EREVAN, Arménie — Le président rwandais Paul Kagame a adressé vendredi de sévères critiques à l’endroit de Michaëlle Jean, l’accusant d’être «amère et frustrée» pour la façon dont elle s’en est prise au pays africain dans le discours de la dernière chance qu’elle a prononcé à la veille de sa défaite.

Intercepté sur le site du sommet d’Erevan, en Arménie, vendredi matin, il a suggéré que la secrétaire générale sortante a agi de la sorte, car elle n’arrivait pas à accepter qu’une autre personne qu’elle — en l’occurrence, la candidate rwandaise Louise Mushikiwabo — puisse mener les destinées de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

«Il y a un consensus africain autour de Louise Mushikiwabo, et d’autres pays aussi… voir Michaëlle Jean leur dire que c’est la mauvaise personne qui vient du mauvais pays, c’est triste. Ce n’est pas seulement le fait qu’elle ait (tenu ces propos), c’est surtout la façon dont elle l’a fait… on pouvait voir qu’elle est amère, qu’elle est frustrée», a-t-il lâché en entrevue à La Presse canadienne.

«Ce n’est pas à moi de décrire le caractère d’une personne, de présumer de ce (…) qui l’influence, ce n’est pas de mes affaires (mais) dire aux gens qui ont fait un choix (…) qu’ils ont tort, que ce devrait être elle et personne d’autre… en ce sens, je pense que ça montre le problème», a enchaîné le président Kagame, qui s’exprime en anglais.

Il a tenu ces propos quelques heures avant que sa candidate soit élue secrétaire générale.

Dans l’allocution de la dernière chance livrée à la veille de l’élection, Michaëlle Jean a sévèrement critiqué, sans le nommer, le Rwanda. Elle a demandé si les membres de l’OIF étaient «prêts à accepter que la démocratie, les droits et les libertés, soient réduits à de simples mots, que l’on vide de leur sens au nom de la realpolitik, de petits arrangements entre États (…)».

Aux yeux de Paul Kagame, ces charges entourant le bilan peu reluisant de son pays en matière de respect des droits humains n’ont pas de fondement dans la réalité sont «vraiment erronées» et reflètent une «opinion». Il faut «comprendre le Rwanda dans le contexte de ce qui s’est produit après (le génocide de 1994)», a-t-il plaidé.

«Nous sommes actuellement en avance sur beaucoup de pays en ce qui a trait aux droits humains, l’appui à la démocratie, la bonne gouvernance et l’imputabilité», a fait valoir celui qui a remporté la dernière élection présidentielle avec un score frôlant les 99 pour cent, en 2017.

Le Rwanda, francophile?

En plus de soulever des questions sur ce plan, la candidature de la ministre rwandaise à la tête de l’organisation a aussi fait sourciller compte tenu du fait que la nation africaine a abandonné le français au profit de l’anglais comme langue officielle et d’enseignement en 2010.

«Non, non, non. Nous n’avons rien remplacé, s’est défendu le président lorsque cet aspect lui a été mentionné. Le français est parlé et enseigné au Rwanda, et nous avons ajouté l’anglais (…) C’était (pour composer avec la réalité) parce que beaucoup de gens dans notre pays viennent d’ailleurs et ont grandi dans des pays de langue anglaise.»

Ce changement est donc plutôt à ses yeux «un atout», car «nous continuons à faire la promotion de la langue française (…) et nous le faisons de la même manière avec l’anglais».

Le président du Rwanda a tenu ces propos à quelques heures de l’élection de la prochaine patronne de la Francophonie.

Il se disait confiant que sa ministre des Affaires étrangères remporte la mise. Il a eu raison, puisqu’elle a été élue par consensus.

La Rwandaise était arrivée au XVIIe sommet de la Francophonie forte de l’appui du président français, Emmanuel Macron, et d’une flopée de pays de l’Union africaine.

Sa rivale du Canada, elle, a été larguée par Ottawa et Québec quelques heures à peine avant l’ouverture du forum.

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