Sean Kilpatrick Sean Kilpatrick / La Presse Canadienne

OTTAWA — La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, affirme que le Canada est très inquiet face à la disparition du journaliste Jamal Khashoggi, et assure qu’elle ne se prive pas de soulever cette question auprès de l’Arabie saoudite, malgré les tensions diplomatiques entre les deux pays.

Lors d’une séance de questions-réponses du forum Fortune Global, mardi soir, à Toronto, Mme Freeland a déclaré que le mystère entourant la disparition du journaliste saoudien soulevait des «questions inquiétantes».

Elle a ajouté que le Canada avait discuté de cet enjeu avec l’Arabie saoudite et avec ses alliés.

Jamal Khashoggi est un citoyen saoudien, mais aussi un résident permanent américain. Il s’est souvent montré critique à l’égard du régime saoudien et depuis qu’il est entré dans le consulat du royaume à Istanbul il y a deux semaines, il n’a jamais été revu.

Mme Freeland a d’ailleurs indiqué que le Canada ne se gênerait pas pour défendre les droits de la personne auprès de l’Arabie saoudite, même si les relations entre les deux pays sont déjà très tendues.

En août, l’Arabie saoudite avait fortement réagi à un micromessage de la ministre Freeland qui appelait à la libération immédiate de militants tels que Salmar Badawi, la soeur du blogueur Raïf Badawi, dont la famille est réfugiée au Québec.

La ministre dit avoir maintenu des contacts réguliers avec son vis-à-vis saoudien, mais elle n’avait rien de plus à annoncer mardi. Selon elle, les Saoudiens se sont montrés «très ouverts» à engager un dialogue et le Canada tient à discuter des droits de la personne, a-t-elle réitéré.

Mme Freeland a d’ailleurs laissé entendre qu’elle n’avait aucun regret relativement à son message contesté, qui a notamment mené à l’expulsion de l’ambassadeur canadien à Riyad.

«C’est important d’avoir des conversations privées. Mais je crois que ce serait une erreur, et, pour être franche une erreur égoïste, de penser qu’une conversation privée est un substitut aussi efficace que de prendre position publiquement», a-t-elle expliqué.

«Et parfois, c’est important de prendre position publiquement.»

Les pays du G7 aussi inquiets
Sur la situation du journaliste saoudien, Mme Freeland affirme avoir discuté avec ses alliés du G7 et de l’OTAN, dont le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, ainsi que ses homologues des Affaires étrangères de l’Allemagne, du Royaume-Uni et de la Turquie.

Les sept ministres du G7 ont d’ailleurs signé une déclaration commune pour témoigner leur inquiétude face à cette affaire. Ils ont appelé l’Arabie saoudite à mener une enquête «minutieuse, crédible, transparente et rapide».

«Nous devons savoir ce qui s’est passé, et les responsables doivent rendre des comptes», a déclaré Mme Freeland.

Des responsables turcs soupçonnent qu’une équipe de frappe saoudienne entrée et sortie de Turquie le 2 octobre ait tué et démembré le journaliste. Ces allégations ont été fermement niées par le prince héritier Mohammed bin Salman et par le roi Salman lors de leurs entretiens avec le président américain Donald Trump.

Le président Trump a d’ailleurs vigoureusement défendu le régime saoudien, mardi, lors d’une entrevue avec l’Associated Press, comparant cette affaire à les allégations d’agression sexuelle qui pesaient contre le juge Brett Kavanaugh avant qu’il ne soit confirmé pour siéger à la Cour suprême.

«Je crois que nous devons d’abord découvrir ce qui s’est passé», a-t-il déclaré en entrevue avec l’AP.

«Nous y voilà encore: on est trouvé coupable jusqu’à ce qu’on soit prouvé innocent. Je n’aime pas ça. Nous venons de vivre ça avec le juge Kavanaugh et il était innocent depuis le début, si vous voulez mon avis.»

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