DARRYL DYCK DARRYL DYCK / La Presse Canadienne

TORONTO — Mercredi, le marché de la vente légale de cannabis au Canada, dont le chiffre d’affaires pourrait atteindre quatre milliards de dollars selon un rapport de la firme Deloitte, s’est officiellement ouvert et les consommateurs faisaient déjà la file devant les portes des premiers points de vente à travers le pays.

Les Canadiens désireux de faire leur premier achat légal de cannabis à des fins récréatives ont été accueillis par des files d’attente, des problèmes techniques sur les plateformes de vente en ligne et une sélection de produits relativement limitée.

Les plateformes de vente en ligne administrées par le gouvernement et par le secteur privé ont été activées à 0h01, heure locale, à travers le pays, déclenchant une vague de demande qui a notamment provoqué une file d’attente virtuelle sur le portail de commerce électronique de l’Alberta.

À 0h07, heure avancée des Rocheuses, la Commission des jeux, des alcools et du cannabis de l’Alberta (AGLC) a écrit sur Twitter: «Vous nous aimez! Notre site web reçoit un achalandage important. Nous travaillons fort pour le rendre opérationnel.»

La vague d’utilisateurs «a tout simplement dépassé nos attentes» et, pour éviter une panne du site transactionnel, les clients ont dû être mis en file d’attente, a expliqué une porte-parole de l’AGLC.

Au moment le plus fort, le site albertacannabis.org comptait plus de 11 000 personnes en attente d’effectuer des achats en ligne, mais à 0h50, il n’y avait déjà plus de file a ajouté la porte-parole.

Des dispensaires illégaux à Toronto

Pendant ce temps en Ontario, le site de la société d’État de la province, OCS.ca, actuellement le seul moyen d’acheter légalement du cannabis en Ontario, fonctionnait à plein régime. Des commentaires mitigés ont toutefois rapidement fait surface sur les réseaux sociaux. Bien que du cannabis était disponible, la liste de variétés séchées avait déjà diminué en fin d’avant-midi, mercredi.

Les commentaires adressés à la boutique en ligne louaient d’un côté la simplicité du site, alors que de l’autre côté, on se plaignait de problèmes techniques et des prix élevés.

En début d’après-midi, à l’Assemblée législative, le premier ministre Doug Ford a affirmé que la plateforme du gouvernement avait traité plus de 38 000 commandes.

Certains consommateurs de Toronto semblent préférer demeurer fidèles aux dispensaires non autorisés qui restent ouverts malgré les menaces de poursuites judiciaires.

Les activités se déroulaient normalement chez 1Tonamara, une boutique illégale de cannabis située au centre-ville, quelques heures après la légalisation officielle du cannabis récréatif à l’échelle nationale. Le magasin Spadina Avenue, tout comme le dispensaire Cloud 6ix situé un peu plus loin sur la même rue, recevaient des clients toutes les quelques minutes.

«Les affaires vont bien aujourd’hui, vous savez, j’imagine qu’avec la fermeture de plusieurs autres endroits, ça aide», a commenté Mike Vander Marel, un employé de 1Tonamara.

De nombreux dispensaires torontois ont fermé leurs portes tout juste avant la légalisation en réaction à une promesse du gouvernement provincial d’accorder des permis de vente au détail aux propriétaires illégaux qui respecteraient la loi.

Le chef du service de police de Toronto, Mark Saunders, a reconnu que les policiers ne feraient pas d’opération dans toutes les boutiques illégales, mercredi, mais il assure que tous les établissements seront éventuellement fermés.

Cannabis NB: 700 utilisateurs par heure en moyenne

Cannabis NB, au Nouveau-Brunswick, a révélé que son site web avait reçu la visite de 700 utilisateurs par heure, en moyenne, et que quelques centaines de transactions avaient été effectuées dès les premières heures.

La plupart des Canadiens qui veulent acheter du cannabis légalement vont probablement procéder par internet, car en date de mercredi, très peu de boutiques physiques étaient prêtes à accueillir des clients.

Si Terre-Neuve-et-Labrador et le Nouveau-Brunswick comptaient environ 20 magasins ouverts, certaines des plus grandes provinces, comme la Colombie-Britannique, ne comptaient qu’un seul point de vente.

Malgré les quelques inconvénients qui ont marqué la journée de la légalisation du cannabis, de nombreux consommateurs demeuraient enthousiastes à l’idée de pouvoir simplement acheter une drogue interdite au Canada depuis près de 100 ans.

Alex Cooke, étudiant de troisième année à l’Université St. Thomas de Fredericton, a décrit son expérience dans une succursale de Cannabis NB, au Nouveau-Brunswick, de «très professionnelle» malgré de sévères mesures de sécurité. Il a toutefois noté que seuls quelques produits étaient disponibles.

«Ils n’ont que cinq grands producteurs à l’heure actuelle, alors il y a plusieurs produits qu’ils n’ont pas encore, mais ça correspond vraiment à ce que je recherche», a-t-il commenté en ajoutant qu’il avait l’intention d’y retourner.

Pour plusieurs clients, leur premier achat visait davantage à participer à un moment de l’histoire qu’à faire de véritables réserves.

«Je vais fabriquer une plaque avec la date, l’heure et tout le reste», a affirmé Ian Power après son achat dans une boutique de Saint-Jean à Terre-Neuve-et-Labrador. En raison du fuseau horaire de la province, il a été l’un des premiers acheteurs au pays. La succursale a ouvert ses portes à 0h00, heure locale.

«Ce cannabis ne sera jamais fumé. Je vais le conserver pour toujours», a-t-il promis.

En Saskatchewan, sept permis de vente avaient été accordés sur les 51 disponibles dans la province. Selon un porte-parole de l’Autorité des alcools et des jeux, plusieurs boutiques n’étaient simplement pas prêtes à accueillir la clientèle, mais devraient ouvrir leurs portes dans les prochaines semaines.

Des produits du cannabis tels que des fleurs séchées, des joints déjà roulés et des accessoires sont disponibles en ligne et en magasin. Les produits comestibles, eux, ne seront légaux qu’en 2019.

Reste à voir si l’offre de produits de cannabis et le prix demandé suffiront à éloigner les consommateurs du marché noir.

Du même coup, les principaux producteurs et les observateurs de l’industrie ont prévenu qu’ils s’attendaient à une pénurie au début de la période de commercialisation. Les producteurs et les détaillants qui détiennent des permis de vente ont souligné que tout a dû être mis en place en très peu de temps, alors qu’il s’agit d’un processus complexe.

D’après un rapport publié par le groupe de réflexion C.D. Howe, la semaine dernière, les approvisionnements actuels au quatrième trimestre ne couvriraient que 30 à 60 pour cent de la demande totale attendue.

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