OTTAWA – Le grand chef de l’Assemblée des Premières Nations, Shawn Atleo, a reconnu, jeudi soir, que ses troupes sont divisées. En conséquence, son mandat sera affaibli à moins de 24 heures d’une rencontre cruciale avec le premier ministre Stephen Harper.

M. Atleo a dit que lui et l’association qu’il dirige ont commis des erreurs.

Au cours d’une conférence de presse, il a plaidé pour que les chefs autochtones mettent de côté leur division afin d’éviter que les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux en profitent.

Le grand chef continue de discuter avec ceux qui l’ont élu en juillet en prévision de la rencontre qui devrait se dérouler ce vendredi avec M. Harper et deux de ses ministres.

Les négociations en coulisse se sont poursuivies jeudi soir.

Devant les pressions exercées pour que le gouverneur général David Johnston soit présent lors de la réunion de travail de vendredi entre Stephen Harper et des leaders autochtones, le premier ministre s’est arrangé pour qu’il les reçoive, mais seulement une fois que les discussions politiques seront terminées.

Il est encore incertain si cette promesse de rencontre protocolaire avec le représentant de la reine pourra satisfaire les nombreux chefs des Premières Nations qui menaçaient de boycotter la rencontre si le gouverneur général n’y était pas.

D’autres vont même jusqu’à dire que la réunion n’aura tout simplement pas lieu si M. Johnston en est absent.

Plusieurs chefs insistent pour qu’il soit présent puisque les traités ont été signés à l’époque entre les Premières Nations et la Couronne d’Angleterre.

À la veille de la rencontre prévue, confusion et dissension semblent régner entre certaines nations autochtones quant à la marche à suivre pour la tenue des discussions.

Theresa Spence, la chef de la nation d’Attawapiskat, ne mange rien de solide depuis un mois. Elle avait réclamé cette rencontre avec le premier ministre et le gouverneur général, notamment pour discuter des nombreux problèmes qui affectent les communautés autochtones. M. Atleo, avait demandé pareille rencontre, sans exiger la présence du gouverneur général.

Stephen Harper a alors accepté la tenue d’une réunion de travail avec des dirigeants autochtones, laissant la coordination de leur délégation entre les mains de l’APN, qu’il a choisie comme interlocuteur. Selon M. Harper, il y sera question des relations fondées sur les traités et les droits des peuples autochtones, ainsi que de développement économique.

Mais même le chef Atleo ne pouvait dire avec certitude, jeudi après-midi, si la réunion aurait lieu. Selon lui, la situation «évoluait de minute en minute».

La chef régionale de la Colombie-Britanique qui l’accompagnait au point de presse, Jody Wilson-Raybould, a été plus ferme. «Cette rencontre doit avoir lieu, a-t-elle déclaré. C’est trop important.»

La réunion doit durer quatre heures. Sur cette période, Stephen Harper ne doit assister qu’à une demi-heure au début et à une heure à la fin, ce qui a déjà semé la grogne auprès de certains chefs.

Lorsqu’elle a su que le gouverneur général ne serait pas de la partie — il soutient qu’une réunion politique de cette nature n’est pas sa place —Theresa Spence a déclaré qu’elle ne participerait pas.

Depuis, de nombreux chefs lui ont emboîté le pas. Certains parce qu’ils estiment la présence du représentant de la reine au pays nécessaire, d’autres par solidarité pour les actions de Theresa Spence, devenue l’une des figures de proue du mouvement de contestation autochtone «Idle No More» (la passivité, c’est fini).

La chef Spence n’avait pas encore réagi jeudi après-midi à cette offre de rencontre protocolaire du gouverneur général.

La présidente de l’Association des femmes autochtones du Canada, Michèle Audette, retient des propos de jeudi de M. Atleo que la rencontre aura lieu même si elle «ne serait pas surprise s’il y a des chefs en parallèle qui feront des boycotts».

«Dans mon livre à moi, il ne devrait pas avoir de rencontre si Mme Spence n’est pas là», a-t-elle dit, rappelant que c’est la chef d’Attawapiskat qui est à l’origine de la rencontre et qui a fait un énorme sacrifice pour l’obtenir. «Mais je ne suis pas chef», a-t-elle ajouté. Elle croit que M. Atleo suit ce que les chefs lui disent de faire et qu’elle le respecte.

«Je suis très inquiète pour sa santé», a-t-elle souligné à propos de Mme Spence.

Jeudi matin, l’ensemble des chefs manitobains avait ainsi pris la même position que Mme Spence et annoncé que les chefs d’autres régions suivraient son exemple sous peu.

L’invitation du gouverneur général est tombée au milieu de leur point de presse, jeudi matin. Les leaders manitobains étudient la proposition pour décider si elle leur suffit pour assurer leur participation à la réunion avec le premier ministre.

En fin d’après-midi jeudi, ils n’avaient toujours pas fait connaître leur décision.

La porte-parole du Grand Chef du Manitoba, Derek Nepinak, a annulé toutes les entrevues avec les médias, faisant savoir que des «plans pour des changements de logistique drastiques étaient encore en train d’être discutés».

Celui-ci avait indiqué qu’il n’a pas l’intention de laisser le premier ministre Stephen Harper dicter les termes de la rencontre. «Cette rencontre le sera selon nos conditions, pas selon celles du premier ministre», a-t-il lancé.

Avant l’invitation du gouverneur général, il avait affirmé que les Premières Nations n’ont «plus rien à perdre».

«Nous sommes en nombre suffisant pour mettre à genoux l’économie canadienne», a-t-il même menacé, disant que les «guerriers» sont prêts.

«Ce ne sont pas des demandes. Ce sont des exigences», a-t-il insisté.

Pour lui, comme pour d’autres, il ne s’agit pas d’obtenir de petits changements législatifs. Il souhaite une «réelle transformation de la relation entre les Premières Nations et le gouvernement du Canada».

C’est aussi ce qu’a réclamé le chef national Shawn Atleo, dont le leadership semble être remis en question par certains chefs.

Depuis deux jours, points de presse et entrevues sont reportés en raison des discussions qui se poursuivent sans relâche entre les Premières Nations.

Celles-ci ont regroupé une liste concrète de leurs demandes.

Elles veulent qu’à court terme, le premier ministre mette sur pied une commission d’enquête nationale sur les meurtres et les disparitions de centaines de femmes autochtones et qu’il s’engage à ce que chaque communauté ait son école.

Elles demandent aussi l’abrogation des articles des deux projets de loi omnibus qui modifient les protections environnementales.

À moyen terme, les nations exigent que Stephen Harper crée un nouveau système pour la mise en oeuvre des traités et des échéanciers fermes. Lors de la rencontre, elles veulent que soit discuté un processus pour que les Premières Nations puissent participer à l’extraction des ressources naturelles et au partage de revenus, en plus d’un examen approfondi de la Loi sur les Indiens.

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