Tirée de Twitter Isabelle Hudon

MONTRÉAL — L’ère des compromis est terminée, a déclaré l’ambassadrice du Canada en France, Isabelle Hudon, qui n’a pas voulu mettre de côté la question de l’avortement et de la santé sexuelle des femmes lors du dernier Sommet du G7, même si elle savait que cela allait créer de l’inconfort.

Mme Hudon avait été mandatée par le premier ministre Justin Trudeau pour être la coprésidente du Comité consultatif pour l’égalité des sexes pour la présidence canadienne du G7, qui a eu lieu en juin dernier à La Malbaie, dans Charlevoix. Un rapport de 102 recommandations a été le fruit de ses travaux.

L’ambassadrice était l’invitée jeudi de l’association Avocats sans frontières Canada (ASFC) et elle est revenue dans son allocution sur le désormais célèbre petit-déjeuner où l’attention a été détournée par le président américain Donald Trump — qui s’y est présenté en retard.

En retard, oui, et alors qu’elle avait commencé à parler, rappelle-t-elle. Même si le petit-déjeuner n’était pas obligatoire dans l’horaire des dirigeants, ils y étaient tous. Et puis, rapporte Mme Hudon, le président américain a écouté avec attention, mettant son casque de traduction à son invitation puisque son allocution était faite en français.

Elle savait que ses propos sur la santé sexuelle des femmes et le droit à l’avortement allaient en déranger certains, a-t-elle confié à son audience, jeudi à Montréal.

Mais on en a parlé, soutient-elle, «on n’a pas tourné autour du pot» parce que c’était «incontournable».

«On n’a pas choisi le compromis, on a choisi d’y aller avec les recommandations que l’on croyait nécessaires pour faire avancer les choses.»

Elle dit l’avoir fait en sachant très bien qu’il y a des pays qui ont des lois antiavortement et que cette recommandation n’allait pas être unanime au sein de tous les pays. Elle a rappelé qu’elle est aussi ambassadrice auprès de Monaco et que l’avortement y est interdit.

Sur une possible réticence des États-Unis sur l’avortement, sujet qui continue de diviser chez nos voisins du sud, Mme Hudon a dit: «on l’a pressentie, mais pas sentie».

Elle affirme qu’il ne doit plus y avoir de compromis sur les sujets qui touchent les femmes, ce qu’elle estime être le ton du rapport du Comité. «Il faut agir. L’aiguille ne bouge pas nécessairement dans le bon sens et surtout ça ne bouge pas assez vite», dit-elle.

Selon elle, le premier ministre Trudeau et le président français Emmanuel Macron «étaient particulièrement investis» en ce qui a trait à l’égalité entre les sexes. Elle s’est dite aussi agréablement surprise par Theresa May, la première ministre du Royaume-Uni. Cette dernière a saisi la balle au bond lors du petit-déjeuner, relate-t-elle, et a parlé de l’inégalité salariale dans son pays.

Et de toute façon, l’ambassadrice est d’avis qu’aucun pays du G7 n’est en mesure de faire la morale aux autres: la situation des femmes autochtones au Canada est un exemple, juge-t-elle.

Sur l’ambiance de ce G7, qu’elle a qualifié, à l’instar de bien d’autres, de «G6 plus 1», elle conclut que «l’ère de la convivialité et de la collégialité est terminée».

L’ambassadrice demeure toutefois optimiste quant à ce qui sera fait des nombreuses recommandations du rapport du Conseil sur l’égalité entre les hommes et les femmes. Les dirigeants ont amassé 4 milliards $ pour aider les jeunes filles en zone de guerre à avoir l’accès à l’école, entre autres choses.

Et le président Macron a accepté de donner une deuxième année de vie au Comité consultatif pour l’égalité des sexes, sous son actuelle présidence du G7, souligne-t-elle. C’était l’un de ses objectifs, dit-elle, et cela permettra d’aller plus à fond dans les recommandations.

Mme Hudon, qui vient du milieu des affaires — elle a été notamment présidente et chef de la direction pour la Financière Sun Life au Québec et vice-présidente principale pour Financière Sun Life Canada — a suggéré que des mesures de performance soient créées pour s’assurer de bien mesurer l’impact de ce qui sera fait.

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