Jonathan Hayward Jonathan Hayward / La Presse Canadienne

OTTAWA — Trois brise-glace «intermédiaires» récemment achetés sans appel d’offres par la Garde côtière canadienne seront utilisés pendant 15 à 20 ans.

Des responsables de la Garde côtière ont témoigné de cet échéancier lors d’entrevues avec La Presse canadienne, tout en minimisant les préoccupations concernant l’état de leur flotte vieillissante — et les défis liés à la construction des remplaçants.

En août, le gouvernement a accepté de sous-traiter l’achat de trois brise-glace d’occasion au chantier naval Davie pour un montant de 610 millions $, affirmant qu’il était nécessaire de trouver une solution en attendant que les remplaçants soient construits.

Cet accord représentait une victoire pour le chantier naval basé au Québec, qui a exercé de fortes pressions pour obtenir des travaux supplémentaires du gouvernement fédéral et devrait alléger la pression exercée sur la flotte de brise-glace de la Garde côtière.

Les navires existants de la Garde côtière ont en moyenne plus de 35 ans et ont perdu des centaines de jours opérationnels au cours des dernières années en raison de pannes mécaniques.

Pourtant, il n’ya pas de plans immédiats pour les remplacer. Le plan gouvernemental en matière de construction navale de plusieurs milliards de dollars ne comprend qu’un seul nouveau brise-glace lourd, qui ne sera pas prêt avant dix ans.

Le sous-commissaire Andy Smith a déclaré que la Garde côtière est en train de prolonger la vie de sa flotte actuelle de 20 ans, une période pendant laquelle elle comptera sur les navires de la Davie pour combler les lacunes.

«Les brise-glace que nous avons récemment achetés ont été conçus pour être remplacés par ces différents navires au moment de leur remise en état ou de leur entretien prolongé, a déclaré M. Smith dans une interview. Et nous avons planifié cela sur 20 ans.»

Le commissaire adjoint Mario Pelletier a confirmé cette période dans une entrevue séparée en disant: «Je m’attendrais à ce que nous les conservions pour 15 ou 20 ans».

«Le besoin urgent est simplement de nous assurer que nous aurons une capacité accrue lorsque les navires seront hors service», a-t-il ajouté.

Bien que peu de personnes réfutent le besoin de brise-glace supplémentaires, le calendrier a néanmoins suscité de nouvelles critiques du système d’approvisionnement du pays, ainsi que des questions sur le plan de construction navale.

Le gouvernement fédéral avait déjà acheté des brise-glace «intérimaires» dans les années 1980 et ces navires sont toujours utilisés, a déclaré Rob Huebert, un expert de l’Arctique à l’Université de Calgary.

Cela, ajouté à l’absence d’un plan véritable pour remplacer la majorité des brise-glace de la Garde côtière, porte M. Huebert à penser que les trois navires de la Davie feront éventuellement partie de la flotte permanente.

«Ce qui va arriver, c’est que nous avons surchargé nos trois brise-glace de taille moyenne et que ces trois navires (les navires Davie) les remplaceront même si personne ne dit qu’ils les remplaceront», a-t-il expliqué.

Les deux responsables de la Garde côtière canadienne ont tous deux insisté sur le fait que l’accord Davie ne compromettrait pas le plan de construction navale, par lequel Vancouver Shipyards construit plusieurs navires de la Garde côtière.

Ceux-ci incluent trois navires de sciences halieutiques, un navire de sciences océaniques et un brise-glace lourd, dans cet ordre. Deux navires de soutien naval seront construits entre le navire océanographique et le brise-glace.

Mais l’analyste de la défense David Perry, du Canadian Global Affairs Institute, s’est demandé si le fait de qualifier l’accord de Davie de «mesure provisoire» visait à contourner le plan — ainsi que tout problème juridique.

En tout état de cause, a-t-il dit, cet arrangement ne fait que souligner les multiples problèmes persistants auxquels est confronté le système d’approvisionnement du Canada et le temps qu’il faut pour acheter du nouvel équipement.

«S’ils définissent une période intérimaire comme pouvant atteindre 20 ans, c’est uniquement au Canada que cela constitue une période intérimaire, a-t-il affirmé, en notant que le plan de construction navale a déjà pris plusieurs années de retard. Ce n’est que dans un pays où vous utilisez des trucs pendant plus de 40 ans que deux décennies constituent une solution temporaire.»

MM. Smith et Pelletier ont déclaré que la flotte actuelle de la Garde côtière était néanmoins en bon état et qu’il y avait des signes positifs de progrès chez Vancouver Shipbuilding, en dépit de quelques ratés.

Ceux-ci incluaient un problème de soudure découvert sur les trois navires de recherche halieutique qui a retardé la livraison du premier de ces navires à l’année prochaine.

La conception et le budget du navire océanographique restent également en suspens, tandis que le calendrier de construction des navires de soutien de la marine et du brise-glace lourd reste incertain.

«C’est vraiment une période dynamique, alors que nous cherchons à rétablir l’ensemble de l’écosystème de la construction navale dans ce pays, et ils en sont à différentes étapes de conception et de construction, a déclaré M. Smith. Donc, tout cet écosystème est en train d’être reconstruit.»

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