Mark Lennihan Mark Lennihan / La Presse Canadienne

MONTRÉAL — L’édition 2019 du Prix littéraire des collégiens est suspendue dans la foulée de la controverse sur une commandite du géant en ligne Amazon.

La cofondatrice du prix et présidente de la Fondation Marc Bourgie, Claude Bourgie Bovet, en a fait l’annonce, mercredi, disant que le «malaise exprimé publiquement» contraignait son organisation à suspendre le prix, «faute d’avoir tous les outils nécessaires pour réaliser nos ambitions».

Mme Bourgie Bovet a affirmé par communiqué que la décision était «la résultante directe de la réaction désolante de plusieurs acteurs du milieu du livre au Québec suivant l’annonce récente d’un appui majeur».

Mardi, dans une lettre au journal «Le Devoir», les cinq écrivains finalistes pour le prix en 2019 — Karoline Georges, Kevin Lambert, Jean-Christophe Réhel, Lula Carballo et Dominique Fortier — avaient exprimé leur «immense malaise» étant donné la «concurrence dangereuse» que le géant Amazon exerce contre les librairies du Québec.

L’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) a déploré mercredi la suspension du Prix littéraire des collégiens, affirmant que la décision des organisateurs de s’associer avec Amazon pour son édition 2019 «avait surpris tous les intervenants de la chaîne du livre, qui s’étaient interrogés sur le bien-fondé d’une telle collaboration, compte tenu de la fragilité du réseau des librairies indépendantes».

Le directeur général de l’UNEQ, Laurent Dubois, a déclaré par communiqué que «jamais l’UNEQ n’a souhaité que cette édition soit suspendue, car cela n’est bénéfique pour personne». «Nous demandons au gouvernement québécois de trouver des solutions rapides de financement pour ce prix essentiel à la diffusion de notre littérature afin que l’édition 2019 puisse avoir lieu et que l’organisation puisse bénéficier d’un soutien qui assure sa pérennité», a-t-il ajouté.

Mme Bourgie Bovet a indiqué que la décision de suspendre l’édition 2019 pourrait être révisée «si les conditions gagnantes sont de nouveau réunies pour poursuivre l’objectif principal que nous avons pour le Prix littéraire des collégiens, soit celui de faire découvrir et aimer notre littérature par les jeunes Québécoises et Québécois».

En entrevue, la coordonnatrice du Prix littéraire des collégiens, Sylvie Bovet, a fait valoir qu’il s’agissait surtout de rétablir un «climat de bonne entente» et de trouver des solutions pour soutenir la vision d’avenir de l’événement.

«On est en 2018. On croit qu’Amazon est là pour rester. Dans la vie des étudiants, Amazon est présent, alors on croit qu’on s’inscrit bien dans l’avenir en s’associant à une organisation comme Amazon», a affirmé Mme Bovet.

La coordonnatrice a indiqué que l’organisation voulait notamment «que davantage de collèges participent parce qu’on a la demande depuis plusieurs années».

«On va profiter de la situation pour entrer en communication avec tous nos différents acteurs, donc les auteurs, les éditeurs, les collèges, (…) pour voir de quel côté tout ça s’en va, et on espère pouvoir réunir les bonnes conditions sous peu pour qu’on puisse envoyer les livres dans les écoles dès le mois de décembre et que les collégiens puissent les lire durant le congé des Fêtes», a affirmé Mme Bovet.

Le Prix littéraire des collégiens est un prix pour une oeuvre de fiction en français, qui est décerné chaque année par un jury formé d’étudiants provenant des différents collèges et cégeps du Québec. Il vise à stimuler l’exercice du jugement critique à travers la lecture.

Le prix est assorti d’une bourse de 5000 $ remise à l’auteur lors d’une cérémonie officielle.

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