Archives | Mario Beauregard/Métro Martine Ouellet et Mario Beaulieu.

MONTRÉAL — Les délégués du Bloc québécois ont accepté à forte majorité le projet de réunification proposé par leur chef intérimaire Mario Beaulieu pour mettre fin à la crise. Ils ont également choisi de fixer le choix du prochain chef en mars 2019 et de se lancer dans une refondation du parti en espérant ouvrir la voie au retour des cinq députés dissidents.

M. Beaulieu cède ainsi son poste de président du bureau national, l’exécutif du parti, à Yves Perron, l’un des militants qui avait mené la fronde contre Martine Ouellet au printemps, tout en demeurant chef par intérim de la formation politique. Les postes au sein de l’exécutif ont été comblés par des représentants des deux camps et donc les deux visions auront chacune leur place. Le chef intérimaire espère ainsi rallier les cinq députés dissidents qui forment désormais Québec debout.

«Le but c’est qu’il n’y ait plus deux clans, (mais) qu’il y ait un clan: le clan du Bloc québécois», a-t-il affirmé en entrevue.

«Les canaux de communication sont ouverts avec nos cinq députés manquants», a révélé le nouveau président du parti, Yves Perron tout en se disant «optimiste pour la suite des choses».

Deux camps s’étaient créés durant la crise qui a secoué la formation de février à juin: ceux qui soutenaient l’ancienne chef, Martine Ouellet, et ceux qui voulaient sa tête.

Le camp pro-Ouellet préconisait la promotion de l’indépendance sur toutes les tribunes, alors que l’autre camp préférait la formule de la défense des intérêts du Québec à Ottawa.

«Ce n’est pas en se déchirant entre nous qu’on va avancer», avait constaté Mario Beaulieu dans son discours en début de rencontre en reconnaissant les frustrations qu’ont pu vivre les militants du clan Ouellet.

«Un message à transmettre à nos collègues qui ont démissionné: deux partis qui veulent défendre le Québec jusqu’au bout — jusqu’à son plein épanouissement — c’est se diviser, ce n’est pas se renforcer», a-t-il ajouté en déclenchant des applaudissements.

«On est évidemment très sensible à ce qui se passe», a affirmé le porte-parole de Québec debout, Rhéal Fortin, en entrevue. Il a pris soin de sougliner que la nouvelle formation politique formée par les dissidents a reçu son attestation de conformité d’Élections Canada, il y a quelques semaines, et est allé jusqu’à offrir aux bloquistes de se joindre à eux.

Pas de consensus sur le retour des dissidents

Le conseil général du parti, qui réunit environ 200 délégués, s’est déroulé dans une ambiance moins tendue que celui du mois d’avril. Certaines divisions demeuraient tout de même perceptibles, malgré le message d’unité lancé par Mario Beaulieu.

Ce ne sont pas tous les délégués qui souhaitent le retour des cinq députés dissidents. Certains s’exprimant au micro ont douté ouvertement de la foi indépendantiste de ces élus puisqu’ils étaient réfractaires à promouvoir l’indépendance à Ottawa comme le préconisait Martine Ouellet.

Le projet de refondation du Bloc québécois suggéré par le Forum jeunesse du Bloc québécois a également suscité de vives critiques de la part de certains délégués. Certains trouvaient la démarche carrément suicidaire vu l’échéancier électoral fédéral d’octobre 2019 et craignaient que la démarche ne signe tout simplement la mort de leur parti.

«J’ai l’impression que le Bloc québécois est en train de perdre tranquillement sa vocation indépendantiste», a résumé en entrevue Dominique Mougin de la circonscription de Saint-Léonard—Saint-Michel.

Une majorité de délégués a toutefois décidé de repenser le Bloc québécois de fond en comble tout de suite apès l’élection québécoise en octobre. Le processus culminera avec un congrès de refondation en janvier 2019 où le nom, le logo, les statuts et règlements et le programme seraient remis en question. Le congrès serait précédé de douze colloques régionaux en ligne.

«C’est un des objectifs de ramener les dix députés ensemble d’une belle façon, mais aussi de rassembler les indépendantistes et les gens qui ont peut-être par le passé déjà cru au Bloc québécois, qui ont été déçus, ou des gens qui pourraient être attirés par le Bloc québécois qui ont juste besoin d’un petit « oomph » de plus», a expliqué la présidente de l’aile jeunesse, Camille Goyette-Gingras.

Il y aurait 65 000 membres de partis indépendantistes sur la scène québécoise qui n’auraient pas de carte de membre du Bloc québécois. Ceux-ci pourront prendre une carte de refondation à 5 $ pour participer au chantier.

La déclaration de principes du chantier inclut les quatre points mis de l’avant par Québec debout, soit le fait que le parti serait une «coalition d’indépendantistes qui oeuvrent sur la scène fédérale», qu’il défendrait la défense des intérêts du Québec à Ottawa, soutiendrait les consensus de l’Assemblée nationale et «veillerait à accroître la présence et la force du Québec dans les domaines de compétence fédérale». Ce quatrième point ne semblait toutefois pas faire consensus dans l’assemblée.

Les délégués ont également décidé des modalités pour le choix du prochain chef. La course à la direction s’amorcerait également en janvier 2019 pour culminer par un vote les 8 et 9 mars. Le nom du nouveau chef serait connu le 10 mars, soit huit mois avant les prochaines élections fédérales.

Le Bloc québécois a été plongé dans la pire crise de son histoire en février lorsque sept députés ont claqué la porte. Il s’en est suivi un bras de fer qui a mené en juin à la démission de Martine Ouellet comme chef du parti. Celle-ci venait de perdre la confiance des militants lors d’un référendum qui portait également sur la mission du Bloc québécois. Deux députés démissionnaires ont depuis réintégré les rangs bloquistes.

La crise a fait mal aux finances du parti. Selon le dernier rapport trimestriel publié en juin par Élections Canada, le Bloc québécois a amassé un peu plus de 40 000 $ au cours des mois précédents, soit moins de la moitié des 91 000 $ recueillis un an auparavant. Il rassemble aujourd’hui 15 000 membres en règle.

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