Andrew Vaughan Andrew Vaughan / La Presse Canadienne

HALIFAX — Le gouvernement fédéral persiste et signe quant à sa loi sur l’aide médicale à mourir et ne prévoit pas apporter de changements, malgré le cri du coeur lancé par une femme sur son lit de mort, jeudi, à Halifax.

La ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, a déclaré vendredi que son gouvernement était convaincu que la loi, adoptée il y a deux ans, établissait un juste équilibre entre l’autonomie des personnes et la protection des personnes vulnérables.

«Nous n’envisageons pas de modifier la loi», a-t-elle déclaré à la presse. «Nous sommes d’avis que cette loi établit un juste équilibre entre l’accès à l’aide médicale à mourir, la protection de l’autonomie des personnes, pour leur permettre de prendre les bonnes décisions, et la protection des personnes vulnérables.»

Audrey Parker, une femme de 57 ans, a mis fin à ses jours jeudi avec l’aide d’un médecin, après avoir lancé aux législateurs un appel passionné, sur son lit de mort. Diagnostiquée d’un cancer du sein de stade quatre en 2016, la femme avait obtenu l’autorisation de recourir à l’aide médicale à mourir. Mais avant de mourir, jeudi, elle avait souligné qu’elle devait quitter ce monde plus tôt qu’elle ne l’aurait souhaité, parce la loi canadienne était trop restrictive.

En vertu de la loi, une personne doit être consciente et saine d’esprit au moment où elle donne son consentement final pour l’injection mortelle. Or, Mme Parker expliquait jeudi que si elle devenait subitement inapte à donner ce consentement final, en raison de sa maladie ou des médicaments, elle ne pourrait plus recourir à l’aide médicale à mourir, même si sa demande avait été approuvée au préalable.

La loi l’obligeait donc à choisir de mourir plus tôt qu’elle ne l’aurait souhaité — elle plaidait en fait pour la «demande anticipée».

Des rapports à venir

Cet enjeu fera vraisemblablement partie des questions examinées par un groupe d’experts dans un rapport en cours d’élaboration qui doit être présenté d’ici à la fin de l’année; ce comité ne devrait toutefois pas formuler de recommandation au gouvernement.

«Nous sommes impatients de recevoir ces rapports sur les mineurs matures, sur les directives médicales anticipées ou sur la maladie mentale comme argument pour obtenir l’aide médicale à mourir, et nous examinerons ces rapports lorsque nous les aurons», a déclaré Mme Wilson-Raybould vendredi.

Mais la ministre de la Justice a laissé peu d’espace pour des changements majeurs.

Mme Wilson-Raybould a témoigné sa sympathie à l’égard de Mme Parker et de sa famille.

La dame a reçu une injection létale et est «morte paisiblement» dans son appartement de Halifax, entourée de sa famille et de ses amis.

«Je voulais me rendre à Noël et au jour de l’An, mon moment préféré de l’année, mais j’ai perdu cette possibilité en raison d’une loi fédérale mal pensée», a déclaré la défunte sur Facebook, quelques heures avant de rendre son dernier soupir.

Elle a demandé aux citoyens d’envoyer des messages à leurs députés pour leur demander de modifier la loi afin d’aider les gens comme elle.

Une déclaration «insensible»?

Le porte-parole de Mourir dans la dignité Canada, Cory Ruf, s’est demandé pourquoi le gouvernement avait fermé la porte à tout changement si rapidement après la mort de Mme Parker.

«Ça me semble insensible de la part du gouvernement d’écarter si rapidement les leçons de son histoire», a-t-il regretté en entrevue.

«C’est intéressant que la ministre de la Justice utilise le mot « vulnérable ». Les gens qui sont admissibles à l’aide médicale à mourir, qui ont fait l’objet d’une vérification et d’une approbation pour l’aide médicale à mourir, sont vulnérables», a-t-il tranché.

L’organisation remet en question la suggestion du gouvernement selon laquelle la loi protégerait les plus vulnérables.

«En fait, l’histoire d’Audrey démontre que (la loi) fait le contraire», a-t-il soutenu.

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