ceic.gouv.qc.ca Diane Lemieux

MONTRÉAL — Les entrepreneurs devront faire preuve de plus d’ouverture pour contrer la rareté de main-d’oeuvre dans l’industrie de la construction.

C’est le message qu’a livré la présidente-directrice générale de la Commission de la construction du Québec, Diane Lemieux, aux membres de l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ), réunis en congrès à Montréal, vendredi.

Ceux-ci devront faire un effort de recrutement dans les groupes qui sont sous-représentés au sein de la force de travail de l’industrie.

«Il faut donc, parmi les solutions — et je dirais que c’est une des solutions qui est le plus à portée de main pour l’industrie — inclure des femmes, des minorités, des nouveaux arrivants, des Autochtones. Nous avons là un bassin potentiel de main-d’oeuvre qui peut intégrer la construction», a-t-elle avancé.

Mme Lemieux a noté que la rareté de la main-d’oeuvre est désormais «le sujet du jour», ajoutant que la CCQ a entamé un travail de recherche pour le documenter et doit en livrer les conclusions dans une semaine.

L’industrie prise de court

Elle reconnaît, toutefois, que l’industrie a été prise de court puisqu’elle est «passée en peu de temps d’un contexte de main-d’oeuvre abondante et disponible à un contexte de main-d’oeuvre rare et fortement sollicitée».

La situation est d’autant plus préoccupante qu’elle survient «à un moment où l’activité économique est très élevée dans l’industrie», a-t-elle fait valoir, invoquant des hausses de 13 pour cent du nombre de travailleurs actifs au premier semestre de 2018 comparativement à la même période de l’année précédente et de 30 pour cent du nombre de mises en chantier.

Une des causes de cette rareté était toutefois fort prévisible, soit le vieillissement d’une main-d’oeuvre qui quitte massivement vers la retraite, un phénomène qui échappe à toute intervention en soi.

Un autre élément, toutefois, est attribuable au fait que la rareté touche plusieurs secteurs et l’industrie de la construction voit désormais ses travailleurs sollicités et maraudés par d’autres secteurs en périphérie de la construction où leur expertise est précieuse.

Les jeunes boudent la formation

En contrepartie, Mme Lemieux n’a pas caché son inquiétude face à une autre cause de rareté, soit que l’industrie est «en train d’épuiser le bassin traditionnel d’embauche, notamment de nouveaux travailleurs».

La CCQ et le ministère de l’Éducation notent en effet une baisse marquée des inscriptions pour les diplômes d’études professionnelles dans les métiers de la construction, et ce, dans tout le réseau des centres de formation professionnelle à travers la province.

Diane Lemieux revient donc à sa prémisse initiale, soit de se tourner vers les femmes, les minorités, les immigrants et les Autochtones, une solution qui repose sur «l’ouverture de l’industrie».

Elle a souligné qu’il y a actuellement 3000 femmes actives dans l’industrie, ce qui est encore loin des 3 pour cent qu’elle visait pour 2018 — objectif qui ne sera vraisemblablement pas atteint — et que seulement 10 pour cent des entreprises embauchent des femmes, ce qui est peu.

Immigration: l’industrie pointée du doigt

De même, les nouveaux arrivants ont souvent des compétences qui devraient être reconnues plus rapidement, surtout que le taux de chômage dans ces cohortes est beaucoup plus élevé.

Mme Lemieux, reconnue pour son franc-parler, n’a pas hésité à pointer du doigt les entrepreneurs: «Si on compare à d’autres secteurs d’activité et à d’autres provinces du Canada, le taux d’emploi des immigrants au Québec dans l’industrie de la construction est parmi les plus faibles, a-t-elle déclaré. Ça veut donc dire qu’on a un espace qu’on peut occuper.»

C’est «la même chose du côté des Autochtones», a-t-elle ajouté.

Quant aux multiples demandes de l’industrie visant l’amélioration de la fluidité dans les règles d’entrée dans l’industrie, de la polyvalence, des stages, du décloisonnement des métiers, elle s’est dite d’accord, mais leur a renvoyé la balle, affirmant, exemples à l’appui, que l’industrie elle-même ne facilitait pas les choses bien souvent.

Diane Lemieux a dit espérer que l’industrie saisisse l’occasion: «Peut-être que cette réalité de rareté de la main-d’oeuvre peut être une autre façon pour nous tous de voir les choses, pour ouvrir les fenêtres et faire en sorte que cette industrie soit accueillante, qu’elle puisse accueillir une main-d’oeuvre qui vient d’autres horizons.»

«Prenons donc les dossiers sous cet angle-là; on aura peut-être des succès», a-t-elle conclu en invitant les entrepreneurs à passer le message dans leurs instances.

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