Graham Hughes Graham Hughes / La Presse Canadienne

KAHNAWAKE, Qc — Le bureau du conseil de la Première Nation de Kahnawake occupe une place de choix dans la modeste trame urbaine de la communauté, aux côtés d’un centre-jeunesse et de deux églises.

Bientôt, cependant, ces vieux immeubles risquent tous d’être surpassés par une serre luxuriante à la fine pointe de la technologie où vont croître des plants de cannabis et où vont s’activer les producteurs de la substance qui sera légale au Canada à compter du 17 octobre.

Le Conseil mohawk de Kahnawake a signé un accord non contraignant avec Canopy Growth Corp. Cet accord potentiel avec plus grande entreprise de cannabis au pays permettrait à la Première nation d’accueillir une usine de production de 4 650 mètres carrés, ainsi qu’un espace de transformation et de distribution de près de la moitié de cette taille.

«Nous dépendons presque entièrement de fonds extérieurs de notre administration. Nous avons besoin d’une source de revenus stable pour pouvoir la redonner à notre population», a déclaré le grand chef Joe Norton, évoquant des projets d’amélioration dans les parcs, de soins de santé et de traitement des dépendances ainsi qu’un programme linguistique mohawk.

Kahnawake n’est pas seule. Les Premières Nations à travers le pays misent sur la légalisation du cannabis avec des projets d’usines de production, de partenariats et d’investissements. Mais les retombées potentielles viennent avec des conséquences sociales inquiétantes et des litiges sur les compétences juridiques des communautés autochtones.

En août dernier, selon Santé Canada, il y avait au moins cinq producteurs titulaires d’un permis et 14 demandeurs ayant des liens autochtones. Mais des dizaines de membres des Premières nations négocient directement avec des entreprises productrices de cannabis qui détiennent déjà des permis, a indiqué M. Norton.

Dans l’ouest de la Saskatchewan, la Première Nation Thunderchild a investi 8 millions $ dans Westleaf Cannabis Inc. pour la construction d’une installation de 10 700 mètres carrés sur des terrains appartenant au conseil. Les travaux doivent se terminer l’an prochain.

La Première Nation no 468 de Fort McMurray, en Alberta, a pour objectif de construire une usine dans la réserve avec une capacité de production pouvant atteindre 15 000 kilogrammes par année, en partenariat avec RavenQuest BioMedcan.

Au Yukon, le chef de la Première nation Carcross-Tagish, Andy Carville, a demandé à son équipe juridique de participer à une «mission d’enquête» sur la production de marijuana.

«Nous sommes très enthousiastes à l’idée de voir comment on peut en tirer avantage», a-t-il commenté, citant la création d’emplois locaux et une source de revenus stable permettant de «sortir du joug du gouvernement».

M. Carville révèle avoir discuté avec Aurora Cannabis Inc., parmi d’autres producteurs et investisseurs, afin d’identifier un lieu.

Tout le monde n’est pas aussi patient. Le territoire mohawk de Tyendinaga, dans l’est de l’Ontario, est l’une des nombreuses communautés où des entrepreneurs ont défié la loi fédérale et ouvert des dispensaires avant la légalisation. Les conseils de bande ont répondu chacun à leur façon à ces vendeurs, soit avec une relative indifférence, comme à Tyendinaga où plus de 40 détaillants vendent du pot, soit avec une répression immédiate, comme à Kahnawake où un revendeur incorrigible a tenté d’ouvrir ses boutiques trois fois.

«La communauté elle-même est divisée sur la question du cannabis, admet Jean Guy Whiteduck, chef du conseil Kitigan Zibi Anishinabeg, parlant des préoccupations relatives au bien-être de la communauté. Ce n’est pas tout le monde qui voit ça comme une occasion de s’enrichir rapidement.»

La fiscalité représente toutefois un obstacle majeur. Ottawa s’est entendu avec les provinces pour leur verser 0,75$ pour chaque dollar perçu en taxes d’accise sur le cannabis. Dans son empressement, le gouvernement fédéral n’a pas consulté les Premières Nations sur le cadre fiscal et le contrôle réglementaire du cannabis, a souligné Manny Jules, commissaire en chef de la Commission de la fiscalité des Premières Nations.

Ce dernier souhaite obtenir une entente avec Ottawa afin de s’assurer que les communautés autochtones aient une juridiction légale et puissent bénéficier d’une part des revenus de la taxe d’accise.

La ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, et la ministre de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, ont dit être ouvertes à la discussion.

Entreprises citées dans cette dépêche: (TSX: WEED, TSX: ACB)

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