MONTRÉAL — Le Canada a beau être reconnu pour sa faune et ses grands espaces, les autorités fédérales et provinciales devront redoubler d’efforts si elles comptent sauver une bonne partie des espèces menacées d’extinction au pays, préviennent des experts.

Margot Venton, avocate au sein de l’organisme Ecojustice, signale que le cadre réglementaire actuel comporte toutes sortes de lacunes et que les gouvernements se permettent souvent d’en faire fi.

Mme Venton estime que le Fonds mondial pour la nature (WWF) a récemment donné un coup de semonce, en dévoilant un rapport selon lequel les populations d’espèces sauvages à travers le monde ont décliné de 60 pour cent par rapport à la génération précédente, constitue un coup de semonce.

Au Canada seulement, les populations de mammifères ont chuté de 43 pour cent; les populations d’amphibiens et de reptiles, de 34 pour cent; les populations de poissons, de 20 pour cent; et certains types d’oiseaux ont perdu entre 43 et 69 pour cent de leurs populations.

Margot Venton note que certaines provinces telles que la Colombie-Britannique n’ont même pas leur propre législation sur les espèces en péril. Et même si le gouvernement fédéral pourrait intervenir, il hésite selon elle à s’immiscer dans les compétences provinciales.

«C’est une véritable faille, et nous devons la combler rapidement, en raison de toutes les preuves récentes dont nous disposons et qui montrent la rapidité avec laquelle le problème s’aggrave», a-t-elle lancé en entrevue téléphonique.

Mais même les provinces dotées de lois en la matière hésitent à les faire respecter, déplore Rachel Plotkin, de la fondation David Suzuki.

Cette agente de protection de la faune cite en exemple la décision prise par le gouvernement du Québec plus tôt cette année de laisser mourir le troupeau de caribous de Val-d’Or, car tenter de les sauver se serait avéré trop coûteux.

Mais le Québec n’est pas seul. Les troupeaux de caribous sont en déclin partout au Canada, en grande partie à cause de la disparition de leur habitat et d’activités économiques telles que l’exploitation forestière, et ce, malgré le seuil fédéral qui stipule que 65 pour cent de leurs aires de répartition ne peuvent pas être perturbées, relève Mme Plotkin.

Elle y voit manque de volonté politique. Plutôt que d’adopter les mesures nécessaires pour protéger les habitats, de nombreux gouvernements se tournent vers des «mesures d’atténuation» moins efficaces, telles que la construction de clôtures ou l’élimination de prédateurs.

Les délais posent également un problème, soutient James Snider, de la branche canadienne du Fonds mondial pour la nature.

Pour être incluse dans la Loi sur les espèces en péril, une espèce doit d’abord être évaluée par un comité d’experts indépendants qui recommanderont ou non son ajout.

Mais même avec une décision favorable, certaines espèces prennent des années à être ajoutées à la loi, s’inquiète M. Snider, et des mesures de protection ne s’ensuivent pas nécessairement.

Le rapport de la WWF indique que des espèces figurant sur la loi fédérale ont vu leur population dégringoler de 28 pour cent entre 2002 et 2014, malgré les protections légales.

Le ministère fédéral de l’Environnement soutient avoir pris de nombreuses mesures afin d’inclure les espèces devant être ajoutées à la liste et avoir augmenté de façon significative le financement pour la conservation.

Il rappelle que la superficie des espaces protégés a doublé au Canada. Le gouvernement a prévu investir 1,35 milliard $ dans la conservation dans son budget de 2018.

«La protection et le rétablissement des espèces en péril sont d’importantes responsabilités partagées par les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux. Cela exige une collaboration entre les différentes juridictions», a écrit une porte-parole du ministère, Samantha Bayard.

Pour M. Snider, bien que tout nouvel investissement soit le bienvenu, il faudrait plutôt une nouvelle manière d’aborder la question, soit «une approche écosystémique du rétablissement, où on ne se penche pas sur une seule espèce, mais sur la relation entre plusieurs espèces».

Un tel changement de paradigme nécessitera des investissements importants et l’atteinte d’un fragile équilibre entre la protection de la faune et l’activité industrielle en fixant des conditions plus strictes à cette dernière.

Mais les trois experts s’entendent sur le fait que les retombées seront considérables, compte tenu du rôle que jouent les écosystèmes naturels dans la purification de l’air, la filtration des eaux souterraines et l’absorption de dioxyde de carbone et d’autres gaz.

«Avoir des écosystèmes en bonne santé est la clé de voûte de toute survie», martèle Mme Plotkin.

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