Ryan Remiorz/La Presse canadienne

MONTRÉAL — Éduc’alcool s’inquiète des conséquences de la consommation combinée d’alcool et de cannabis.

L’organisme estime qu’il n’a pas été suffisamment question dans l’espace public de ce qu’il qualifie de «synergie renforçatrice qui existe entre ces deux produits».

«C’est la première fois qu’à Noël et au Nouvel An, le cannabis est légal au Canada et donc il nous a semblé important de mettre les gens en garde contre le fait que quand on consomme de l’alcool et du cannabis en même temps, l’effet de l’un et de l’autre ne s’additionnent pas; ils se multiplient», a fait savoir le directeur général d’Éduc’alcool, Hubert Sacy, en entrevue avec La Presse canadienne.

Dans une publication mise en ligne sur son site internet, Éduc’alcool fait valoir qu’avec cette combinaison des effets dépresseurs de l’alcool et du cannabis, «le jugement, le temps de réaction et la coordination sont particulièrement affectés alors que la conduite automobile est absolument contre-indiquée».

La publication, intitulée «Alcool et cannabis: un bien mauvais mélange», base ses recommandations sur une série d’études réalisées depuis plusieurs années et dont les références sont facilement identifiables dans le texte.

Cannabis avant alcool
On y décrit notamment la possibilité d’effets différents selon l’ordre de consommation.

«Si on tient absolument, même si c’est une mauvaise idée, à consommer de l’alcool et du cannabis, tant qu’à faire, il est préférable de commencer par le cannabis et d’aller à l’alcool ensuite plutôt que de commencer à boire et de fumer ensuite, explique Hubert Sacy. Quand on commence par boire de l’alcool, ça dilate les vaisseaux sanguins et, donc, le cannabis va entrer très fort dans notre corps, tandis que si on commence par le cannabis, ça va ralentir l’ingestion de l’alcool quand on va prendre de l’alcool après.»

En d’autres termes, la présence d’alcool dans l’organisme avant de fumer du cannabis augmente davantage le taux de THC dans le sang que lorsqu’une même quantité de cannabis est consommée sans ingestion d’alcool, et les molécules du cannabis sont absorbées dans le système sanguin plus rapidement après qu’il y eut eu consommation d’alcool.

Hubert Sacy insiste toutefois sur le fait que le mélange des deux substances comporte des risques importants «peu importe l’ordre de consommation ou qu’il y ait consommation simultanée» et qu’il suffit d’avoir 40 milligrammes d’alcool dans le sang — soit la moitié de la limite légale — et de ne fumer qu’un seul joint pour ressentir l’effet équivalent à une alcoolémie de plus de 80 milligrammes. Plus encore, il rappelle que, de toute façon, il est illégal de conduire avec la moindre trace de cannabis dans le sang.

Selon lui, la modération demeure le meilleur guide en la matière, tant du côté du cannabis que de celui de l’alcool.

«Si on prend trop de cannabis, notre corps quand on a trop bu réagit en faisant vomir parce qu’on a trop bu, mais le cannabis risque d’empêcher le vomissement et être encore plus dangereux.»

Limites de la recherche
M. Sacy reconnaît les limites des études réalisées jusqu’à maintenant, notamment en ce qui a trait aux effets de concentrations variables de THC — l’ingrédient qui cause l’euphorie — dans les produits en vente légale.

«Il est vrai que vous avez des produits du cannabis à plus bas taux de THC, comme vous avez des produits à bas taux d’alcool. Vous avez des vins qui sont à 11% d’alcool et d’autres qui sont à 17% d’alcool. Mais les principes de base sont les mêmes», rappelle-t-il, en matière de combinaison des deux substances.

De même, les recherches actuelles n’ont pas permis de jeter un éclairage sur les sous-produits du cannabis.

«Toutes les recherches qui sont citées dans notre publication sont relatives à du cannabis fumé et non à du cannabis mangé ou bu ou vaporisé. Il n’existe pas encore de recherches sérieuses et fiables pour pouvoir donner des indications lorsque le cannabis n’est pas fumé», a-t-il reconnu.

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