Tirée de Facebook Amélie Lapierre, qui se photographie avec ses chèvres.

Deux productrices québécoises de lait de chèvre, Stéphanie Béliveau et Amélie Lapierre, font sensation depuis lundi sur les réseaux sociaux après avoir lancé un véritable cri du cœur. Suivies par plusieurs internautes, elles disent appréhender la faillite éventuelle de leur entreprise puisque des gros joueurs, comme Agropur et Liberté, renonceront prochainement à acheter du lait du Québec.

«Faites tout le lait que vous pouvez, mes amours, car c’est sûrement votre dernière lactation. Les fromageries ne veulent plus acheter de lait québécois. Je serai avec vous jusqu’à la fin», écrit Amélie Lapierre, en compagnie de son conjoint Clément Caouette, tous deux producteurs laitiers à Saint-Hyacinthe, en Montérégie.

Sous sa publication, qui a obtenu plus de 4300 partages en moins de 24 heures, Mme.Lapierre joint une photo de ses chèvres, à qui elle s’adresse directement.

«Les fromageries en profitent pendant que vous criez très fort pour abandonner les producteurs de lait de chèvres québécois. Nous, ne sommes pas assez pour nous faire entendre. Aidez-nous. C’est terrible ce qui nous arrive.» – Amélie Lapierre, qui lance un appel à tous, sa publication ayant été ouverte au public sur Facebook.

Aux dires de la productrice, le géant Agropur «ne veut toujours pas confirmer» qu’il continuera d’acheter du lait de chèvre québécois, et ce, «malgré la fermeture de [sa] seule usine] où il le transformait».

La coopérative agricole avait annoncé le 21 septembre dernier la fermeture définitive de son usine de Saint-Damase, en Montérégie, qui emploie environ 110 personnes. L’entreprise avait expliqué qu’elle devait effectuer des investissements importants à l’usine, mais que, confrontée à l’impossibilité de conclure une entente à long terme avec ses employés, elle avait dû réorganiser ses investissements pour pouvoir respecter ses engagements avec les clients. La fermeture «graduelle» est prévue janvier et avril prochain.

«Je peux vous dire que c’est terrible [de] vivre chaque jour ainsi, sans savoir», déplore ensuite Amélie Lapierre, visiblement déçue du peu de soutien dont son industrie bénéficie à l’heure actuelle.

Un appel à l’aide
À peine deux heures plus tard, une autre productrice de lait de chèvre, Stéphanie Béliveau, s’est ajoutée au cri du cœur. Elle a dit lundi soir «avoir le cœur gros».

«Dans moins de 80 jours, des dizaines de familles québécoises vont perdre leur troupeau de chèvres, car les transformateurs ne veulent plus acheter de lait de chèvre ici.» – Stéphanie Béliveau, qui abonde dans le même sens que les propos de sa collègue-productrice.

Celle qui est native de Warwick, dans le Centre-du-Québec, estime que ces grands joueurs préfèrent la vente de fromages importés d’Europe ou encore l’achat des surplus de lait en Ontario, «à prix ridiculement bas».

Elle s’en prend elle aussi au groupe Agropur et à Liberté, qui produit notamment trois variétés de lait de chèvre. Elle affirme que le premier ne renouvellera aucun contrat après le 30 avril 2019 et que le second coupera tous les contrats au 31 décembre 2018. «C’est honteux, dénonce-t-elle. Merci de nous aviser seulement 80 jours d’avance. Des milliers de chèvres à l’encan d’ici quelques semaines.»

Mme Béliveau dit se sentir isolée et négligée par les médias et l’opinion publique. «On ne parle pas de nous, car on n’est moins nombreux que dans d’autres productions, explique-t-elle. Aucune alternative, pas de compensation, pas de programme d’aide.»

Sans aucune option, elle dit se tourner vers les réseaux sociaux pour «partager notre histoire qui est trop triste». «Priez pour nous. Peut-être que quelqu’un nous entendra avant qu’il ne soit trop tard», conclut-elle. Sa publication a elle aussi créé un engouement immédiat sur la toile, plus de 15 000 utilisateurs ayant partagé celle-ci en moins de 20 heures seulement.

Tout récemment, autant Agropur que Liberté ont annoncé aux producteurs d’ici leur intention de mettre une fin immédiate à leurs achats au Québec.

Selon les informations de Radio-Canada, le Syndicat des producteurs de lait de chèvre du Québec s’attend à une baisse drastique de production de lait d’ici le 1er janvier prochain, passant de 10 millions à 6 millions de litres. Devant une diminution inévitable des revenus de vente, des plus petits joueurs pourraient carrément tout perdre, prévient-on.

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