Frank Gunn Kimberly Carroll. Frank Gunn / La Presse Canadienne

MONTRÉAL – Une enquête d’un organisme voué à la protection des animaux de ferme semble démontrer des pratiques d’une extrême cruauté envers des porcs destinés aux grandes chaînes d’épiceries Metro, Sobeys (IGA), Loblaws (Provigo) et Walmart.

«Malheureusement, ces chaînes de magasins soutiennent ce type d’abus flagrant en achetant de la viande de porc provenant de cet élevage», a déclaré lundi Stéphane Perrais, directeur des opérations pour Mercy For Animals Canada (MFA), en conférence de presse à Montréal.

Des images qui auraient été tournées, en secret, par MFA dans un élevage manitobain appartenant au fournisseur Puratone montrent des truies en gestation qui passent leur vie dans des cages de confinement tout juste assez grandes pour se tenir debout en permanence sans bouger. À force de se frotter contre les barreaux, ces truies développent des plaies qui ne sont pas traitées. Elles boivent aussi de l’eau souillée et sont fréquemment battues à coups de pied.

Le film tourné dans cet élevage d’Arbourg, selon MFA, montre des employés qui coupent «à froid» les queues et les testicules des cochonnets. Certains cochonnets sont tués en ayant la tête fracassée contre des poteaux ou le sol.

Mercy For Animals souligne qu’au-delà de la brutalité montrée dans la vidéo, les cages de gestation qui sont la norme représentent en elles-mêmes un traitement cruel qui a été banni dans l’ensemble de l’Union européenne, en Australie, en Nouvelle-Zélande ainsi que dans neuf États américains, et qu’il n’en tient qu’aux distributeurs de forcer la main aux producteurs.

«Metro, Sobeys, Walmart et Loblaws n’ont pas seulement une responsabilité morale et un devoir éthique, mais ils ont aussi un énorme pouvoir d’achat qui leur permet de s’assurer que tout le porc qui est distribué et vendu dans leurs magasins ne soit pas le fruit et le produit d’une extrême cruauté envers les animaux», a lancé lundi M. Perrais.

Il a fait valoir que Costco, Safeway, les chaînes de restauration McDonald et Tim Horton ainsi qu’une trentaine d’autres grands acheteurs de porc canadiens et américains réclament désormais de leurs fournisseurs qu’ils éliminent les cages de gestation.

Puratone «perturbée»

Puratone affirme avoir immédiatement amorcé une enquête dans l’élevage en question et promet d’agir pour redresser la situation. Dans un communiqué émis lundi, l’entreprise se dit «perturbée par les images et les pratiques montrées dans cette vidéo, qui ne reflètent pas sa politique et ses principes en matière de bien-être des animaux.»

Rejointe par La Presse Canadienne, la chaîne de magasins d’alimentation Metro n’a pas voulu se prononcer, référant le dossier au Conseil canadien du commerce de détail (CCCD), qui n’a pas caché une certaine irritation d’être pris à partie de la sorte.

«Le premier qui est interpellé, c’est l’industrie porcine et non pas l’industrie de la distribution alimentaire», a noté la porte-parole du CCCD, Nathalie St-Pierre. «Le fournisseur, ce n’est pas le fermier, mais bien le fabricant qui achète ces produits pour les transformer.»

Les détaillants, a-t-elle ajouté, ne sont pas plus indifférents que les autres Canadiens au sort réservé à ces animaux.

«C’est certain que l’ensemble de nos membres n’ont aucune tolérance pour les abus envers les animaux. Effectivement, il y avait des images qui étaient parfois dérangeantes et pour lesquelles il doit y avoir des sanctions si c’est nécessaire.»

Mme St-Pierre a aussi rappelé que le Code de pratique sur la manipulation et le soin des porcs était en révision, et que l’industrie de l’alimentation participe à ce processus.

D’ailleurs, du côté des producteurs, le Conseil canadien du porc a également dénoncé les gestes de cruauté mis en lumière par l’enquête de MFA, déplorant que les employés visés «n’aient plus aucun respect pour les animaux dont ils avaient soin», a indiqué son porte-parole, Gary Stordy. «Les producteurs sont très perturbés par cette vidéo», a-t-il ajouté, rappelant que la très grande majorité d’entre eux aiment leurs bêtes et en prennent bien soin.

Selon M. Stordy, les producteurs eux-mêmes reconnaissent que le temps est venu de réévaluer la méthode d’élevage en cages de gestation. «L’industrie cherche présentement des moyens de donner plus de liberté de mouvement aux truies. Plusieurs producteurs se sont éloignés des cages de gestation et plusieurs autres cherchent à faire la même chose», a-t-il soutenu.

«Initialement, les producteurs avaient choisi cette méthode il y a une vingtaine ou une trentaine d’années pour gérer de façon plus efficace l’agressivité des animaux, et permettre l’alimentation et les soins sur une base individuelle», a rappelé M. Stordy. «Il va falloir du temps pour que l’industrie se convertisse aux nouvelles méthodes, dans les installations existantes.»

Selon M. Stordy, le nouveau Code de pratique, attendu d’ici le milieu de l’an prochain, devrait aborder de front cette question.

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