Rozenn Potin Laurence Trépanier, Tanya Lapointe et Françoise David, sur le plateau de tournage du documentaire.

Le débat sur l’égalité des sexes au Québec provoque des tensions dans l’espace public, tellement il touche des cordes sensibles. Pour favoriser une prise de conscience collective de la place des femmes dans la société, les productrices-réalisatrices Tanya Lapointe et Laurence Trépanier proposent 50/50, un livre signé par la première et un documentaire commun qui se veulent «une quête passionnante» pour faire évoluer les discussions. Entrevue.

Que faut-il faire, comme société et comme individu, pour contribuer chaque jour à briser le plafond de verre, à aller vers l’atteinte de l’égalité ?
Tanya Lapointe:
Ça commence avec des choses simples. Si tout le monde, dans son quotidien, prenait conscience de la proportion d’hommes par rapport aux femmes, ce serait un bon début. Quand on se rend compte qu’il y a une inégalité, c’est là qu’on peut trouver une solution. Dans le documentaire, il y a plusieurs avenues envisageables, et il faut s’y attarder. Le partage de la parentalité, par exemple, est au cœur de certaines inégalités pour des femmes qui accèdent à des postes de pouvoir.

Pourquoi le débat sur l’égalité des sexes est-il autant catalyseur de tensions et de conflits? Comment encourager l’échange respectueux?
Laurence Trépanier:
On a longtemps pensé que plusieurs choses étaient réglées et on les a prises pour acquis. C’est vrai que quand on se compare, on se console. Mais quand on commence à analyser des chiffres, quand on sait qu’au conseil municipal, on parle encore d’un budget avec du maquillage, on se dit que oui, il y a encore beaucoup à faire.

«Comme l’égalité est un sujet qui évolue, il y aura toujours des remous, des confrontations. Je pense qu’aujourd’hui, on en est à se tendre la main et à décider ensemble quelles actions sont nécessaires. Pour que ça devienne quelque chose de naturel.» – Laurence Trépanier, co-réalisatrice du documentaire 50/50

Votre œuvre s’attaque aux tabous et aux stéréotypes derrière l’égalité pour créer des ponts entre les hommes et les femmes. Pourquoi?
TL:
Parce que sans conversations nuancées, on n’y arrivera jamais. Il y a beaucoup de malaises quand on aborde le sujet. Certains n’osent pas en parler, par peur d’une opinion qui irait à l’encontre du discours dominant. Ce qu’on essaie de dire, c’est qu’il faut donner la parole aux gens et oser aborder des angles différents. À partir du moment où on ne laisse pas tout le monde s’exprimer, on tue le débat. Nos opinions, elles divergent, mais on peut quand même se parler. Même si on ne s’entend pas, au moins, on aura eu une conversation.

L’avenir est-il encourageant pour l’égalité? Y voyez-vous des difficultés ou, au contraire, une ouverture au dialogue?
LT:
En parlant à des jeunes, on constate qu’ils ont une grande ouverture au débat. Parce que ça fait partie des conversations qu’ils ont à l’école, ce qui n’était pas le cas au moment où moi, j’étais au secondaire. Plus on va en parler sans gêne, plus les hommes et les femmes de toutes origines vont se comprendre, et plus le malaise va se taire. Ce qui est à l’origine des tabous, c’est l’absence du dialogue. Et la place des hommes dans tout ça, elle est essentielle pour y arriver. Le discours égalitaire est aussi le leur.

Ça fait plusieurs mois que vous travaillez sur ce projet. Y a-t-il un moment que vous garderez en tête? Ou une anecdote?
LT:
Il y a des moments de bonheur dans le documentaire qu’on ne pouvait pas traduire dans le livre. Sur le plateau, par exemple, Amir Khadir a dévoilé à Françoise David que quand il était en politique, il se tenait toujours en retrait d’elle, épaule contre épaule, pour lui laisser la place. Et elle s’est tournée vers lui. C’était un moment dont on a été témoins, entre deux collègues qui en parlaient pour la première fois.

Infos

Le livre 50/50 paraît mercredi en librairie. Le documentaire sera diffusé à 20h sur RDI le même jour. Des intervenants engagés comme Pauline Marois, Françoise David, Matthieu Dugal, Amir Khadir, Will Prosper et Alexandre Taillefer y racontent leur histoire et leur rapport à l’égalité. Un volet web propose aussi des capsules vidéo, Les conseils 50/50, qui fournissent des pistes pour poser des gestes au quotidien en vue de l’atteinte de l’égalité.

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