Paul Chiasson Paul Chiasson / La Presse Canadienne

MONTRÉAL — Alors qu’il souhaite accroître les exportations d’hydroélectricité québécoise vers d’autres provinces, le premier ministre François Legault estime qu’il n’a pas à offrir de monnaie d’échange à certains de ses homologues en acceptant l’«énergie sale» d’un nouvel oléoduc.

Au terme de la rencontre des premiers ministres, vendredi, à Montréal, où l’énergie a occupé une place prépondérante dans les discussions, M. Legault a convenu que le Québec se trouvait dans une situation similaire à celle de l’Alberta, soit avec des surplus et des projets en attente.

Mais contrairement à la province de l’Ouest canadien, M. Legault estime qu’il a une énergie «propre» à offrir à ses homologues.

Le premier ministre québécois a ainsi opposé une fin de non-recevoir aux pressions de l’Alberta, de la Saskatchewan, du Manitoba ainsi que du Nouveau-Brunswick, qui souhaitent voir un nouveau pipeline traverser le territoire québécois.

«Je ne me sens pas du tout gêné de refuser de l’énergie sale alors que nous on offre de l’énergie propre à un prix très concurrentiel», a répondu M. Legault, lorsqu’on lui a demandé s’il allait devoir se montrer plus flexible afin d’être capable de vendre ses projets d’exportations.

Mais est-ce que le Québec a une responsabilité d’accepter un nouvel oléoduc sur son territoire puisque la province touche d’importants paiements de péréquation, système auquel contribue beaucoup l’Alberta?

Appelé à se prononcer, M. Legault a offert une autre piste de solution en donnant l’exemple de l’Ontario, qui doit rénover plusieurs centrales nucléaires, ce qui devrait s’accompagner d’une facture de 20 milliards $.

«Si (la province) acceptait plutôt de prendre une partie de l’hydroélectricité du Québec, cela serait moins coûteux (…) en plus de créer de la richesse au Québec et cela réduirait les montants de péréquation», a-t-il dit.

Le rendez-vous, qui se déroulait dans un hôtel du centre-ville de la métropole, a été le théâtre d’approches de la part du premier ministre néo-brunswickois Blaine Higgs auprès de M. Legault à propos de la relance d’Énergie Est, enterré par la société TransCanada l’an dernier.

Néanmoins, M. Legault a une fois de plus réitéré son opposition à un nouvel oléoduc qui acheminerait du brut dans la province en raison de l’absence d’acceptabilité au Québec.

«Je ne crois pas que cela sera facile, a dit M. Higgs, lorsqu’interrogé sur la possibilité de voir son homologue québécois changer son fusil d’épaule. Rien n’indique que cela va fonctionner.»

Il a toutefois dit trouver paradoxal que M. Legault refuse les demandes d’autres provinces alors qu’il demande à ces dernières d’acheter son hydroélectricité, ajoutant que cela devait aller dans les «deux sens».

Lors de la conférence de presse au terme de l’événement, le premier ministre Justin Trudeau n’a pas voulu dire s’il était souhaitable pour le gouvernement fédéral de relancer un projet d’oléoduc vers l’Est, se limitant à dire qu’il n’y avait «aucun consensus» sur cet enjeu et «aucun projet sur la table pour l’instant».

Celui-ci a accueilli favorablement l’idée d’une alliance énergétique mise de l’avant par M. Legault, au moment où le Québec, Terre-Neuve-et-Labrador et le Manitoba veulent vendre de l’hydroélectricité à leurs voisines.

On verra

Dans le cadre du rendez-vous, M. Trudeau a également convenu de poursuivre les discussions avec Québec en ce qui a trait à la facture pour la prise en charge des demandeurs d’asile ayant irrégulièrement traversé la frontière depuis l’an dernier.

Le gouvernement Legault réclame environ 300 millions $.

«C’est un bon début, a dit M. Legault. Au début, le fédéral parlait d’une compensation de 76 millions $ pour l’an dernier en payant uniquement (les frais) de logement. (M. Trudeau) s’est avancé un peu plus en disant vouloir regarder d’autres dépenses. Nous allons avoir d’autres discussions.»

Le gouvernement libéral de Philippe Couillard avait exigé en mars le remboursement de 146 millions $ pour la prise en charge des 25 000 demandeurs d’asile entrés au pays de façon irrégulière en 2017 près du poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle.

Québec demande désormais environ deux fois plus étant donné que la province doit offrir «beaucoup de services», comme l’éducation ainsi que des soins de santé, a estimé le premier ministre québécois.

«Je ne veux pas négocier en public mais je peux vous dire que nous avons eu de bonnes discussions et que nos (représentants) sont en train d’échanger», a affirmé M. Trudeau.

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