Peter Power/La Presse canadienne Gilbert Rozon

QUÉBEC — Dans les cas d’agressions sexuelles, «le système fonctionne», a assuré la ministre de la Justice, Sonia LeBel, le jour où une seule plainte dans un groupe de 14 a mené au dépôt d’accusations criminelles contre Gilbert Rozon. Mais pour la députée péquiste Véronique Hivon, ce résultat montre au contraire «qu’il y a visiblement quelque chose qui ne fonctionne pas» et qu’il ne faut pas baisser les bras et plutôt trouver des solutions.

La ministre LeBel, qui a longtemps été procureure de la Couronne, a rappelé lors d’un impromptu de presse dans les couloirs de l’Assemblée nationale qu’elle a eu à prendre ce genre de décisions difficiles dans le passé, c’est-à-dire ne pas déposer d’accusations dans un dossier.

«Et il ne faut pas penser que c’est pris à la légère», a-t-elle fait valoir.

De plus, elle a eu ces mots pour les plaignantes dans l’affaire Rozon. «Ce que je veux dire à ces dames-là, c’est que ce n’est pas un jugement de valeur sur leur histoire, ce n’est pas un jugement de valeur sur cette affaire-là, sur le fait qu’elles avaient raison ou non de dénoncer.»

Le cas de Gilbert Rozon «est un cas de figure particulier. Il y a quand même eu une accusation de portée, ce qui me démontre que l’évaluation des dossiers s’est faite, mais ça se fait au cas par cas.»

Pour elle, il demeure très important de dénoncer. «La pire chose, c’est le silence.»

Le ministère public avait reçu 14 demandes d’intenter des procédures criminelles de la part de la police de Montréal contre M. Rozon, le fondateur de Juste pour rire. Même si un seul de ces dossiers a débouché sur des accusations — une de viol et l’autre d’attentat à la pudeur —, la ministre LeBel a tenu à rappeler que des agresseurs sont fréquemment condamnés pour des agressions sexuelles, même si leur cause ne se retrouve pas dans les journaux.

«Le système fonctionne», assure-t-elle. Ce qui ne veut pas dire qu’il soit parfait, a-t-elle ajouté, précisant qu’il y a toujours place à l’amélioration. Elle a notamment cité la possibilité de mieux accompagner les victimes dans le processus judiciaire.

Mais Véronique Hivon, députée de Joliette et porte-parole du PQ en matière de Justice, se demande quel message a été envoyé aux victimes d’agressions sexuelles, avec ce résultat des plaintes portées contre Gilbert Rozon.

Elle a déclaré en point de presse, mercredi après-midi, ne pas avoir apprécié les propos de la ministre qui a affirmé que le système fonctionne et que les femmes doivent continuer à dénoncer.

Les élus doivent se poser des questions et apporter des solutions, soutient-elle. Surtout dans une situation où on a le sentiment que le système de justice traditionnel n’est peut-être pas adapté à ce type de crimes, soit les agressions sexuelles.

«J’ai trouvé que, dans les circonstances, il fallait, nous, se dire qu’est-ce qu’on peut faire de plus, surtout après le mouvement #moiaussi, surtout après qu’il y ait eu autant de courage mis de l’avant dans des dénonciations», a souligné la députée péquiste.

«Si ces crimes-là existent puis qu’on est supposés pouvoir les traduire en justice, mais que, dans les faits, c’est tellement difficile qu’on n’y arrive pas, bien je pense que nous, comme législateurs puis comme élus, on a des questions à se poser, puis on a des réponses à donner, puis on a des gestes à poser pour la population».

Elle avoue ne pas avoir toutes les réponses.

Mais elle suggère la mise sur pied d’un comité d’experts pour réfléchir à ce qui peut être fait pour les causes d’agressions sexuelles, et aussi la création d’un tribunal spécialisé en matière d’agressions sexuelles — une idée déjà proposée par la députée dans le passé.

Mme Hivon a rappelé qu’elle est une juriste, mais «d’abord une représentante de la population».

Et à ce titre, elle croit qu’aujourd’hui, la population «reste avec énormément de questions, reste avec un sentiment d’indignation, un sentiment qu’il peut y avoir une certaine impunité».

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