Ryan Remiorz/La Presse canadienne Philiippe Couillard a fait beaucoup jaser avec sa déclaration sur l'épicerie à 75$ par semaine.

MONTRÉAL — L’épicerie familiale a continué de talonner le chef du Parti libéral du Québec (PLQ), vendredi, alors que Philippe Couillard a tenté d’expliquer tant bien que mal ce que sa formation avait à offrir aux familles ayant de la difficulté à mettre du pain sur la table.

Le premier ministre sortant est visé par de nombreuses critiques après avoir affirmé la veille qu’il était réaliste pour une famille de trois — un adulte et deux enfants — de se nourrir avec 75 $ par semaine, même si cela signifie que les menus ne seraient pas très variés.

M. Couillard a continué à se justifier en début de journée, expliquant, au cours d’une entrevue à la station radiophonique montréalaise 98,5 FM, qu’il connaît une mère monoparentale avec deux enfants et qui occupe trois emplois pour joindre les deux bouts.

En conférence de presse dans l’arrondissement montréalais de Verdun pour une annonce à saveur environnementale, le chef du PLQ a été interrogé quant à savoir ce que son parti a à offrir, concrètement, à cette dame, advenant une victoire le soir du 1er octobre.

«Je lui offre la possibilité d’aller plus loin dans sa vie, (dans) son potentiel, dans un Québec qui sera plus prospère, plus vert et plus équitable», a répondu le chef du PLQ.

M. Couillard, qui s’oppose à la hausse du salaire minimum à 15 $, a expliqué vouloir «s’assurer» que la mère monoparentale en question n’occupe qu’un seul emploi en «s’assurant de développer une société tournée vers (les) emplois de qualité».

En précisant sa pensée, ce dernier n’a pas chiffré la rémunération horaire de ces postes «de qualité», indiquant qu’elle ne serait pas de 25 $ à 30 $, mais meilleure qu’à l’heure actuelle.

Toutefois, une hausse trop rapide du salaire minimum pourrait éliminer des emplois qui se trouvent «au bas de l’échelle», comme dans le secteur du commerce de détail, de la restauration ou de l’hôtellerie, a estimé M. Couillard.

Cette mère monoparentale de deux enfants existe bel et bien, a assuré le chef libéral, qui n’a pas voulu donner plus de détails sur la vie privée de cette dernière dans le but de s’assurer qu’elle ne puisse être identifiée.

Manque de sensibilité

M. Couillard a également décidé de passer à l’attaque pour répliquer à ceux et celles qui le critiquent et affirment qu’il est impossible de nourrir une famille de trois personnes avec seulement 75 $ par semaine.

«Et quand j’entends dire que cela ne se peut pas, ce sont des gens qui n’ont aucune sensibilité pour la réalité des gens d’aujourd’hui, a-t-il lancé. Ce qu’il faut faire, c’est de reconnaître que cela existe. Il faut le regretter et lutter encore plus fermement contre la pauvreté.»

De son côté, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, a accusé son adversaire libéral d’être trop fier pour faire acte de contrition.

«Moi, je pense qu’il est trop orgueilleux pour dire aux Québécois: « Je m’excuse, je me suis trompé, je ne connais pas ça. Ça fait longtemps que je ne suis pas allé à l’épicerie »», a-t-il soutenu en mêlée de presse à Montréal.

Le dirigeant caquiste reconnaît que ce n’est «pas toujours lui» qui fait l’épicerie, mais il ne voit «pas comment on peut faire ça avec 75 $», une mission «pas possible», selon lui.

«Je pense que M. Couillard est déconnecté», a laissé tomber le chef de la CAQ, tout en reconnaissant qu’il existe en effet des ménages québécois «très pauvres» qui «malheureusement ne sont pas capables d’acheter toute la nourriture dont ils ont besoin».

À la chasse aux aubaines

Au cours de son entrevue radiophonique, M. Couillard a également suggéré qu’une famille de trois pouvait arriver à ses fins en courant les spéciaux sans relâche dans les circulaires des supermarchés, donnant l’exemple d’un morceau de porc en spécial.

«Tu le fais cuire le premier soir, tu fais un rôti de porc, a-t-il dit. Ensuite, tu fais du macaroni avec du porc. Ensuite, tu fais un genre de pâté chinois puis après, tu fais des sandwichs pour les enfants.»

Pour Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politique agroalimentaire à l’Université Dalhousie, à Halifax, le minimum requis pour acquitter la facture hebdomadaire d’épicerie pour une famille de quatre personnes est plutôt de 149 $.

«C’est non seulement difficile (à 75 $), mais c’est pratiquement impossible aujourd’hui, surtout lorsque l’on a des enfants à la maison», a-t-il dit au cours d’une entrevue téléphonique.

Pour sa part, le président-directeur général de Mission Bon Accueil, Sam Watts, a expliqué qu’un budget de 75 $ par semaine poserait de sérieuses limites quant à la possibilité de pouvoir acheter certains produits, comme des fruits et légumes.

— Avec des informations de Sidhartha Banerjee et Mélanie Marquis

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