QUÉBEC – Le père de Julie Surprenant exhorte le gouvernement Marois d’agir pour permettre au public d’avoir accès à diverses informations sur les antécédents judiciaires des prédateurs sexuels.

Michel Surprenant avait convoqué les médias, lundi, pour commenter le rapport de la coroner Catherine Rudel-Tessier rendu public le matin même sur les circonstances entourant le décès probable de sa fille, qui aurait été assassinée en 1999. Il voulait aussi formuler des recommandations pour que de telles tragédies ne se reproduisent pas.

Dans ce rapport d’une dizaine de pages, la coroner rappelle les faits et conclut que le voisin de la famille Surprenant, Richard Bouillon, reconnu depuis 2003 comme un délinquant sexuel dangereux, est vraisemblablement relié au décès de Julie Surprenant.

Flanqué de l’avocat Marc Bellemare et, par voie téléphonique, du sénateur Pierre-Hugues Boisvenu, M. Surprenant a demandé au gouvernement du Québec de donner libre accès au plumitif criminel, un recours actuellement impossible à moins de connaître la date de naissance de la personne recherchée.

Le plumitif est le registre informatisé des dossiers judiciaires, qui peut être consulté dans les Palais de justice.

M. Surprenant souhaite en fait que le Québec prenne exemple sur d’autres provinces, comme l’Ontario et l’Alberta, en élargissant l’accès aux informations de type judiciaire sur les criminels ayant un passé d’agresseur sexuel.

Le sénateur Boisvenu a renchéri pour rappeler que plusieurs provinces canadiennes émettaient depuis 2006 des avis publics lorsque des criminels étaient libérés, et ce, «dans le plus grand respect de la Charte canadienne des droits et des lois actuelles».

M. Surprenant a aussi réaffirmé sa demande pour que le public ait accès au registre national des délinquants sexuels. Ce registre compte 28 000 noms, dont ceux de 5400 Québécois. Il n’est pas accessible au public, son usage étant réservé à quelques personnes autorisées.

Le père de Julie Surprenant, une jeune fille disparue sans laisser de traces le 15 novembre 1999, cherchait surtout à faire valoir que les droits des victimes devraient toujours avoir préséance sur ceux des criminels, ce qui n’est pas le cas actuellement selon lui.

Il envisage plusieurs démarches visant à faire bouger les choses. «Il y a des portes à aller ouvrir. Il y a des personnes à aller consulter au niveau du gouvernement. Il faut profiter du momentum et aller sensibiliser les gens à cette cause-là et faire en sorte qu’il y ait quelque chose qui débouche», a commenté M. Surprenant.

Me Marc Bellemare, qui veut rencontrer le ministre de la Justice et celui de la Sécurité publique, a dit de son côté qu’il y aurait lieu éventuellement de proposer au gouvernement Marois «de faire une consultation générale sur cette question-là».

Chose certaine, «la situation actuelle est tout à fait inacceptable», selon lui.

M. Surprenant a accueilli favorablement le rapport de la coroner Rudel-Tessier, en y voyant «une reconnaissance des problèmes qui sont là».

Richard Bouillon, qui habitait l’appartement juste au-dessus des Surprenant, a longtemps été considéré comme le principal suspect dans cette affaire. Cependant, il n’a jamais été accusé.

Il était pourtant passé aux aveux, en 2006, se confessant à deux employées de l’Hôpital de la Cité-de-la-Santé de Laval, où il était hospitalisé pour un cancer en phase terminale.

Bouillon avait confié alors avoir enlevé, violé et tué Julie Surprenant et s’être débarrassé du corps dans la rivière des Mille-Îles. Les deux femmes, une infirmière auxilaire et une préposée, avaient choisi par la suite de ne pas alerter les autorités, sous prétexte de respecter le secret professionnel. Quant à elle, la coroner estime que les aveux présumés de Bouillon n’étaient pas couverts par le secret professionnel.

A ce propos, M. Surprenant juge que Québec devrait forcer par une loi la divulgation à la police de tout renseignement susceptible d’aider à élucider un crime, même si l’information a été obtenue sous le sceau de la confidence. Il demande aussi à l’Ordre des infirmières de se pencher sur cette question.

A toutes les requêtes de M. Surprenant, la coroner réplique dans son rapport qu’elles ne relèvent pas de sa compétence. Mais elle reconnaît qu’il s’agit là de «questions importantes» qui mettent en cause des principes fondamentaux de notre société. «La réponse à ces questions ne m’appartient pas», dit Me Rudel-Tessier.

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