Graham Hughes Graham Hughes / La Presse Canadienne

VAUDREUIL-DORION, Qc — Par un lundi nuageux de la fin août, Vivianne Carbonneau démarre son camion, soutenant le poids des 80 000 livres de sa semi-remorque et d’une nouvelle fonction attachée à son nom: mentor de conduite.

La travailleuse âgée de 58 ans dit croire que l’apprentissage au féminin s’accompagne d’une «petite voix» disant: «Voyez, je peux le faire. Toute situation peut être surmontée.»

Mme Carbonneau est dans le transport de marchandises depuis deux ans seulement, mais a déjà pris un rôle de mentor pour aider les nouveaux venus — en particulier les femmes, mais aussi les hommes — chez XTL Transport, une première femme dans de telles fonctions au sein de l’entreprise montréalaise de camionnage en 33 ans d’existence.

«C’est une culture de gars, affirme-t-elle à propos de l’industrie. Parfois, vous allez quelque part, et c’est palpable. Vous pouvez le sentir — vous pouvez sentir que vous n’êtes pas tout à fait la bienvenue.»

Selon RH Camionnage Canada, les femmes ne représentent que 3 pour cent des conducteurs de camions de transport de marchandises au pays. Selon une étude réalisée en 2016 par l’Alliance canadienne du camionnage, ce secteur, qui compte quelque 300 000 conducteurs, sera en manque d’environ 34 000 travailleurs d’ici 2024.

Confrontées à une pénurie de main-d’oeuvre et à des attitudes dépassées, les femmes mènent une campagne pour une plus grande proportion de travailleuses dans le milieu et tentent de surmonter la perception de conditions de travail difficiles et de machisme.

Angela Splinter, directrice générale de RH Camionnage Canada, souligne que les conducteurs vieillissants ont accru la nécessité de l’apport de femmes et de jeunes. Si un virage n’est pas fait, cette pénurie nuira aux entreprises de livraison et plombera l’économie, ajoute-t-elle.

«C’est très pressant. Je dirais que nous atteignons un point de crise», dit Mme Splinter.

Linda Young, directrice des ressources humaines pour Bison Transport, à Winnipeg, préside l’initiative Femmes en mouvement de RH Camionnage Canada. Lancée en 2016, elle vise à augmenter le nombre de femmes entrant sur le marché du travail du transport à 18 roues par l’entremise de campagnes de sensibilisation et de ressources destinées aux employeurs.

«Au cours des deux dernières années, la (pénurie de main-d’oeuvre) s’est aggravée», affirme Mme Young.

Les mauvaises impressions du monde du camionnage constituent un obstacle majeur au recrutement, soutient-elle.

«Il y a une perception — et je dois souligner ce mot — que les femmes ne sont peut-être pas aptes à conduire des camions, que ce soit les exigences physiques du poste ou les absences prolongées de la maison», explique-t-elle.

Les conducteurs peuvent être sur la route de 10 à 14 jours d’affilée, dormant parfois dans leur camion — généralement équipé de lits, d’un mini-réfrigérateur et d’un four à micro-ondes — sur les terrains des clients ou, occasionnellement, au bord des routes.

«Les parents qui encouragent leurs enfants à devenir camionneurs, c’est plutôt rare», affirme-t-elle.

La conduite de camions commerciaux n’est pas considérée comme un métier spécialisé ou semi-spécialisé, une catégorie qui peut aider à combler les pénuries de travailleurs en permettant d’accéder à des flux d’immigration plus rapides et à davantage de ressources de formation.

Le salaire peut être un autre facteur. Le salaire moyen d’un camionneur est de 48 733 $ par année, selon le moteur de recherche d’emploi de Neuvoo, bien que les conducteurs les plus expérimentés puissent gagner jusqu’à 100 000 $ par année, indique Mme Young.

Aussi, les retards dus à la circulation, aux intempéries, aux pannes et aux accidents sont difficiles à prévoir et peuvent dissuader les femmes et les hommes d’entrer dans ce milieu.

La poussée pour plus de femmes au volant a attiré l’attention à Ottawa. Le mois dernier, le gouvernement fédéral a consacré 294 000 $ à un projet de Camo-route — un organisme-cadre qui travaille au développement de l’industrie des transports au Québec — qui vise à porter à 10 pour cent la proportion de camionneuses dans la province.

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