Sean Kilpatrick / La Presse Canadienne

SAINT-JEAN, T.-N.-L. — La traite des personnes serait étroitement liée à la violence que subissent les femmes et les filles autochtones, reconnaît la police, mais le manque de connaissances permet souvent à ces activités de fleurir sous le nez des policiers.

Témoignant lundi aux audiences de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, la commissaire adjointe de la Gendarmerie royale du Canada Joanne Crampton a estimé que les statistiques actuelles sur la traite de personnes sont bien loin de brosser un portrait réaliste de la situation.

Mme Crampton a indiqué qu’entre 2005 et 2017, on avait recensé au pays 455 accusations de trafic de personnes; or, ce chiffre serait extrêmement loin de la réalité, selon elle.

La commission tient ses dernières audiences cette semaine, à Terre-Neuve-et-Labrador, avec des experts apportant des témoignages sur «l’exploitation sexuelle, la traite des personnes et la violence sexuelle». Mme Crampton a notamment évoqué les défis que pose aux policiers la traite des personnes au Canada, citant le manque de données fiables, résultat de signalements trop rares, et la vulnérabilité particulière des femmes autochtones à ce type d’exploitation.

Les données disponibles sur les affaires de traite de personne sont souvent compilées par âge et par sexe, mais n’incluent pas d’informations sur l’ethnicité des victimes. Selon Mme Crampton, il s’agit là d’une des nombreuses lacunes du traitement actuel de la traite des personnes au Canada, un phénomène de grande ampleur dont la GRC est consciente. Pourtant, la police fédérale ne dispose pas de données précises à ce sujet.

Mme Crampton a rappelé lundi que la traite des personnes constitue un crime en vertu du Code criminel canadien depuis 2005, mais que depuis lors, la loi a été «extrêmement sous-utilisée» par les forces de l’ordre et le système judiciaire. Elle a par ailleurs noté que s’ils sont signalés, de nombreux cas sont alors classés comme des voies de fait plutôt que du trafic de personne.

La commissaire adjointe a souligné la nécessité d’une collaboration étroite entre les divers corps policiers afin de s’occuper adéquatement des cas de traite de personnes. Mme Crampton espère que le rapport final de la commission d’enquête aidera à résoudre le problème actuel des trop rares dénonciations.

Formation des policiers
L’inspectrice Tina Chalk, qui forme les agents de la Police provinciale de l’Ontario à déceler les signes de trafic de personnes, a quant à elle soutenu lundi qu’elle était probablement passée à côté de certains cas au début de sa carrière, faute de connaissances en cette matière — et parce qu’elle n’avait tout simplement pas interrogé adéquatement les victimes.

Mme Chalk a expliqué qu’une nouvelle formation destinée à combler ces lacunes à la Police provinciale de l’Ontario consiste à informer les agents qu’ils doivent rechercher des signes de trafic de personne dans des situations inattendues — un contrôle routier de routine, par exemple.

L’inspectrice a expliqué en quoi la pauvreté, l’isolement, les agressions subies par le passé et le racisme rendent les victimes particulièrement vulnérables à la traite de personnes. Elle a aussi évoqué le rôle que peut jouer internet pour piéger des femmes dans le cycle de traite de personnes.

Mme Chalk a par ailleurs suggéré des initiatives pour former des civils exerçant des professions fréquemment confrontées à des situations de traite de personnes, comme les camionneurs ou les travailleurs de l’hôtellerie et de la santé, afin de détecter plus facilement les signes avant-coureurs de ce crime.

Elle a aussi souligné l’importance d’améliorer les relations entre les communautés autochtones et la police — il faut que les victimes aient confiance dans le système pour qu’elles dénoncent le crime. «La confiance envers la police fait totalement défaut, a admis Mme Chalk. C’est un long chemin, et c’est la police qui est responsable de ce chemin.»

Le directeur de la Force constabulaire royale de Terre-Neuve, Joe Boland, a ainsi parlé des efforts déployés pour lutter contre la partialité inconsciente des policiers à l’égard des Autochtones.

La sous-procureure générale adjointe de l’Ontario, Juanita Dobson, a évoqué de son côté les efforts récemment déployés par son gouvernement pour aider les victimes de traite de personne — notamment un programme lancé plus tôt cette année offrant l’aide juridique gratuite à celles qui réclament une ordonnance de non-communication à l’encontre d’un trafiquant.

La commissaire Michèle Audette avait ouvert les audiences de lundi en soulignant leur «importance historique». Elle a rappelé que le personnel de la commission avait fait de son mieux malgré le rejet récent, par le gouvernement fédéral, d’une demande de prolongation de deux ans — Ottawa a finalement accordé six mois.

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