The Canadian Press Michaelle Jean et Justin Trudeau

EREVAN, Arménie — Le premier ministre Justin Trudeau a rendu hommage à Michaëlle Jean dans l’allocution qu’il a prononcée en ouverture du XVIIe Sommet de la Francophonie jeudi, quelques heures avant que son sort ne se décide à Erevan, en Arménie — une politesse que lui a aussi rendue le président français Emmanuel Macron, qui a jeté son dévolu sur l’opposante de la Canadienne.

Devant un parterre rempli de dizaines de chefs d’États et de gouvernements, il a salué le «travail remarquable» accompli par l’ancienne gouverneure générale du Canada à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) au cours des quatre dernières années.

Le premier ministre a noté qu’elle s’était «affirmée comme ardente défenseure des femmes» en «faisant notamment valoir leur droit à l’éducation et militant pour leur émancipation». Il a vanté le «dévouement» et l’«énergie contagieuse» de Michaëlle Jean, dont les chances d’être reconduite pour un second mandat sont considérées excessivement minces, voire nulles.

Le gouvernement Trudeau a annoncé en début de semaine, à l’aube de l’ouverture du sommet d’Erevan, qu’il se rallierait au consensus se dessinant autour de sa rivale. Cette candidate est la ministre des Affaires étrangères du Rwanda, Louise Mushikiwabo, qui a récolté le soutien d’une flopée de pays de l’Union africaine ainsi que l’appui, déterminant, du président français Emmanuel Macron.

Bon joueur, le locataire de l’Élysée a tenu à féliciter celle sur qui il n’a pas misé. «La Francophonie doit être cet espace qui se bat pour le droit des femmes — et je veux ici saluer le travail qui a été réalisé par Michaëlle Jean, à laquelle je rends hommage, qui s’est fortement mobilisée dans ce combat», a-t-il exposé vers la fin de son allocution d’une quarantaine de minutes.

«La Francophonie doit être féministe! Et vous avez eu raison, madame la secrétaire générale, de ne rien céder à ce combat», a lancé Emmanuel Macron.

«Posture impossible»
L’ancienne gouverneure générale du Canada, refusait cependant toujours de jeter l’éponge, jeudi, à la veille de l’élection à la direction de l’OIF.

Son porte-parole, Bertin Leblanc, a exposé mardi qu’un «un consensus suppose un débat qui doit se faire dans les règles» et que «nul doute que cette discussion aura lieu entre les chefs d’État et de gouvernements à huis clos».

Des dirigeants africains ressentiraient cependant un certain malaise d’avoir en quelque sorte été placés devant le fait accompli, d’après une source bien au fait de la campagne à la direction.

Quelques-uns auraient même exprimé directement auprès de Michaëlle Jean qu’ils se retrouvaient dans une «posture impossible».

Selon ce que rapportait mardi Radio France internationale (RFI), l’ancienne journaliste native d’Haïti espérait toujours pouvoir compter sur le soutien de quelque 17 à 18 délégations au sein de l’OIF vendredi. Le média base ces statistiques sur «un dernier pointage effectué mardi soir à Erevan».

Hommage à Aznavour
À l’entrée du complexe Karen Demirdjian, où se tient le sommet de la Francophonie, la musique de Charles Aznavour, un fils de l’Arménie résonnait, jeudi.

Le sommet s’ouvrait quelques jours après le décès du monument de la chanson de descendance arménienne, et sa contribution à l’épanouissement de la langue française a été soulignée sur scène par le premier ministre Trudeau et le président Macron.

«Lorsque je suis arrivé en Arménie, j’ai tout de suite pensé à un grand homme que j’aimais énormément, un grand amoureux de la langue française qui s’est éteint la semaine dernière, l’incomparable Charles Aznavour», a déclaré le premier ministre du Canada.

«Dans les jours qui ont suivi son décès, les francophones et les francophiles du monde se sont unis dans le deuil à travers son oeuvre. Cet élan de solidarité était peut-être le plus grand hommage qu’on aurait pu lui faire», a-t-il ajouté.

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