évoqué M. Fraser.

Les besoins de la Garde côtière sont croissants et urgents, a-t-on répété. Les trois navires, Tor Viking, Balder Viking et Vidar Viking, ont déjà quitté la Scandinavie en direction de Lévis, où les travaux commenceront dans les prochaines semaines.

Un des bâtiments entrera en service dès l’hiver 2019, après une mise à niveau partielle, pour le déglaçage notamment du fleuve, du Saguenay, des Grands Lacs, ou encore dans les provinces de l’Atlantique. Il devra revenir plus tard en cale pour la mise à niveau complète. La conversion des deux autres navires sera entreprise en 2019 pour une entrée en service en 2019-2020.

Fournisseurs déçus

L’Association des fournisseurs du Chantier Davie a laissé savoir qu’elle restait sur sa faim après cette annonce. Elle espérait davantage après ce qu’avait laissé miroiter le premier ministre Justin Trudeau l’hiver dernier.

«C’est un pas en avant, mais il en reste beaucoup à faire, a déclaré en entrevue avec La Presse canadienne le pdg de l’entreprise Charl-Pol, Richard Tremblay, à titre de représentant des fournisseurs de Davie. Une annonce comme aujourd’hui, c’est une mise en bouche. (…) On sous-exploite le savoir-faire du Québec.»

Il a rappelé que pour chaque emploi direct à la Davie, il y a deux emplois indirects chez les fournisseurs. Les 200 emplois préservés devraient donc amener 400 emplois chez les fournisseurs. Cependant, du temps où 1200 personnes oeuvraient sur l’Astérix à la Davie, c’était au total 3000 travailleurs qui en dépendaient dans l’ensemble du Québec, a souligné M. Tremblay.

«Diachylon sur une grosse blessure»

Le Bloc québécois s’est insurgé contre l’annonce du gouvernement Trudeau, jugée trop modeste. Le député Michel Boudrias a rappelé qu’Ottawa a ainsi renoncé à accorder le contrat du quatrième navire que voulait obtenir Davie, la conversion du brise-glace polaire Aiviq — un projet beaucoup plus considérable qui aurait permis d’employer davantage de travailleurs.

C’est un «diachylon sur une grosse blessure», a-t-il affirmé dans un entretien avec La Presse canadienne. Ce sont «des miettes» par rapport à ce qui été accordé aux chantiers Seaspan à Vancouver et Irving à Halifax, qui «croulent sous les contrats», a-t-il poursuivi.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) a également estimé que l’annonce faite vendredi n’était pas suffisante. Le chef parlementaire du NPD, Guy Caron, a reconnu dans un communiqué que le contrat permettrait au chantier de «souffler un peu» et de «rester ouvert», mais a souligné que «les quelque 200 emplois qu’il créera ne s’approchent pas des 800 que Davie espérait».

Ce énième sauvetage du chantier était devenu un enjeu très politisé au Québec. Le gouvernement Couillard, appuyé par l’Assemblée nationale à l’unanimité, réclamait depuis des mois un geste du fédéral. Personne ne représentait le Québec à cette annonce vendredi.

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