Andrew Vaughan / La Presse Canadienne

OTTAWA — Le gouvernement canadien a choisi le géant américain de la défense Lockheed Martin pour la conception de sa flotte de nouveaux navires de guerre.

Des représentants du gouvernement ont indiqué que la conception proposée par Lockheed battait celle de deux soumissionnaires rivaux, à la suite d’un appel d’offres long et très délicat pour concevoir les navires qui remplaceront toute la flotte de frégates et de contre-torpilleurs de la Marine royale canadienne, au coût total de 60 milliards $.

Cela ne veut pas dire, toutefois, que les dirigeants de Lockheed peuvent sabler le champagne: les négociateurs des deux parties devront maintenant s’asseoir et régler de nombreux détails — y compris le coût final — avant l’attribution définitive du contrat de conception.

La construction des navires de guerre, elle, doit commencer au début des années 2020 aux chantiers maritimes d’Irving à Halifax, qui a collaboré avec le gouvernement fédéral pour choisir Lockheed comme soumissionnaire privilégié, et qui participera également aux négociations contractuelles.

Les enjeux seront considérables pour les parties: des centaines de millions de dollars sont en jeu, et la pression sera grande pour rattraper le temps perdu à cause de nombreux délais, notamment dans le processus d’appel d’offres. Le chantier Irving a prévenu qu’il pourrait être contraint de licencier des centaines de travailleurs si la construction de ces navires de guerre ne commençait pas tout de suite après les dernières livraisons des nouveaux navires de patrouille arctiques de la Marine, en 2021 ou 2022.

Patrick Finn, responsable des acquisitions au ministère de la Défense nationale, a reconnu l’urgence de la situation. Mais il souligne également la nécessité d’y aller prudemment, car les décisions prises au cours de ces négociations pourraient avoir des conséquences pendant des décennies sur la Marine et les contribuables.

Ottawa s’est réservé le droit de se retirer des pourparlers, si Lockheed avait la main trop lourde, et de négocier avec le deuxième soumissionnaire — que le gouvernement n’a pas identifié. Mais les responsables fédéraux espèrent qu’on n’en viendra pas là et qu’un contrat sera signé dès cet hiver.

Un contrat historique

Bien que cette annonce marque le début d’une phase importante dans l’achat militaire le plus important et le plus coûteux de l’histoire du Canada, elle pourrait également être extrêmement controversée, certains se demandant pourquoi l’offre de Lockheed avait été acceptée.

Le gouvernement canadien avait au départ déclaré qu’il souhaitait un «modèle mature», et la plupart des observateurs avaient alors compris qu’Ottawa souhaitait un navire déjà construit et utilisé par une autre marine militaire. Mais la frégate de classe «type 26», proposée par Lockheed, vient tout juste d’être construite par le gouvernement britannique, et elle n’a pas encore été utilisée pour des opérations militaires.

«Nous avons des délais précis, et si tout se passe comme prévu, nous envisageons l’adjudication du contrat pour l’hiver 2019», a indiqué André Fillion, qui supervise les projets militaires et navals à Services publics et Approvisionnement Canada. «Si tout ne se passe pas comme prévu, nous passons au plan B — et, évidemment, cela prendrait plus de temps.»

L’offre de Lockheed était en concurrence avec celle de la société américaine Alion, qui proposait une conception basée sur une frégate néerlandaise, et avec celle de la société espagnole Navantia, qui s’inspirait d’une frégate utilisée par la marine de ce pays.

Les négociations à venir porteront notamment sur la part du projet de Lockheed qui devra être modifiée afin de refléter les besoins du gouvernement canadien, et à quel point la Marine devra modifier ses propres exigences: car changer la conception proposée demandera plus de temps et d’argent.

Les négociateurs du gouvernement seront également confrontés à un bras de fer potentiel sur le volume de propriété intellectuelle que Lockheed devra céder — une exigence d’Ottawa, afin de pouvoir utiliser et entretenir les navires après leur livraison. Les entreprises intéressées avaient initialement été informées que le vainqueur serait tenu de déposer l’intégralité des plans, mais après une vive résistance, les deux parties ont convenu que l’affaire serait négociée avant l’attribution du contrat final.

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