MONTRÉAL – Les membres du comité de suivi Osisko Malartic, censé surveiller l’exploitation d’une mine d’or à l’endroit même où se trouvait auparavant une ville, prévoient démissionner en bloc mercredi pour dénoncer le bâillon que leur imposerait l’entreprise, a appris La Presse Canadienne.

Manque de transparence, informations modifiées «à la sauce Osisko», manque de moyens: les membres du comité de suivi en ont assez des ruses et des embûches qui les empêchent de remplir le mandat qui leur a été confié.

Il faut dire que l’histoire est partie sur les chapeaux de roue. Tandis que le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) avait recommandé que le comité de suivi, qui assure le lien entre la population et la société minière, «débute sur de nouvelles bases en donnant la possibilité aux citoyens de choisir leurs représentants», Osisko s’est plutôt autorisée à nommer les membres du comité de suivi et son président.

La capacité du comité à «travailler en toute indépendance, tant en ce qui concerne la prise de décision que l’utilisation des fonds», comme l’avait suggéré le BAPE, avait dès lors été remise en question. Et il semble que les choses n’aient fait qu’empirer depuis la création du comité en 2009.

À l’approche du controversé dynamitage de 940 000 tonnes le 27 octobre dernier, les esprits se sont échauffés. Osisko, qui demande de relire l’ensemble des communiqués de presse produits par le comité de suivi, selon notre source, a d’abord refusé que les termes «dynamitage hors normes» soient utilisés, leur préférant l’expression «dynamitage spécial». Puis, la minière a assuré au comité qu’elle n’avait «jamais reçu d’avis de non-conformité concernant la durée de ses sautages», lit-on dans le procès-verbal de la dernière réunion du conseil d’administration du comité, le 20 novembre dernier. Pourtant, une demande d’accès à l’information effectuée par un ensemble de citoyens regroupés sous le Comité de vigilance de Malartic fait état de 83 plaintes et de neuf avis de conformité entre le 15 août et le 8 novembre dernier. Au total, entre le 19 août 2009 — date du décret délivrant l’autorisation du gouvernement à Osisko relativement au projet minier aurifère Canadian Malartic — et le 15 août 2012, le ministère de l’Environnement a reçu 976 plaintes et 64 avis. Impossible, toutefois, de connaître la teneur de ces plaintes et avis, qui peuvent mener à l’imposition d’amendes à la société.

Au final, choqué de ne pas avoir reçu des informations adéquates sur la longue détonation, le comité s’est adressé à Osisko, qui a rapidement monté le ton, à un point tel que certains de ses membres se sont sentis menacés.

«Dès qu’on argumente, on nous reproche d’être contre le projet», a ajouté notre source.

Pourtant, le comité de suivi «a pour mission d’agir comme agent de liaison entre la population et Osisko, dans le but de travailler à l’édification d’une collectivité durable, de prévenir des problèmes susceptibles de survenir ou [...] de favoriser leur résolution rapide et efficace», lit-on sur son site Web. «Le comité a aussi pour mission de discuter de toute question ou problématique entourant le projet et l’exploitation ayant un impact réel ou potentiel significatif sur la communauté ou son milieu de vie», est-il également écrit.

Les directives sont là, donc, mais dans les faits, il semble qu’elles soient fort difficiles à appliquer.

«La ville pense comme la minière, tout est rose, "moi je veux rester à Malartic"», observe notre source, en référence à un slogan bien connu dans cette municipalité de l’Abitibi. Par rapport au gouvernement provincial, il ajoute que celui-ci est contraint à faire du travail de rattrapage.

«L’information est transmise par Osisko au ministère [de l'Environnement]. Le gouvernement est donc nécessairement en retard parce que les données ne sont pas remises quotidiennement», observe une des personnes interviewées par La Presse Canadienne. «Le ministère doit passer à travers tout ça, réviser les lectures électroniques du bruit et des vibrations, entre autres. En ce moment, le gouvernement n’a toujours pas reçu le rapport pour le mois de novembre.»

Suivie à la trace, mais néanmoins suivie, justement, Osisko rend donc compte de ses actions qu’une fois qu’elles ont été posées. Fait à rappeler également, en plein coeur des débats qui ont finalement mené à l’autorisation par Québec de déplacer une partie de la ville de Malartic pour creuser à cet endroit une mine d’or à ciel ouvert, Osisko avait dans les faits déjà commencé à déplacer les maisons.

En parallèle, le procès-verbal de la plus récente réunion du conseil d’administration du comité de suivi fait état de l’incapacité du ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs «de faire respecter les normes par Osisko». Entres autres, à propos du bruit occasionné par les travaux à la mine, un administrateur a noté dans le procès-verbal que «la minière semble avoir repris ses opérations normales et le niveau sonore n’est certainement pas respecté, surtout par vent sud».

Une chose paraît certaine, à tout le moins: dans l’air abitibien de Malartic, le découragement a gagné certains citoyens. Il semble que les membres du comité de suivi — dont certains ont été approchés par Osisko au départ et d’autres se sont proposés — tentent le tout pour le tout avec ces démissions en bloc à venir. Mais là n’est peut-être pas la fin de leur implication.

«Ça ne me surprendrait pas qu’Osisko propose des changements afin de convaincre le comité de suivi de revenir sur sa décision et de sauver son image publique», a avancé une source.

Aussi dans National:

blog comments powered by Disqus