Paul Chiasson Paul Chiasson / La Presse Canadienne

MONTRÉAL — L’ex-président français François Hollande appelle les démocrates du monde entier à s’unir pour contrer le populisme.

Devant un auditoire d’environ 400 personnes réunies par le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), vendredi, M. Hollande n’a pas enfilé les gants blancs de la diplomatie pour s’en prendre plus précisément à Donald Trump, qu’il a accusé de semer le désordre et la division à travers le monde.

«Plus que jamais, dans les démocraties, il faut reparler de LA démocratie; c’est elle qui est aujourd’hui en cause», a-t-il affirmé.

«Si les démocrates ne s’unissent pas, alors il y a un risque. Et il ne suffira pas de dénoncer les populistes. (…) Nous devons montrer l’inanité des solutions populistes», a-t-il ajouté, signalant aussi la montée du populisme dans plusieurs pays européens, dont le Brexit — la sortie des Britanniques de l’Union européenne — est l’un des exemples les plus marquants.

«Les populismes, qui étaient des forces de contestation, de remise en cause, sont devenus maintenant des forces qui aspirent au gouvernement», a averti M. Hollande.

Il a ainsi déploré qu’aux désordres classiques que sont la guerre, le terrorisme ou les changements climatiques s’ajoute maintenant «le désordre politique» provoqué par le populisme.

La conséquence de ce désordre se voit dans le déclin du multilatéralisme, notamment par la remise en question des grandes organisations que sont l’Organisation mondiale du commerce (OMC), les Nations unies ou l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), par exemple.

Il en va de même pour les grands accords comme celui de Paris sur le climat, sur le nucléaire en Iran ou les accords commerciaux.

«Il y a une remise en cause de ce que l’on croyait être une règle dans les relations commerciales, c’est-à-dire le respect des accords signés», a déploré l’homme politique.

Quant à la division, François Hollande rappelle qu’elle se répand à la fois à l’intérieur du monde occidental et à l’intérieur des pays.

Il déplore notamment la division qu’entretiennent les populistes sur la question des réfugiés et de l’immigration, par exemple.

«Il faut montrer qu’on est capables de maîtriser l’immigration, c’est un devoir», a-t-il insisté.

Rebâtir sans les États-Unis

Bien qu’aucun pays européen ne veuille sortir de l’OTAN, François Hollande affirme qu’il «est très important que les Européens se donnent plus de moyens pour leur défense, parce que les menaces, elles sont là», avertit-il.

Il rappelle à cet effet les poussées de la Russie en Crimée, en Ukraine, en Syrie, la proximité de Moyen-Orient et ainsi de suite.

Le président russe Vladimir Poutine, note-t-il, avance «chaque fois qu’il y a une faiblesse du camp occidental. (…) Quand on regarde, depuis quelques années, son tableau de chasse, il est impressionnant».

Dans ces conditions, «les Européens voudront (…) se donner une organisation de défense au sein de l’Alliance atlantique».

Il estime de plus que l’Union européenne devra chercher à conclure des ententes avec la Chine, devant l’incertitude engendrée par Donald Trump.

«La Chine avait longtemps rêvé d’un accord avec les États-Unis, c’était le pari d’Obama, qu’ils pouvaient s’entendre», a-t-il rappelé.

«Dès lors qu’avec Donald Trump ils ont trouvé là un partenaire plus difficile dont ils ne savent pas exactement ce qu’il va dire le soir même et peut-être même d’après une conversation ou un « tweet », ils ont besoin d’avoir une force et l’Union européenne en est une.»

Il en va de même pour les ententes commerciales, quitte à rebâtir une nouvelle OMC.

Quant au climat, il ne se fait guère d’illusion depuis que Donald Trump a renié la signature des États-Unis à l’Accord de Paris et il en a fait part avec beaucoup d’humour: «Je pense qu’on n’y arrivera pas par la persuasion à l’égard de Donald Trump. Je ne l’ai eu que deux fois au téléphone; je n’ai pas compris qu’il était possible de le séduire», a-t-il dit, provoquant les rires de l’auditoire avant de finalement faire éclater tout le monde en ajoutant: «Vous allez dire que j’étais au téléphone… il ne me voyait pas.»

Plus sérieusement, il a dit croire que les Américains ne pourraient être ramenés dans le giron de la lutte aux changements climatiques qu’en utilisant «le rapport de force» et le pouvoir de l’argent, en démontrant «ce qu’ils (ont) à perdre, ce qu’ils (ont) à gagner».

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