La Presse canadienne

MONTRÉAL — Lier les tornades de vendredi, à Gatineau et Ottawa, au réchauffement climatique est «un raccourci» intellectuel et scientifique qui fait tiquer les experts en climatologie.

Certes, plusieurs événements météorologiques extrêmes sont directement imputables au réchauffement climatique, soulignent les experts consultés par La Presse canadienne.

C’est notamment le cas des canicules, des pluies diluviennes, des sécheresses et de certaines inondations.

Toutefois, dans le cas des tornades, celles-ci sont plutôt le fait d’une réunion de conditions très précises qui relèvent de la coïncidence météorologique, la plus importante étant le choc d’une masse d’air froid en altitude avec une masse d’air chaud instable au sol.

Selon Dominique Paquin, spécialiste en simulation et analyse climatique au consortium Ouranos, il est impossible de savoir à ce moment s’il y aura davantage de tornades avec les changements climatiques.

Elle souligne que, même s’il faut des températures chaudes et instables au sol pour avoir une tornade, il faut plusieurs autres conditions, la plus importante étant un cisaillement de vents contraires en altitude qui va provoquer un tourbillon.

Or, si le réchauffement climatique est favorable au temps chaud et instable, il est nuisible aux courants froids en altitude et au cisaillement des vents.

Un raccourci intellectuel et scientifique
«Il y a certaines conditions qui vont aller en augmentant, comme l’instabilité et le fait qu’il y a des températures plus chaudes, mais au niveau du cisaillement des vents, ça va diminuer avec le changement climatique. Donc, lequel des facteurs va gagner? C’est très, très difficile de le savoir», a-t-elle insisté pour conclure que «comme on ne peut savoir, physiquement, quels facteurs vont gagner physiquement, on ne peut pas établir de lien entre les tornades et le changement climatique pour l’instant».

Imputer la tornade de vendredi au réchauffement climatique «a fait sourciller bien des gens en climat et en météorologie. C’est un raccourci (intellectuel et scientifique) et ça servait un propos autre», a-t-elle laissé tomber en entrevue.

Le professeur Jean-Pierre Blanchet, directeur du Centre pour l’étude et la simulation du climat à l’échelle régionale de l’UQAM et spécialiste en modélisation du climat, abonde dans le même sens en ajoutant une nuance: la composante du réchauffement climatique a peut-être donné «un petit coup de pouce» aux tornades de Gatineau et Ottawa, dont l’énergie a été partiellement alimentée par l’eau chaude des Grands Lacs.

Il note, après avoir procédé à l’analyse des événements, qu’il y a eu «beaucoup de soleil et d’accumulation de chaleur dans les Grands Lacs» avec l’été exceptionnellement chaud que l’on a connu — et qui est, lui, attribuable au réchauffement climatique — ce qui a fourni «de l’énergie à l’atmosphère».

Mais il est catégorique: le réchauffement climatique est peut-être «un facteur contribuant, mais pas suffisant pour dire que l’aspect climatique est un facteur qui a causé la tornade. La tornade était vraiment causée par un concours de circonstances météorologiques au jour le jour».

Plus de tornades?
Évidemment, une augmentation du nombre de tornades au fil des dernières années pourrait être un indice de ce qui est à venir et il se trouve qu’on en signale davantage, mais encore là, l’approche scientifique lève ses habituels écrans de méfiance.

D’une part, l’observation du phénomène est quasi impossible; les météorologues ne peuvent «voir» les tornades, sauf dans les cas d’un volume et d’une étendue exceptionnels, mais voient plutôt les «conditions propices à la formation de tornades», ce sur quoi portent tous les avertissements et alertes d’Environnement Canada, par exemple.

La détermination du passage d’une tornade ne se fait donc qu’à l’observation du terrain: c’est en voyant les dégâts après le fait que les experts déterminent non seulement la force d’une tornade, mais d’abord s’il y a bel et bien eu une tornade.

«Il y a eu plus d’observations de tornades depuis 60-70 ans, mais on doit d’abord relier ça au fait qu’il y a de plus en plus de personnes sur le territoire», avertit Dominique Paquin.

«Comme une tornade c’est tout petit, quand ça se produit dans un endroit où il n’y a personne, personne ne le remarque. Donc on a une augmentation d’observations de tornades, mais c’est vraiment dû à l’occupation du territoire qui est en augmentation. Pour le reste, on ne peut dire si c’est parce qu’il y en a plus ou non.»

Donc, il est tout aussi impossible de savoir, à ce moment-ci, s’il y a plus de tornades qu’autrefois et si le réchauffement climatique en entraînera davantage.

«Les modèles qu’on utilise pour étudier les changements climatiques ne sont pas capables de reproduire les tornades, parce que les tornades, c’est trop petit, on ne peut pas les voir dans les modèles», soupire Dominique Paquin.

Tout au plus, Jean-Pierre Blanchet ose-t-il noter que le phénomène des tornades, très documenté aux États-Unis dans la région centrale surnommée «Tornado Alley», semble montrer un léger déplacement vers le nord.

«Il y a une tendance un peu comme la migration des espèces envahissantes, les tiques, d’autres insectes, autres feux», dit-il, tout en ajoutant: «On (le sud du Québec) reste quand même dans la marge très extrême de la zone des tornades».

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