La Presse canadienne Jane Philpott

MONTRÉAL — Le gouvernement fédéral assure qu’il répondra aux demandes d’aide du nord du Québec, où une série de suicides dans les communautés inuites survenue cette année a provoqué une crise, selon des responsables locaux.

La ministre de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, a déclaré lundi que la priorité du gouvernement était de fournir l’aide dont les gens ont besoin, ajoutant que toute perte de vie par le suicide était «tragique».

Les autorités en santé au Nunavik, territoire québécois qui abrite les communautés inuites de la province, ont déjà fourni des ressources supplémentaires en matière de santé mentale à l’un des villages les plus durement touchés, Puvirnituq.

Il s’agit d’une situation de crise, a signalé Fabien Pernet, adjoint à la direction générale de la Régie de la santé et des services sociaux du Nunavik, lors d’une récente entrevue.

La responsable de la commission scolaire desservant la région, Harriet Keleutak, a indiqué la semaine dernière que deux élèves s’étaient suicidés depuis le début de l’année scolaire, à la mi-août, et que trois autres jeunes adultes s’étaient enlevé la vie le mois dernier.

Dans une lettre datée 12 octobre, le président du conseil des commissaires d’écoles de la région, Robert Watt, a appelé à une «action collective urgente» et a souligné que l’une des victimes du suicide n’avait que 11 ans.

Le village de Puvirnituq — une communauté d’environ 1 800 habitants de la baie d’Hudson — aurait été le théâtre d’au moins 10 suicides depuis le début de l’année 2018, selon certains médias. Une enquête du coroner est en cours.

Ces décès ont provoqué une dénonciation publique de la part de Mary Simon, une avocate inuite de longue date et une ancienne diplomate canadienne, qui a publié un message largement partagé sur Facebook au sujet du suicide récent de sa nièce âgée de 22 ans.

«Si je raconte cette histoire, c’est pour montrer que nous avons désespérément besoin d’un soutien et de services de santé mentale continus dans toutes les communautés inuites», a écrit Mme Simon.

«Nous avons une crise sur les bras et si nous ne pouvons pas fournir le soutien médical et en santé mentale dans les communautés, la situation ne s’améliorera pas. La situation s’aggravera.»

Le fédéral préoccupé
La ministre des Services aux Autochtones, Jane Philpott, a déclaré dans un communiqué vendredi dernier qu’elle était profondément préoccupée par la perte de jeunes vies au Nunavik et qu’elle avait offert un soutien supplémentaire.

Elle a ajouté que le gouvernement continuait de travailler avec les communautés pour appuyer les démarches de prévention du suicide menées par les Inuits.

«Les Inuits veulent pouvoir recevoir des services adaptés à leur culture, dans leur propre langue», a expliqué Mme Petitpas Taylor, lundi, après avoir pris la parole à la conférence de l’Association canadienne pour la santé mentale à Montréal.

«Nous cherchons donc des moyens de former davantage de personnes — en soins infirmiers, en psychologie ou en travail social — ce serait un pas dans la bonne direction.»

Plusieurs défis
Selon Fabien Pernet, c’est un défi de fournir des soins de santé mentale de Inuit à Inuit — ainsi que des services de santé et des services sociaux en général — en raison d’obstacles tels que les contrats de travail et les problèmes de permis professionnels.

En 2010, la prévention du suicide était devenue une priorité régionale en matière de santé, a-t-il rappelé. Les mesures récentes comprennent des ressources et un soutien sur une page Facebook, de nouveaux plans d’intervention en cas de crise et des programmes sociaux visant à améliorer la communication entre les familles.

Les statistiques du Bureau du coroner du Québec démontrent que le nombre de décès par suicide dans la région a peu changé entre 2000 et 2013. Toutefois, compte tenu de la crise actuelle, il y a lieu de croire que ces chiffres seront plus élevés cette année.

«Il n’y a pas eu d’amélioration réelle de 2000 à 2013, mais beaucoup a été mis en œuvre de 2013 à aujourd’hui», a déclaré M. Pernet.

«Si vous comparez où nous étions il y a quatre ans et où nous en sommes maintenant, nous avons développé une capacité que nous n’avions pas. Pourtant, cela n’est pas suffisant, et nous le voyons avec ces séries de suicide qui se reproduisent à Puvirnituq.»

Une réponse collective
Louis Sorin, un militant pour les droits en santé mentale des Autochtones établi au Manitoba, dit qu’il est important de considérer le suicide comme un symptôme d’une maladie sociale et pas seulement comme une condition médicale.

«Nous devons aller au-delà d’une réponse individuelle, pour aller vers une réponse collective et communautaire», a souligné M. Sorin, membre du conseil d’administration national de l’Association canadienne pour la santé mentale.

«Nous devons faire de la place et valider les voix des personnes impliquées localement, car elles savent des choses vraiment très importantes.»

Une conférence annuelle qui se tiendra la semaine prochaine au Nunavik portera sur la vague de décès.

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