Clement Allard Dave Coles, Ken Lewenza. Clement Allard / La Presse Canadienne

QUÉBEC – Inspirés par le mouvement étudiant au Québec, deux syndicats fusionnent pour former la plus importante organisation de travailleurs du secteur privé au Canada et aussi au Québec. Rien n’est exclu par cette nouvelle force pour contrer le gouvernement Harper: la désobéissance civile, voire paralyser l’activité économique du pays.

Réunis à Québec, les délégués du Syndicat canadien des communications, de l’énergie et du papier (SCEP) ont largement entériné, lundi, le mariage avec le syndicat des Travailleurs canadiens de l’automobile (TCA), afin de «faire les choses différemment» et ainsi élargir leur base.

Un représentant du syndicat a indiqué que plus de 90 pour cent des délégués au congrès national, à Québec, se sont prononcés en faveur du regroupement. En août dernier, les délégués des TCA s’étaient unanimement prononcés en faveur.

Ce nouveau syndicat, dont le nom n’a pas encore été déterminé, représentera plus de 300 000 travailleurs oeuvrant dans environ 20 secteurs économiques. La majorité des syndiqués seront issus des secteurs manufacturiers, des transports et des communications, mais le syndicat représenterait aussi des travailleurs de la santé et du secteur de l’éducation.

En conférence de presse après le vote, les dirigeants des deux syndicats ont qualifié ce moment d’«historique», tout en faisant un aveu de faiblesse: ils ont reconnu qu’ils se mariaient notamment en raison de la chute constante de leurs effectifs.

Toutefois, ils veulent renverser cette tendance, galvanisés par la force de frappe du mouvement étudiant au printemps dernier, qui a été cité en exemple par les délégués durant les délibérations lundi matin. Certains des leaders présents sur la tribune pendant la conférence de presse portaient d’ailleurs le carré rouge.

«Ils nous ont fait la démonstration que, quand on veut gagner quelque chose, c’est par la mobilisation qu’on réussit, a déclaré le secrétaire-trésorier du SCEP, Gaétan Ménard, L’action collective, ça fonctionne. Par l’action collective, les étudiants ont mis dehors le gouvernement du Québec, ont réussi à changer les politiques sur les droits de scolarité.»

Il a ajouté que la réussite ne tient pas à une ou deux «grosses mobilisations», mais dans une mobilisation «jour après jour après jour».

«Tout le mouvement syndical canadien et québécois doit en tirer des leçons», a-t-il poursuivi. En entretien avec La Presse Canadienne, il a même évoqué l’efficacité de la désobéissance civile et a rappelé que le nouveau syndicat, présent dans plusieurs secteurs névralgiques, pourrait facilement bloquer l’activité économique au pays.

Les deux entités qui fusionnent en ont en effet contre le gouvernement de Stephen Harper. Les dirigeants syndicaux ont rappelé que les conservateurs avaient fait adopter pas moins de cinq lois forçant le retour au travail, niant ainsi le droit à la négociation des conditions de travail.

«Nous sommes témoins de l’histoire en marche (…), a dit le président du SCEP, Dave Coles. (Cette fusion) est un pas en avant pour les travailleurs et les progressistes au pays. C’est un message clair au gouvernement conservateur. C’est la réponse à un gros gouvernement (pour lui faire savoir) que nous ne tolérerons plus ce genre d’attaque.»

«Des attaques, les travailleurs en subissent jour après jour de la part du gouvernement Harper, a affirmé M. Ménard. Lui et ses amis des grandes entreprises ont dans leurs plans d’enlever tout le pouvoir aux travailleurs pour qu’ils se ramassent avec des miettes. Quand on donne du pouvoir aux travailleurs, on arrache de l’argent aux grandes entreprises, on en garde dans nos régions, dans nos communautés.»

Le président des TCA, Ken Lewenza, a assuré que dans cette fusion, ce n’est pas son syndicat qui en avale un autre, mais qu’actuellement, ce sont plutôt des «étudiants sans emploi, endettés», ou encore des retraités sans régime de retraite décent qui sont «avalés par le système économique» et qu’il faut défendre.

Le directeur québécois des TCA, Sylvain Martin, a pour sa part indiqué que la fusion donnait aussi naissance au plus grand syndicat du secteur privé au Québec. Il sera affilié à la FTQ.

Il a aussi précisé que six comités ont été mis en place en vue du congrès de fondation prévu à l’été 2013. Le nom et le nouveau logo seront alors dévoilés.

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