La Presse canadienne Louis Audet

MONTRÉAL — Les gens d’affaires ont une «obligation morale» d’améliorer la situation économique de leurs employés sinon l’accroissement des inégalités continuera d’alimenter le cynisme et le populisme pour finalement menacer la paix sociale dont ils ont besoin pour prospérer et, ultimement, la démocratie elle-même.

Ces propos ne sont pas ceux d’un politicien de gauche, mais bien du président du conseil d’administration de Cogeco, Louis Audet, qui a lancé l’avertissement, mercredi, à une salle bondée de centaines de convives invités par le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM) dont la plupart sont des gens d’affaires.

Prenant l’exemple de la situation des États-Unis depuis l’élection de Donald Trump, il a dit croire qu’à défaut d’agir, le pays s’expose «à de graves dislocations sociales, à la disparition de l’état de droit et, ultimement, à la disparition de la démocratie».

Selon lui, «la spéculation et le seul profit à court terme ne peuvent plus avoir cours»; les patrons ont «le devoir de valoriser le travail à tous les niveaux de l’entreprise» et de «trouver les façons de diminuer l’écart entre les mieux rémunérés et les moins bien rémunérés».

Louis Audet a précisé, pointant du doigt son auditoire, que cette diminution d’écart ne passe pas nécessairement par une limitation indue de la rémunération des dirigeants, mais plutôt par un relèvement du «niveau général de productivité et des salaires dans l’ensemble de nos compagnies».

«Le milieu des affaires, c’est nous. C’est nous qui décidons des salaires qu’on va payer. C’est nous qui décidons de protester ou de ne pas protester lorsque le salaire minimum est monté à 15$. Moi, avec 15$, je n’irais pas très loin. On a une responsabilité à assumer par rapport à ça. Les échelles salariales, ultimement, c’est nous qui les fixons», a-t-il laissé tomber en réponse au scepticisme exprimé par la directrice scientifique de la chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM, Élisabeth Vallet, à l’issue de son allocution.

Cynisme et populisme
Louis Audet a fait valoir que les groupes socio-économiques qui se sentent exclus de la prospérité ont parfaitement raison de devenir cyniques et, s’appuyant sur les données d’une enquête de la firme CROP réalisée en septembre, a souligné que ce cynisme est en hausse constante depuis une douzaine d’années.

Parmi les causes de ce désenchantement, il ne s’est pas gêné pour dénoncer l’existence et les pratiques des «fonds activistes» (hedge funds), qu’il a accusés de forcer «la vente et l’éviscération de certaines entreprises» sous prétexte de rendements insuffisants, une activité économique qu’il juge absurde et «qui ne bénéficie qu’à une poignée de spéculateurs au détriment de la mission sociale et économique des entreprises».

«Il est tout à fait compréhensible que beaucoup de citoyens ne comprennent pas pourquoi ces activités spéculatrices sont en fait permises et protégées par nos lois!»

Il a également invoqué l’effondrement financier de 2008 où aucun président de grande banque américaine n’a perdu son emploi, alors que les statistiques démontrent que 40 pour cent des gens qui vivent sous le seuil de la pauvreté à Montréal ont un emploi.

Autant de causes du cynisme qui, alimenté par des groupes aux «agendas démagogues», amène les citoyens désenchantés «à voter démocratiquement contre leurs propres intérêts».

Un «électrochoc» en éducation
Outre l’effort requis par les dirigeants d’entreprises, il estime que les gouvernements ont aussi à faire leur part notamment en faisant de l’éducation une véritable priorité et en donnant «un électrochoc» au réseau d’éducation pour augmenter la diplomation, ce qui mènera ultimement à une hausse du niveau de vie.

Il suggère également «un effort majeur d’enseignement sur l’usage des médias sociaux afin d’être mieux outillés pour débusquer les fausses nouvelles manipulatrices».

Pour l’entreprise, il invite les gouvernements à lever certains freins à l’investissement, mais en visant l’investissement productif et créateur d’emplois.

«Nord-Américains naïfs»
Il déplore au passage que la loi canadienne sur la concurrence manque de mordant et contribue à permettre la création d’entreprises qui sont trop grandes pour le bien de l’économie puisqu’elles en viennent à éliminer la concurrence et former des monopoles.

Une telle situation a mené à l’émergence des géants du web, les FAANG (Facebook, Apple, Amazon, Netflix et Google) dont la taille est devenue «excessive», au point où les législateurs de plusieurs pays «tentent de cerner les impositions qui doivent être faites aux acteurs lorsque l’influence de ceux-ci devient planétaire».

«Les gouvernements n’ont pas d’autre choix que d’agir», affirme Louis Audet, qui salue la vigilance de l’Union européenne à cet effet.

«Il est clair que les Européens prennent le sujet des tailles excessives et leurs effets nocifs sur la société beaucoup plus au sérieux que nous, Nord-Américains naïfs.»

Louis Audet a conclu son exposé en affirmant que «nos gouvernements ont la responsabilité d’adopter des politiques économiques et sociales qui sont cohérentes pour créer un climat favorable à la création de la richesse par les acteurs économiques et de sa redistribution. Nos gouvernements doivent absolument prioriser l’éducation pour traiter le mal à sa racine. Mais ils vont devoir être beaucoup plus professionnels dans leur façon d’intervenir».

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