La Presse Canadienne

OTTAWA – Le gouvernement fédéral devrait payer des chasseurs pour qu’ils tuent 70 000 phoques gris au large de la côte Est du Canada afin de permettre aux bancs de morue de la région de se renouveler, et ce, même s’il existe peu de données scientifiques prouvant la pertinence d’un tel abattage, a annoncé mardi un comité sénatorial.

Le comité a passé près d’un an à étudier la proposition d’Ottawa d’abattre jusqu’à 70 pour cent de la population de phoques gris vivant dans le sud du golfe du Saint-Laurent. Un projet qui, selon ses détracteurs, serait motivé non pas par des raisons scientifiques mais politiques.

«Tout en reconnaissant les risques écologiques évoqués par certains témoins, le comité est d’accord avec la logique derrière la réduction proposée du nombre de phoques gris dans cette zone à titre expérimental», peut-on lire dans un rapport publié mardi.

En conférence de presse sur la colline parlementaire mardi, le président du comité, le sénateur terre-neuvien Fabian Manning, a admis que l’idée de l’abattage n’était pas basée sur la recherche scientifique et que bien des questions demeuraient sans réponse, qu’on soit en faveur ou contre cette solution.

M. Manning a précisé que les études qui seraient effectuées durant la période d’abattage de quatre ans recommandée fourniraient toutefois au gouvernement fédéral tous les renseignements nécessaires pour calmer les inquiétudes des résidants des provinces de l’Atlantique et du Québec.

Jeff Hutchings, un professeur de biologie de l’université Dalhousie à Halifax en Nouvelle-Écosse, a déclaré que le comité sénatorial avait eu tort de qualifier l’abattage proposé d’expérience.

«Ce ne sera pas une expérience», a tranché M. Hutchings. «On ne peut pas faire ça dans l’océan. Tout ce qu’on peut faire dans ce cas-là, c’est avoir une incidence sur le nombre de phoques gris. On ne pourra pas contrôler quoi que ce soit d’autre. D’un point de vue scientifique, cela enfreint toutes les règles qui caractérisent une expérience conçue de manière appropriée.»

En d’autres termes, a-t-il ajouté, il n’y aura aucun moyen de déterminer de manière précise l’impact d’un tel abattage.

Le comité a recommandé que le processus s’amorce l’an prochain et qu’un système de primes soit mis en place pour inciter les gens à tuer des phoques gris puisqu’il n’existe aucun marché pour les peaux ou la chair de ces mammifères marins.

Gail Shea, qui remplace temporairement Keith Ashfield au ministère des Pêches et des Océans, fait l’objet de pression de la part de l’industrie de la pêche en raison du retard accusé par le renouvellement des stocks de morue dans le golfe du Saint-Laurent.

La morue est en voie de disparition dans cette région même si la pêche commerciale à grande échelle y a été bannie dans les années 1990. Il n’existe cependant aucune preuve scientifique directe permettant d’établir que les phoques gris affamés ont quelque chose à voir dans cette situation.

D’après le ministère des Pêches et des Océans, environ 350 000 phoques gris vivent au large de la côte atlantique du Canada, soit 30 fois plus que dans les années 1960. Sur ce nombre, quelque 100 000 s’aventurent dans le sud du golfe du Saint-Laurent, dont un tiers en provenance de l’île de Sable.

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