Sean Kilpatrick / La Presse Canadienne

Le projet du gouvernement fédéral de créer un jour férié pour souligner le sombre héritage du système de pensionnats indiens a provoqué des réactions diverses de la part des Autochtones allant de l’optimisme prudent au dédain pur et simple.

Plusieurs se sont inquiétés que ce jour férié, dont l’objectif est de poursuivre la réconciliation avec les Premières Nations, finisse par devenir un congé comme les autres aux yeux de la population, et ont soutenu qu’un travail colossal devrait être abattu pour que cette mesure atteigne son but.

Frances Moore, une Anishinaabe originaire de la Première Nation Timiskaming au Québec et vivant aujourd’hui en Ontario, a affirmé que ce jour férié devait impérativement être accompagné de gestes concrets pour amener une véritable réconciliation.

Pour ce faire, le gouvernement devra fournir les ressources éducatives nécessaires dans tout le pays afin que les effets des pensionnats indiens demeurent au coeur de l’événement, a souligné Mme Moore.

Elle a ajouté que la contribution d’Autochtones de tous les âges était aussi essentielle pour créer un jour férié rendant véritablement hommage aux survivants des pensionnats, mais que la lourde tâche de sensibiliser le public ne devait pas reposer uniquement sur les épaules des Premières Nations.

Selon Frances Moore, les gouvernements et les alliés des Autochtones devraient soulager les survivants et leurs proches du «fardeau émotionnel» que représente le fait de raconter des histoires traumatisantes avec lesquelles ils n’ont pas encore fait la paix.

Financés par le fédéral et gérés par des groupes religieux, les pensionnats indiens ont été en service pendant plus d’un siècle, accueillant des enfants autochtones arrachés à leur famille et les exposant à différentes formes de maltraitance.

Evelyn Korkmaz, qui a passé plusieurs années au pensionnat Sainte-Anne dans le nord de l’Ontario, a soutenu que ce jour férié ne servirait pas à grand-chose outre rouvrir ses blessures et celles des autres survivants.

«Qui voudrait qu’on lui rappelle chaque année que son pays et son Église l’ont trahi et ont détruit son innocence? Non, merci.», a écrit Mme Korkmaz dans un courriel, précisant qu’elle ne savait pas si le gouvernement avait mené une consultation à grande échelle des survivants avant de proposer la création du jour férié.

Carolyn Hepburn, une Crie de la Première Nation de Fort Albany, a confié voir dans ce projet un signe de bonne volonté de la part d’Ottawa.

Elle a cependant souligné que le gouvernement fédéral devrait envisager de jumeler ce nouveau jour férié à la Journée nationale des peuples autochtones le 21 juin ou à la Journée du chandail orange le 30 septembre, une possibilité que le gouvernement a dit considérer.

«Nous ne voulons pas que les messages de ces deux autres jours se perdent», a-t-elle indiqué, notant que les événements comme la Journée du chandail orange, durant laquelle les gens sont invités à porter un chandail orange en hommage à une survivante ayant été dépossédée d’un vêtement de la même couleur qui lui tenait à coeur lors de son entrée au pensionnat, jouaient un rôle important dans les discussions sur la réconciliation.

Pour d’autres membres des Premières Nations, comme la chef du conseil autochtone de la Nouvelle-Écosse, Lorraine Augustine, cette idée de jour férié manque de sincérité.

Elle a indiqué que, si elle ne pouvait pas parler au nom des autres membres de sa communauté, elle avait personnellement de la difficulté à trouver cette proposition intéressante, et ce, même si elle découlait d’une recommandation de la Commission de vérité et de réconciliation.

«Comment pouvez-vous rendre hommage (aux survivants des pensionnats indiens) après que ce vous leur avez fait? a-t-elle demandé. Aucune excuse, aucune somme d’argent ne pourra leur faire oublier leurs souffrances et ce qu’ils ont vécu.»

Si le Parlement approuve la création de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, cette dernière ne sera en vigueur que dans les milieux de travail réglementés par le fédéral. Les provinces et les territoires devront amender leur propre code du travail pour établir un jour férié officiel.

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