Ng Han Guan / The Associated Press Meng Wanzhou

VANCOUVER — Les États-Unis accusent la patronne d’une firme de télécommunications chinoise de fraude et réclament son extradition du Canada pour la traduire en justice.

Meng Wanzhou, la directrice financière de Huawei Technologies, a comparu devant une salle comble, vendredi, à Vancouver, pour une audience de remise en liberté sous caution.

La Couronne a alors dévoilé les allégations selon lesquelles Huawei aurait fait affaire avec l’Iran par le biais de la filiale Skycom, violant donc les sanctions contre la république islamique.

Portant un chandail et des pantalons en molleton vert, Mme Meng a serré la main de son avocat, David Martin, et a continué de lui sourire tandis qu’un shérif l’escortait devant la Cour suprême de Colombie-Britannique.

On reproche à Mme Meng d’avoir prétendu que Huawei et Skycom étaient deux entreprises distinctes et d’avoir menti à un dirigeant d’institution financière, ce qui aurait mis cette institution en danger.

«Skycom était Huawei. C’est la fraude présumée», a déclaré John Gibb-Carsley, représentant le procureur général du Canada. «Les employés de Skycom étaient des employés de Huawei.»

Aucune de ces allégations n’a été prouvée en cour.

La société a répondu qu’elle n’était au courant d’aucun acte répréhensible de la part de Mme Meng et son avocat, David Martin, a affirmé à la Cour suprême de Colombie-Britannique qu’aucune accusation n’a été déposée contre sa cliente, mais seulement un mandat.

Il a ajouté que l’une des lacunes criantes des allégations est que le résumé de l’affaire ne tient pas compte de la chronologie.

Selon Me Martin, lors de la rencontre entre Mme Meng et une banque, citée dans un article de l’agence Reuters, elle aurait expliqué que Skycom avait appartenu à Huawei durant un certain temps, mais que la filiale avait été revendue en 2009. L’avocat a dit à la cour que la présentation que sa cliente a faite à la banque était prétendument une preuve de fraude, mais que cette affirmation est «absurde».

Huawei a vendu Skycom avant que les sanctions ne soient adoptées par les États-Unis sous le président Barack Obama en 2010, a-t-il fait remarquer.

David Martin a également fait valoir que les grandes lignes fournies par le Canada ne présentent pas de preuve soutenant une accusation de fraude contre sa cliente ou l’entreprise qu’elle représente.

L’affaire a été ajournée jusqu’à lundi par le juge William Ehrcke afin d’accorder plus de temps à la défense pour compléter ses plaidoiries.

Le procureur Gibb-Carsley s’est opposé à la libération sous caution de Mme Meng. Cette dernière a été arrêtée samedi, à l’aéroport de Vancouver, lors d’une correspondance entre Hong Kong et Mexico.

Son avocat a cependant rappelé au juge que sa cliente est une personnalité importante et qu’elle ne violerait pas une ordonnance du tribunal si elle était libérée.

«Vous pouvez compter sur sa dignité personnelle», a-t-il plaidé, ajoutant que de violer une décision de justice représenterait une humiliation et une source d’embarras pour son père, Ren Zhengfei, le fondateur de Huawei.

Huawei est la société de technologie la plus prestigieuse en Chine et a été fondée par le père de Meng, Ren Zhengfei.

Huawei est la société de technologie la plus prestigieuse de Chine. Avec des ventes qui devraient atteindre plus de 102 milliards $ US en 2018, ce mastodonte a déjà dépassé Apple en matière de ventes de téléphones intelligents.

Dans un communiqué publié plus tôt cette semaine, l’entreprise a dit se conformer avec l’ensemble des lois et règlements des pays où elle a des activités, dont le contrôle des exportations, les sanctions et les réglementations des Nations unies, des États-Unis et de l’Union européenne.

Huawei, premier fournisseur mondial d’équipement réseau utilisé par les entreprises de téléphonie et d’internet, fait l’objet de préoccupations grandissantes en matière de sécurité aux États-Unis. Washington fait pression sur les pays européens et d’autres alliés pour limiter leur recours à la technologie de Huawei.

Les États-Unis considèrent Huawei et de plus petits fournisseurs de technologie chinois comme des concurrents commerciaux, mais aussi comme de possibles façades pour des activités d’espionnage. L’administration de Donald Trump leur reproche également de bénéficier de subventions et de barrières commerciales inéquitables.

Tensions entre Pékin et Ottawa

Avant la levée de l’interdiction de publication ordonnée par le tribunal, les autorités canadiennes n’avaient fourni aucun détail sur l’arrestation de Mme Meng, soulevant l’inquiétude de la Chine.

L’ambassade de Chine à Ottawa a dénoncé une violation grave des droits de la personne, tandis que le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang, a déclaré que les autorités canadiennes devraient expliquer cette arrestation.

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, rapporte que l’ambassadeur canadien à Pékin s’est chargé d’informer le ministère chinois.

Selon Mme Freeland, l’ambassadeur John McCallum a assuré que le cours normal de la loi était suivi et qu’un accès consulaire serait accordé.

La ministre Freeland a également réitéré l’affirmation du premier ministre Justin Trudeau, selon laquelle l’arrestation de Mme Meng s’inscrit dans un processus judiciaire indépendant et bien distinct de la politique.

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