Jacques Boissinot Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

QUÉBEC — Accusé d’hypocrisie, Québec solidaire (QS) affirme qu’il aurait préféré parler d’autres choses que des fringues de ses députés.

La formation politique fait parler d’elle depuis une semaine en raison de la tenue décontractée de deux de ses députés, qui se présentent au parlement en jeans, en camisoles et en espadrilles ou bottes Doc Martens.

Le règlement de l’Assemblée nationale stipule pourtant que les députés doivent contribuer à maintenir le décorum et porter une tenue de ville.

«J’aurais personnellement aimé beaucoup plus entendre (parler de) l’urgence climatique. Le peuple, je pense, aussi», a déclaré vendredi la chef parlementaire de QS, Manon Massé, alors qu’elle faisait le bilan de la session parlementaire.

Cette affirmation a piqué au vif la députée péquiste Catherine Fournier, qui accuse QS de faire preuve d’hypocrisie parce que ses députés Catherine Dorion et Sol Zanetti ont participé de plein gré à une séance photos pour un quotidien de Québec.

«C’est pourtant eux qui ont choisi d’en faire une mise en scène planifiée, a-t-elle écrit sur Twitter. Ils savaient donc exactement ce qu’ils faisaient. Personne ne les a forcés à faire un photoshoot. Qu’ils s’habillent comme ils veulent, mais cette hypocrisie est désolante.»

Vendredi, le whip du gouvernement, Éric Lefebvre, a de nouveau critiqué Mme Dorion, après qu’elle se fut présentée au Salon bleu jeudi vêtue d’un t-shirt sur lequel était imprimé le nom du poète franco-ontarien Patrice Desbiens.

La députée de Taschereau n’a pas été réprimandée par le président de l’Assemblée nationale, François Paradis, pour sa tenue vestimentaire.

«Selon moi, ça ne respecte pas les règles», a réagi M. Lefebvre devant les journalistes. Il a confirmé que le Bureau de l’Assemblée nationale, où tous les partis sont représentés, a déjà tenu des discussions à ce sujet.

«On va avoir un comité avec les whips de chacun des partis et on va statuer là-dessus, mais naturellement, la décision finale revient au président de l’Assemblée nationale. Je lui ai fait part de mes inquiétudes face à ça», a-t-il ajouté.

«À partir du moment où vous êtes assermentés à l’Assemblée nationale, vous agissez en tant que représentant de tous les Québécois», a renchéri son collègue, le leader parlementaire du gouvernement, Simon Jolin-Barrette.

En début de semaine, le président Paradis avait accueilli positivement un débat sur le code vestimentaire des députés, disant trouver «essentielle» cette réflexion. Il avait évoqué la possibilité d’abandonner l’obligation pour les hommes de porter la cravate en Chambre.

Mme Massé assure que son parti ne cherche pas à faire changer le règlement, mais «si M. Paradis va là-dedans, bien, on va y être».

Elle refuse également de blâmer ses députés. «Il y a des questions qui ont été posées à des députés qui arrivent et qui sont un peu différents, et j’en connais quelque chose, je le sais c’est quoi, d’assumer la différence.»

Le chef intérimaire du Parti libéral du Québec, Pierre Arcand, évoque quant à lui un effet de «nouveauté».

«Je laisse à Québec solidaire la façon dont ils veulent se définir, a-t-il dit. Une chose est certaine, c’est que j’aime mieux être couvert par la rigueur de nos arguments que par des questions vestimentaires ou autres.»

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